Contraction n’est pas récession

L’économie québécoise s’est contractée au deuxième trimestre, sans pour autant inquiéter les économistes.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’économie québécoise s’est contractée au deuxième trimestre, sans pour autant inquiéter les économistes.

L’économie québécoise s’est contractée au cours du deuxième trimestre, mais les économistes, tout en signalant le bond des exportations, estiment que la croissance sera quand même au rendez-vous dans les prochains mois.

Au moment même où l’économie canadienne vivait une récession « technique », le produit intérieur brut du Québec a diminué de 0,3 % en rythme annualisé entre les mois d’avril et juin, selon l’Institut de la statistique du Québec.

Le mois de juin a permis de limiter les dégâts, signant à lui seul un bond de 0,5 % par rapport au mois de mai. Il s’agit du premier gain mensuel depuis le mois de janvier, cela s’expliquant notamment par une certaine embellie au chapitre des investissements des entreprises en machinerie.

Ces données surviennent deux semaines après que le ministre québécois des Finances, Carlos Leitão, eut reconnu que le gouvernement devra vraisemblablement réviser à la baisse sa prévision de croissance de 2 % pour 2015. Depuis des mois, de nombreux établissements ont dit qu’ils prédisent plutôt un gain d’environ 1,5 % ou 1,3 %, voire 1,1 %.

« Si le passé peut nous éclairer, on doit souligner que ce n’est pas la première fois que l’économie du Québec se contracte brièvement au cours d’une période d’expansion », a écrit l’économiste en chef adjoint de Valeurs mobilières Banque Laurentienne, Sébastien Lavoie. Il a fait référence à des passages nuageux en 2006, en 2007 « et, plus récemment, au deuxième trimestre de 2013, qui a été marqué par une grève dans l’industrie de la construction ».

Au cours de ces années, a ajouté M. Lavoie, l’économie québécoise a crû à un rythme annuel oscillant entre 1,0 % et 1,8 %.

Hausse de 11,5 % des exportations

En dépit du recul général de 0,5 % de l’économie, il semble que la faiblesse du dollar canadien et la reprise très vigoureuse de l’économie américaine ont eu l’effet voulu, indiquent les plus récentes données. Les exportations québécoises vers l’international ont augmenté de 11,5 % lorsqu’on projette leur rythme trimestriel sur 12 mois.

De manière générale, et pas seulement vers les pays étrangers, la principale catégorie d’exportations québécoises est celle de l’aéronautique, suivie de l’aluminium et les alliages. Pour chaque dollar de produits exportés en 2014, les exportations québécoises en ont représenté environ 15 ¢. Au total global, le Québec a expédié vers l’extérieur de ses frontières pour 8,1 milliards.

« La plupart des groupes d’industries ont affiché une croissance en juin, alors que les difficultés ont été assez généralisées pendant les mois antérieurs, a écrit l’équipe d’économistes du Mouvement Desjardins. Parmi les éléments positifs du deuxième trimestre, notons le regain des investissements des entreprises. Cela met un terme à la période de recul qui persistait depuis plus de deux ans. »

Le Mouvement Desjardins croit que l’économie « reste fragile » et que sa prévision de croissance de 1,1 % pour 2015 « tient bien la route ». Toutefois, il faudra que « l’économie renoue avec une bonne croissance d’ici la fin de l’année ».

Il y a deux semaines, le ministre Leitão a affirmé lors d’une conférence téléphonique avec des journalistes que la révision à la baisse des prévisions n’empêcherait pas le gouvernement Couillard d’atteindre l’équilibre budgétaire en 2015-2016.

« Même si le PIB est un peu moins robuste, les dépenses de consommation, les activités qui rapportent des revenus à l’État ne semblent pas être trop touchées »,avait affirmé M. Leitão.

2 commentaires
  • Jean-François Trottier - Abonné 26 septembre 2015 11 h 42

    Et qu'est-ce que ce titre je vous prie?

    "Contraction n’est pas récession" représente une prise de position.

    L'article au contraire est un fatras de commentaires de différents experts et nulle part l'auteur n'y prend position.

    J'ai lu l'article, j'ai relu le nom du journaliste, j'ai relu l'article... Le truisme du titre qui annonce une mise au point dans sa suite déçoit ma soif de savoir et comprendre.

    En fait n'importe quel financier qui se cache derrière le sacro-saint PIB aurait pu en écrire autant, sans se prononcer mais en assénant tout de même sa prétendue vérité.
    La question n'est pas "récession" ou "contraction" puisque tout le monde s'entend semble-t-il, ben, en autant que l'on est accro au PIB.

    Il y a comme un manque quelque part, non ?

  • Donald Bordeleau - Abonné 28 septembre 2015 13 h 35

    PIB plonge avec le huard.

    La part des industries de fabrication dans le PIB du Québec est passée de 22,9 % en 2000 à 14,1 % en 2012, l’emploi dans le secteur manufacturier suivait une courbe presque semblable. Ce secteur fournissait 18,5 % des emplois de la main-d’œuvre québécoise en 2000, contre 12,5 % en 2012. Le secteur manufacturier ne représente maintenant que 12% du PIB du Québec. Cependant le secteur du service représente 70% des emplois.
    Selon une récente étude de SECOR-KPMG1 pour le compte de Montréal International, l'impact en termes de PIB d'un investissement de 100 M $ serait par exemple de 491 M $ dans le secteur des services scientifiques, alors qu'il ne s'élèverait qu'à 60 M $ dans le secteur de la fabrication de papier. C'est donc dire que pour générer le même niveau de richesse, une entreprise en fabrication de papier doit en général investir 8 fois plus en équipements et en machinerie qu'une entreprise du domaine des services scientifiques.

    Pour l'économiste en chef d'Industrielle Alliance, Clément Gignac, la perte des quelque 50 000 emplois à temps plein fragilise la reprise. «Au niveau de la tendance, les chiffres ne sont pas très bons, a affirmé l'ancien ministre libéral [...]. Peu importe l'approche qu'on utilise, force est d'admettre que le Québec perd du terrain face aux autres provinces du Canada.»