Investir dans les soins de l’âme

Les problèmes de santé mentale coûtent à l’économie canadienne environ 50 milliards par année, selon la Commission de la santé mentale du Canada.
Photo: iStock Les problèmes de santé mentale coûtent à l’économie canadienne environ 50 milliards par année, selon la Commission de la santé mentale du Canada.

Malgré les campagnes de sensibilisation, la santé mentale demeure un tabou dans l’industrie financière, et les investisseurs devraient inciter les sociétés à mieux divulguer leurs pratiques, car il s’agit d’un élément crucial à la vitalité d’une organisation.

Bon nombre de sociétés ont pris les devants et rendent des comptes au sujet de leurs efforts, écrit dans un rapport le groupe torontois SHARE, spécialisé dans le conseil en investissement responsable, mais elles sont encore trop peu nombreuses à le faire.

À l’approche du 10 octobre, Journée mondiale de la santé mentale, SHARE a récemment analysé les documents publics de 25 sociétés financières canadiennes, dont les grandes banques, des assureurs et des sociétés de placement. Résultat : 15 d’entre elles évoquent clairement l’existence d’un programme d’aide aux employés, 14 ont une politique abordant au moins un aspect de la santé mentale, mais seulement six révèlent la présence d’un comité qui supervise cet enjeu au sein de la direction ou du conseil d’administration.

« Nous avons choisi le secteur financier pour cette première analyse à cause du niveau élevé de stress rapporté chez les cols blancs », a écrit le groupe, dont les clients investisseurs « ont désigné cet enjeu comme prioritaire ». Selon lui, « l’amélioration des communications portant sur la gestion du capital humain ne surviendra que dans la foulée d’une demande grandissante de la part des investisseurs ».

Parmi les 25 sociétés analysées figurent la Banque Nationale, la Corporation Power et sa filiale Financière Power, la Banque Scotia, la Financière Sun Life, la Banque Laurentienne, le groupe TMX, qui contrôle les Bourses de Toronto et Montréal, l’assureur Intact et la firme de placement Canaccord Genuity. (SHARE prévient que l’absence d’informations dans les documents ne signifie pas que la firme ne fait rien à cet égard.)

Aucune des 25 sociétés ne mentionne les taux d’absentéisme dans ses documents publics, mais le tiers souligne le taux de roulement du personnel. Par ailleurs, 10 d’entre elles font mention d’un sondage sur la mobilisation des employés, ce que SHARE décrit comme une « mesure critique du succès de la rétention du personnel et des possibilités d’avancement ».

Retour sur l’investissement

La firme-conseil Morneau Shepell a calculé l’an dernier le rendement sur l’investissement pour les entreprises s’étant dotées d’un programme d’aide pour les employés qui sont aux prises avec « des problèmes d’ordre personnel et émotionnel ». Pour chaque dollar investi, avait-elle écrit après analyse de 80 000 cas individuels survenus en 2013, le résultat moyen est de 8,70 $. En général, les entreprises analysées avaient généré un rendement oscillant entre 6 $ et 10 $.

« Le rendement obtenu par les employeurs découle à la fois d’une amélioration de la productivité et d’une réduction de l’absentéisme chez les employés qui ont eu recours au programme d’aide », avait relevé Morneau Shepell, dont le catalogue de services inclut ce genre de programme, d’où son accès aux données.

Selon la Commission de la santé mentale du Canada, ce problème entraîne pour l’économie un boulet d’environ 50 milliards par année, a-t-elle estimé en 2011.

La Commission, d’ailleurs, a dévoilé il y a deux ans une « norme nationale » devant permettre aux employeurs de mieux gérer les enjeux entourant la santé psychologique des employés. La norme a été conçue par l’Association canadienne de normalisation (Groupe CSA) et le Bureau de normalisation du Québec.

« Les troubles mentaux et les maladies mentales sont généralement à l’origine d’environ 30 % des demandes d’indemnisation pour invalidité de courte et de longue durée, a écrit la Commission en 2012. Plus de 80 % des employeurs canadiens les classent parmi les trois facteurs les plus importants à l’origine des demandes d’indemnisation pour invalidité de courte et de longue durée. »

Au coeur financier de Londres, le problème était tel que des grandes sociétés — Morgan Stanley, UBS, Aon, Deloitte, Bloomberg, KPMG, HSBC, etc. — ont décidé de créer la City Mental Health Alliance. L’objectif : développer une culture d’ouverture permettant à tous de parler librement de santé mentale sans la crainte d’être mis à l’écart.

2 commentaires
  • Yves Corbeil - Inscrit 10 octobre 2015 10 h 49

    Un beau titre qui frappe l'imaginaire

    '' Aucune des 25 sociétés ne mentionne les taux d’absentéisme dans ses documents publics, mais le tiers souligne le taux de roulement du personnel.''

    Quand ces compagnies prendront vraiment le problème au sérieux, peut-être que ça avancera. En attendant ce qu'ils prennent surtout au sérieux c'est de faire soigner leurs malades pour les réintégrés au travail et les congédier plutard.

    Là s'explique le haut taux de roulement d'employé, un jour ils comprendront peut-être qu'ils se refillent leurs problèmes en ne prenant pas les mesures nécessaires pour le contenir. Soit amélioré les conditions de travail et stopper la maladie de la performance avec toujours moins d'investissements.

    Faire toujours plus avec toujours moins, ça mène là ou nous sommes aujourd'hui. On regarde autour de nous, toute la pression que subissent les gens au quotidien et honnêtement tout cela pour un pouvoir d'achat qui régresse sans cesse.

    Le gros salaire que tu fais ça te le prends pour vivre, ils nous restent combien sur notre piastre.

    Bien c'est ça, les psys avec les compagnies se penchent sur le fléau de sous-production pas votre santé.

    Un bien beau titre.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 11 octobre 2015 05 h 00

    Entre-temps ???

    « Le rendement obtenu par les employeurs découle à la fois d’une amélioration de la productivité et d’une réduction de l’absentéisme chez les employés» (Morneau Shepell, firme-conseil, Toronto, ON)

    Bien que le rendement-production du personnel augmente depuis l’apparition de programme d’aide, il demeure que les exigences de performance ou d’excellence continuent à super-normaliser et « timer », au seuil-critique, des habitudes-habilités de travail hors-contextes susceptibles d’économie ou de déshumanisation !

    De ce genre d’entreprise, le problème tient moins du monde de la « santé mentale » que celui du temps-limite d’exécution-présence que l’employeur impose au personnel, avec ou sans réciprocité-considération (montre-d’or, après 20-25 de loyaux services) !

    Le jour où l’employeur comprendra cet épineux problème du temps-limite, son personnel risquera d’entrer au travail avec sourire !

    Entre-temps ??? - 11 oct 2015 –