Vieillir moins pauvrement au Canada

Photo: Getty Images

La réforme du système de retraite doit absolument passer par l’amélioration des régimes publics, martèle un ancien actuaire en chef du Régime de pensions du Canada (RPC) selon lequel il est inconcevable que le tiers des retraités soit si mal en point qu’il ait recours au Supplément de revenu garanti.

Du même souffle, Bernard Dussault, qui a dirigé les travaux actuariels du RPC de 1992 à 1998, propose aussi d’augmenter le salaire minimum à 15 $ l’heure et d’interdire aux employeurs de prendre des congés de cotisation dans les régimes de retraite d’entreprise.

« Le RPC et le Régime de rentes du Québec sont tellement bien conçus, pourquoi en sortir ? » a demandé M. Dussault lors d’un colloque organisé par l’Observatoire de la retraite, dont les partenaires sont principalement issus du monde syndical.

« Quand on reçoit les prestations du SRG, le revenu total de la personne concernée se situe entre 16 000 $ et 22 000 $ par année, dit M. Dussault. Qu’on appelle ça de la pauvreté ou non, ce n’est pas ce qu’on imagine vivre dans la dignité. […] On croit que quelque chose va se passer au fédéral d’ici un an ou deux. Tout changement au Régime de pensions du Canada demande l’approbation de sept provinces couvrant les deux tiers de la population. Mais on est confiant. »

Le taux de cotisation au RPC est de 9,9 %, divisé entre l’employeur et l’employé. Au Québec, le taux de cotisation au Régime de rentes est de 10,5 %.

Si certains ont déjà évoqué une expansion de la couverture publique à 35 % ou 40 % du revenu de carrière assurable, comparativement au taux actuel de 25 %, M. Dussault croit qu’il faudrait envisager 50 %.

Les partisans d’une couverture élargie des régimes publics tentent depuis plusieurs années de faire accepter leur proposition, mais se sont toujours cogné le nez à la porte de l’ancien gouvernement Harper.

L’élection du Parti libéral a fait renaître les espoirs. Entre autres, les libéraux ont promis pendant la campagne que le gouvernement fédéral prêterait main-forte à l’Ontario dans la création et l’harmonisation de son nouveau régime, ce que les conservateurs refusaient de faire. L’ancien gouvernement estimait que la bonification de l’aide publique à la retraite ne serait qu’une taxe sur la classe moyenne.

Les provinces et territoires ont souvent discuté de ce problème, a dit Ruth Rose, professeure associée à l’Université du Québec à Montréal. « Il y a eu plusieurs réunions. J’ignore la position de l’Alberta, mais dans le reste des provinces, il y avait consensus pour une amélioration. »

Le pourcentage de retraités qui reçoivent le SRG ne s’éloignera pas de son taux actuel de 33 ou 34 %, a dit M. Dussault. « Les deux régimes, le RPC et le Régime de rentes du Québec, ont atteint leur maturité. Les rapports des actuaires en chef montrent que le 33 % n’est pas appelé à changer. Je le disais dix ans plus tôt. »

La réflexion ouverte sur l’avenir du système de retraite a pris de l’ampleur au cours des dernières années. Celle-ci a été stimulée, entre autres, par la conversion de dizaines de régimes de retraite à prestation déterminées, qui garantissent un revenu, en régimes à cotisations déterminées, qui reposent sur l’espoir des rendements.

Le gouvernement Couillard a récemment présenté un projet de loi consistant essentiellement à modifier la façon de calculer le financement des régimes de retraite des entreprises. Cependant, les employeurs auraient désormais l’obligation légale d’avoir une « provision de stabilisation » pour amortir les périodes de vaches maigres sur les marchés.

1 commentaire
  • Gilles Gagné - Abonné 5 novembre 2015 17 h 40

    Et les congés de cotisation!

    Dans une période faste du début du siècle on s'est permis dans certains régimes des congés de cotisation pour ne pas être imposés sur les surplus, c'est un point à corriger pour justement comprendre que les rendements ne sont pas toujours à la hauteur des prévisions actuaires. Et oui même les actuaires se plantent!