Le Canada sort de récession, mais reste vulnérable

Les exportations ont contribué pour une bonne part à la hausse du PIB.
Photo: Jason Kryk La Presse canadienne Les exportations ont contribué pour une bonne part à la hausse du PIB.

L’économie canadienne est sortie de sa récession avec une croissance de 0,6 % au troisième trimestre. Les exportations jouant leur rôle moteur, le PIB canadien a pu afficher une progression supérieure à celle du PIB américain en rythme annuel. Mais là s’arrêtent les réjouissances.

Après une récession technique de deux trimestres consécutifs de recul, le PIB canadien a augmenté de 0,6 % au troisième trimestre. Exprimée en taux annualisé, l’augmentation est de 2,3 %, contre 2,1 % aux États-Unis, a souligné Statistique Canada.

La progression du troisième trimestre repose sur un gain de 2,3 % des exportations, la demande intérieure finale étant demeurée stable. Plus en détail, les dépenses de consommation des ménages n’ont crû que de 0,4 % alors que celles des administrations publiques se sont repliées de 0,4 %. Pour leur part, les entreprises ont réduit l’accumulation de leur stock, et leurs investissements non résidentiels ont reculé de 1,7 %, soit une quatrième baisse trimestrielle consécutive et une septième diminution en huit trimestres, a mis en exergue l’agence fédérale de statistiques.

« Après un début d’année difficile, l’économie canadienne renoue enfin avec la croissance […]. La demande intérieure reste cependant atone, l’investissement des entreprises demeurant faible après le choc pétrolier. De plus, la consommation a encore augmenté, mais bien peu si l’on considère que les Canadiens ont profité de faibles prix de l’essence ce trimestre et qu’ils ont puisé dans leur épargne pour financer des dépenses — le taux d’épargne a chuté [de 4,9 %] à 4,2 %, le plus bas niveau depuis un an », a énuméré Krishen Rangasamy, économiste principal à la Financière Banque Nationale (FBN). La rémunération des salariés n’a également que légèrement progressé, de 0,2 % au troisième trimestre contre 0,3 % au deuxième.

Au final, « à moins que l’emploi ne progresse, la croissance de la consommation restera faible. Et comme les réductions des investissements sont loin d’être terminées — vu la faiblesse persistante des cours des matières premières, la faiblesse des bénéfices et celle du huard, qui rend plus coûteuses les importations de machines et d’équipement —, la demande intérieure pourrait rester faible un bon moment. »

L’économiste de la FBN pointe en direction du recul de 0,5 % du PIB en septembre pour parler d’une fin de troisième trimestre décevante. « Vu le point de départ désastreux à la fin du troisième trimestre, il sera plus difficile de dégager une croissance au quatrième. » Cette croissance devrait cependant être positive, soutenue par le commerce extérieur. « L’économie est en voie de croître d’environ 1,2 % cette année », conclut-il.

Benoit P. Durocher, économiste principal au Mouvement Desjardins, acquiesce. « Avec la baisse du PIB réel par industrie en septembre, l’acquis de croissance pour le quatrième trimestre est négatif. Même si la progression de la production devait revenir en territoire positif dès le mois d’octobre, l’ensemble du quatrième trimestre pourrait se solder par un gain inférieur à 1 %. » Pour l’ensemble de l’année, la progression ne devrait être que de 1,1 %, selon les prévisions de l’institution dévoilées en septembre.

En octobre, la Banque du Canada, qui doit faire une annonce sur ses taux d’intérêt ce mercredi, révisait une nouvelle fois à la baisse ses prévisions de croissance pour l’économie canadienne. Ainsi, le PIB ne devrait croître que de 1,1 % cette année selon sa dernière lecture, après une cible abaissée à 1,9 % en juillet.