Les pouvoirs publics canadiens devront se montrer «plus actifs»

On cite également l’exemple québécois pour sa mise en place d’un réseau de garderies abordables.
Photo: Jo Unruh Getty Images On cite également l’exemple québécois pour sa mise en place d’un réseau de garderies abordables.

Les gouvernements canadiens devront abandonner le laisser-faire économique et se montrer « plus actifs » s’ils veulent équilibrer leurs budgets et réussir le nécessaire virage vers un développement durable, estiment des experts.

« Les réformes des gouvernements centrés sur la [seule] logique de marché ont échoué à instaurer un âge d’or de prospérité au Canada », constate un rapport du Centre d’étude des niveaux de vie dévoilé mardi. Cela « suggère que le simple fait d’établir des règles du jeu propices à la concurrence et d’attendre ensuite passivement que cela génère de la croissance n’est peut-être pas la meilleure approche. Les gouvernements peuvent faire plus pour aider les acteurs à prendre des décisions optimales dans un marché concurrentiel. »

L’étude qui fait près de 300 pages vient d’un centre de recherche basé à Kingston, en Ontario, et cofinancé par les gouvernements, des institutions internationales, des fondations, ainsi que des associations patronales et syndicales. Elle est signée par trois économistes, dont Don Drummond, ex-économiste en chef de la Banque TD et ex-président d’une fameuse commission sur la réforme des services publics en Ontario en 2012. D’autres experts y ont aussi collaboré, dont l’économiste émérite de l’UQAM Pierre Fortin.

L’étude formule plus 90 recommandations, allant de l’augmentation des dépenses en infrastructure à la réduction des frais de garde, en passant par un réaménagement de l’assiette fiscale, une réforme du financement des universités et la prise en compte systématique des impacts non seulement économiques, mais aussi sociaux et environnementaux à long terme de chaque mesure.

Le temps de changer d’approche

Il y a trois façons pour les gouvernements d’aborder le problème des finances publiques à l’ère du vieillissement de la population et de l’explosion des coûts de santé, dit l’étude. On peut y voir une obligation de réduire les services. On peut y voir une invitation à augmenter les impôts. Mais on peut y voir aussi une occasion de revoir notre façon d’assurer une meilleure croissance économique et, par le fait même, d’améliorer le niveau de vie de l’ensemble de la population tout en réduisant le poids relatif de la dette publique dans l’économie. Cette troisième voie est la plus prometteuse.

Or, bien que les politiques de développement économique poursuivies au Canada — comme dans bien d’autres pays — n’étaient pas toutes mauvaises en soi, elles ont néanmoins généralement accouché d’une croissance économique décevante et de gains de productivité lamentables. Elles ne tiennent pas compte non plus de l’inévitable virage vers un mode de développement moins inégalitaire et plus compatible avec la protection de l’environnement.

Disant s’inspirer du changement de cap des grands donneurs de leçons internationaux, comme l’OCDE, mais de l’opinion de plusieurs autres experts aussi, l’étude recommande entre autres que les gouvernements profitent de la faiblesse des taux d’intérêt pour investir davantage dans les infrastructures. Elle conseille l’imposition d’une taxe sur le carbone et des péages sur les autoroutes, ainsi qu’une réduction des impôts sur le capital, les profits des entreprises et les revenus des particuliers en échange d’une augmentation des taxes à la consommation, une recommandation formulée récemment par la commission Godbout au Québec. On cite également l’exemple québécois pour sa mise en place d’un réseau de garderies abordables. On propose un grand réexamen des programmes d’encouragement à la recherche et au développement uniquement fondés sur les crédits d’impôt. On en appelle à un financement des universités qui ne soit pas seulement basé sur le nombre d’étudiants, mais aussi la qualité de l’enseignement. On souhaite la réduction des monopoles et de la réglementation dans des secteurs névralgiques comme les télécommunications, l’électricité, ainsi que le transport aérien et ferroviaire. On voudrait augmenter le nombre d’immigrants, de femmes, de personnes plus âgées et d’autochtones sur le marché du travail.