Le réchauffement climatique refroidit les investisseurs

Photo: Jim Cole Associated Press

Trois grands investisseurs institutionnels québécois veulent échanger sur les façons de mesurer l’empreinte carbone des portefeuilles de placement, une pratique grandissante à l’échelle mondiale qui souffre parfois d’un manque de données de la part des entreprises.

La Caisse de dépôt et placement, le Mouvement Desjardins et Bâtirente, le fonds de retraite des membres de la CSN, vont bientôt se réunir « afin de déterminer les meilleures pratiques », a affirmé mardi Stephen Kibsey, vice-président-conseil de la Caisse pour la gestion des risques liés aux marchés boursiers.

« Nous allons étudier le pour et le contre des différentes méthodologies, et ensuite, tout dépendant de l’intérêt que ça suscite, on va élargir le groupe », a dit M. Kibsey en marge d’un colloque sur le risque financier des changements climatiques organisé par le réseau PRI Québec, où il a participé à un panel sur le rôle des investisseurs institutionnels. Il n’y a pas de formule simple, a-t-il dit, car l’information est partielle et il faut continuer à étudier les ratios à utiliser.

L’analyse de l’empreinte carbone des portefeuilles d’investissement est à l’ordre du jour d’un nombre croissant de gestionnaires dans un contexte où la lutte contre les changements climatiques — et les risques qu’ils présupposent sur l’avenir des rendements — a déclenché ici et là des appels au désinvestissement du secteur des énergies fossiles.

Fournisseurs externes

Le site du Montréal Carbon Pledge (MPC), lancé en 2014 lors de la conférence annuelle des Principes pour l’investissement responsable (PRI) des Nations unies, ne donne pas de directive explicite. Un investisseur institutionnel incapable de calculer lui-même l’empreinte de ses placements peut confier sa tâche à un fournisseur externe, suggère le site.

Cependant, une certaine prudence semble s’imposer. « Les méthodologies et la qualité des données varient. Les données proviennent généralement des entreprises elles-mêmes et de leurs rapports annuels. Mais lorsque les entreprises ne fournissent pas de données, les fournisseurs pourraient estimer ou créer un modèle d’émissions, et les façons de le faire diffèrent. Les travaux de normalisation évoluent : en 2015, le Greenhouse Gas Protocol et l’Initiative financière du PNUE doivent publier de bonnes pratiques », peut-on lire. Il ajoute que le Signataire du MPC le mois dernier, le cabinet montréalais Addenda Capital, qui gère des actifs de près de 25 milliards, a indiqué que pour lui, l’empreinte carbone est « la moyenne pondérée de l’intensité des émissions de carbone d’un portefeuille, et est exprimée en tonne d’équivalent de dioxyde de carbone émis pour chaque million de dollars de ventes généré par année ».

Dans un discours qui passera à l’histoire, le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mark Carney, a martelé en septembre que les pays avancés doivent impérativement mettre en place des règles forçant les entreprises à montrer patte blanche au sujet de leurs émissions de gaz à effet de serre. Ex-gouverneur de la Banque du Canada et superstar de la finance internationale, M. Carney a demandé au G20 de se pencher sur cette question lors de son sommet la semaine prochaine en Turquie, à quelques semaines de la conférence climatique de Paris.

Désinvestissement

Le panel auquel a participé M. Kibsey, au cinéma Excentris, comprenait également Denis Dion, chef de produit chez Gestion de patrimoine Desjardins, Barbara Lambert, gestionnaire de portefeuille de revenu fixe chez Addenda Capital, François Meloche, gestionnaire des risques extrafinanciers de Bâtirente, et Agnes Terestchenko, gestionnaire principale au Carbon Disclosure Project.

Invités à se prononcer sur le désinvestissement, ils s’entendent tous pour souligner qu’un retrait complet des entreprises émettrices peut empêcher l’investisseur de poursuivre son dialogue pour inciter l’entreprise à améliorer ses pratiques.

« Si on se désinvestit au lieu de s’engager, on se trouve à transférer le risque à quelqu’un d’autre qui ne va peut-être rien faire, a dit Mme Terestchenko. Si on s’engage avec des sociétés comme Shell ou Exxon, on peut leur demander de réduire leurs investissements dans l’exploration et d’investir dans des projets d’énergie renouvelable. »

1 commentaire
  • Yves Corbeil - Inscrit 11 novembre 2015 12 h 41

    Aller porter votre message

    Le 29 Novembre à Ottawa,

    www.100possible.ca/fr/

    Nous verrons combien de Canadiens, Québécois ont vraiment à coeur ce qui se passe chez nous.