Un peuple trop instruit et trop peu qualifié

Victor Dodig: «Nous ne produisons pas le genre de compétences dont les industries ont besoin.»
Photo: Nathan Denete La Presse canadienne Victor Dodig: «Nous ne produisons pas le genre de compétences dont les industries ont besoin.»

Les programmes d’éducation postsecondaire canadiens n’insistent pas assez sur les compétences qui favoriseront la croissance économique future, a estimé mardi le grand patron d’une des grandes banques canadiennes.

Dans un entretien avec La Presse canadienne, le chef de la direction de la Banque CIBC, Victor Dodig, a souligné que la plus grande partie de la croissance à venir du Canada proviendrait d’entrepreneurs capables de commercialiser de nouvelles idées et de nouvelles technologies pour tous les secteurs de l’économie. M. Dodig a souligné les solides taux d’inscription dans les programmes d’éducation postsecondaire au Canada, par rapport aux autres pays industrialisés. « Et malgré tout, nous avons des écarts — nous ne produisons pas le genre de compétences dont les industries ont besoin », a-t-il fait valoir, en marge d’un discours sur le même sujet qu’il devait prononcer devant des dirigeants d’entreprises réunis au Cercle canadien d’Ottawa.

« Plusieurs personnes sont suréduquées et sous-qualifiées pour les emplois dont [l’économie] a besoin. » Selon lui, le pays accuse un retard en ce qui a trait aux disciplines qui sont de plus en plus importantes pour l’innovation, comme la science, l’ingénierie et les mathématiques.

Les commentaires de M. Dodig surviennent alors que le Canada connaît certaines difficultés face à l’incertitude entourant l’économie mondiale et à la baisse des prix des matières premières, particulièrement dans le secteur de l’énergie. Entre-temps, d’autres industries se montrent lentes à prendre le relais. Ces facteurs ont eu des conséquences pour le Canada : l’économie s’est contractée pendant les deux premiers trimestres de 2015.

Selon M. Dodig, les programmes offerts aux étudiants devraient être davantage en phase avec les besoins spécifiques de l’industrie. « Je crois que nous avons vu plusieurs bons éléments, mais je crois que nous avons besoin d’avoir un débat plus vigoureux, et des efforts plus vigoureux, en ce qui a trait à l’avancement de cette question », a-t-il affirmé. Le secteur privé pourrait aussi mieux soutenir le segment de l’innovation dans l’économie en allongeant davantage de financement à long terme pour les entreprises canadiennes qui développent des technologies.

Un des objectifs principaux, calcule-t-il, est d’aider les jeunes entreprises à croître pour devenir des joueurs mondiaux qui créent de l’emploi avant qu’elles ne soient rachetées par d’encore plus grandes firmes étrangères. Pour les aider, il est aussi important de mettre en place de robustes protections pour la propriété intellectuelle et de mettre les entreprises en contact avec un réseau de conseillers, a fait valoir M. Dodig.

« Nous devons faire cela (dans tous les secteurs de) l’économie », a-t-il affirmé, en faisant remarquer que le Canada devrait chercher à tirer des leçons des modèles établis dans d’autres pays qui ont réussi à aider leurs sociétés innovatrices, comme le Royaume-Uni et l’Allemagne. « Nous devons faire cela dans le secteur de l’énergie. Nous devons faire cela, clairement, dans le secteur manufacturier plutôt que de nous lamenter au sujet de ce que nous avons perdu en capacité. »

« Plutôt que d’espérer que le dollar canadien soit la seule variable qui puisse alimenter la croissance, nous devons réfléchir à l’importance de l’innovation et à la façon dont nous pouvons nous organiser à partir de là. »

20 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 25 novembre 2015 01 h 49

    Vivement l'après conférence

    Serait-ce que le corps professoral possède une culture d'un autre âge, qu'il évolue loin du monde actuel, quand je pense au gouvernement canadien des dix derniere années ca se pourrait bien, notre culture n'est elle pas une culture des années cinquante nous savons que le monde doit changer, combien de profs y travaillent, je ne vois nulle part un leadership important, enfin peut etre qu'apres la conférence de Paris les choses changeront que les gens se rendront compte que le développement peut et doit se faire autrement

  • François Dugal - Inscrit 25 novembre 2015 08 h 06

    Les mauvais citoyens

    Quelle plaie, ces mauvais citoyens trop instruits qui ont du jugement et qui pensent. Ces hurluberlus ne suivent pas les diktats de la publicité, ne font pas tourner la "roue" de l'économie de "marché" et trouvent leur bonheur dans des choses simples (et pas chères).
    Monsieur Dodig s'entendrait bien avec monsieur François Blais, le ministre de l'éducation québécoise, car celui-ci veut baisser les standards de l'éducation nationale. Un travailleur efficace qui ne remet en question des ordres du patron et qui consomme selon la mode imposée par la publicité : quel rêve!

    • Cyr Guillaume - Inscrit 25 novembre 2015 14 h 59

      Et oui, méchant nous qui sommes trop instruits.

  • Daniel Cyr - Abonné 25 novembre 2015 08 h 09

    Capitalisme déconnecté de l'être humain

    « Nous ne produisons pas le genre de compétences dont les industries ont besoin » : je ne pensais jamais qu'une telle ineptie soit dite en si peu de mots et exprimer autant de maux! Signe que le système économique et le capitalisme sont de plus en plus déconnectés de l'être humain. Sans peuple « trop » instruit, nous n'aurions pas de téléphone, d'ordinateur, d'avion, etc... dont l'économie s'abreuve tant. On s'empressera sûrement de riposter à l'effet que cette citation fait l'économie de son contexte, elle souligne malgré tout une inquiétante cassure, pour ne pas dire fêlure, belle et bien en place à en juger le discours mercantile actuel sur l'éducation.

    • Cyr Guillaume - Inscrit 25 novembre 2015 15 h 00

      Ces gens de droite, et « de la haute », sont vraiment déconnectés de notre réalitée. Ineptie vous dîtes? Et encore bien plus!

  • Marc Davignon - Abonné 25 novembre 2015 09 h 09

    Formation sans éducation ?

    Ce Monsieur doit être très imbu de lui après avoir trouvé cette idée géniale : opposer la notion de formation et d'éducation! Lorsque ces deux concepts sont complémentaires.

    Un génie! Comment faire pour former sans, en même temps, éduquer ? Surtout quand il faut «formé» des scientifiques sans trop les éduqués!

    Un vrai génie! Alors, qu'est-ce que représente l'éducation pour de dernier? Une façon de voir la chose est que celui qui est formé suit les instructions sans réfléchir tandis que celui qui est éduqué réfléchit en lisant ces instructions. Or réfléchir peut devenir une nuisance.

  • Gilbert Turp - Abonné 25 novembre 2015 09 h 20

    Éducation vs formation

    Le privé compte sur le public pour former ses employés, on le sait. Mais le système public doit éduquer un être humain. Pas seulement former un employé.