Montréal est en période de rattrapage économique

En matière d’activité économique, Montréal se classe 14e sur les 15 villes étudiées, tout juste devant Phoenix.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir En matière d’activité économique, Montréal se classe 14e sur les 15 villes étudiées, tout juste devant Phoenix.

Le diagnostic est sans appel : l’économie montréalaise tire de l’arrière par rapport aux villes nord-américaines comparables. Pour rattraper son retard, la métropole doit trouver les moyens d’élargir son bassin de main-d’oeuvre qualifiée en augmentant son taux de diplomation universitaire et en misant sur sa population immigrante.

Ce bilan de santé se dégage d’un nouveau rapport de l’Institut du Québec (IQ), dévoilé lundi, qui compare Montréal à 14 villes d’Amérique du Nord de taille semblable, à l’aide de 29 indicateurs réunis en 5 catégories. Il s’agit de l’exercice comparatif le plus complet réalisé à ce jour, notent les auteurs du rapport, qui comptent publier un tel « tableau de bord » de la région métropolitaine de Montréal chaque année.

Le rapport réalisé en collaboration avec la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM) et Montréal international confirme d’abord un douloureux constat. En matière d’activité économique, Montréal se classe 14e sur les 15 villes étudiées, tout juste devant Phoenix. La métropole québécoise en arrache dans cette catégorie parce qu’elle occupe le dernier rang en ce qui concerne le PIB réel par habitant, la productivité et le revenu disponible par habitant.

Montréal peut cependant se consoler en constatant qu’elle se classe troisième au chapitre de la croissance économique. La ville est à la traîne en chiffres absolus, mais elle remonte la pente. « Au niveau de la richesse, nous ne sommes pas très élevés, mais oui, nous sommes en croissance. Nous sommes en rattrapage », résume le président de l’Institut du Québec, Raymond Bachand.

Talon d’Achille

Le rapport de l’IQ met en évidence les forces et les faiblesses de Montréal. Comme on pouvait s’y attendre, la métropole se distingue par sa qualité de vie (2e, derrière Toronto). Cela s’explique surtout par la faible inégalité de revenu et l’abordabilité des logements.

En revanche, le capital humain représente son talon d’Achille. On a l’habitude de vanter les mérites de Montréal en tant que ville universitaire, mais ce titre cache une réalité importante : seulement 29,6 % de sa population de 25 à 64 ans détient un diplôme universitaire, ce qui la classe à l’avant-dernier rang parmi les villes étudiées. Cela dit, cette proportion passe à 36,6 % chez les 25 à 34 ans, ce qui est bon pour le 11e rang.

« On sait qu’on performe bien en termes d’étudiants au niveau universitaire per capita, fait remarquer le président de la CCMM, Michel Leblanc. C’est une variable qui peut nous amener dans une mauvaise direction, qui est celle de penser que ça va bien. La réalité, c’est qu’on a un taux de diplômés per capita qui est très faible. »

Dans la catégorie du capital humain, l’intégration des immigrants plombe également le classement de Montréal. Le taux de chômage des immigrants par rapport à celui des non-immigrants est plus élevé dans la métropole québécoise que dans toutes les autres villes comparées, et de loin.

L’intégration des immigrants sur le marché du travail fait défaut, tout comme la rétention des talents, note l’économiste en chef de Montréal international, Christian Bernard. « La réalité, c’est qu’on retient seulement un étudiant étranger sur six et un travailleur temporaire spécialisé sur six. »

Prioriser l’éducation

Comme l’explique M. Bernard, les carences de Montréal en matière de main-d’oeuvre constituent le « grand paradoxe » de la locomotive économique du Québec.

« C’est vrai que notre main-d’oeuvre créative et talentueuse est un atout, mais malheureusement, cette main-d’oeuvre se fait de plus en plus rare dans les secteurs de pointe où se concentre la majorité des entreprises étrangères que l’on accompagne », dit-il.

« Il y a du chemin à faire, et les priorités sont l’éducation et l’intégration des immigrants », ajoute M. Bachand. Il faut selon lui investir en éducation, mais aussi se demander si l’argent est dépensé de la bonne façon.

Plus incisif, Michel Leblanc affirme que la CCMM lancera des « offensives majeures » au cours des prochaines années pour valoriser la formation universitaire. « Depuis des années, nous pensons qu’il y a un sous-investissement dans les universités. […] Les coupes successives depuis trois ans dans le budget des universités sont à notre avis une prise de risque collective », juge-t-il.

Le plus récent rapport de l’IQ est en quelque sorte la suite logique de celui rendu public l’an dernier par le président de BMO Groupe financier, L. Jacques Ménard, pour relancer l’économie montréalaise. Ce dernier salue une analyse « rigoureuse » qui donne l’heure juste, et croit lui aussi que l’éducation doit être une priorité gouvernementale. « Tu ne peux pas à ce point couper successivement les budgets des universités sans, à un moment donné, miner la capacité même du réseau. »

Avec Isabelle Porter