Le Canada a la récession modeste et éphémère

À Fort McMurray, durement touchée par la chute des prix du pétrole, des pétrolières réduisent leurs activités et vendent l’équipement qui n’est plus utile.
Photo: Ian Willms Agence France-Presse À Fort McMurray, durement touchée par la chute des prix du pétrole, des pétrolières réduisent leurs activités et vendent l’équipement qui n’est plus utile.
C’est confirmé. Le Canada a bouclé en juin un deuxième trimestre de croissance économique négative, répondant ainsi à la définition « technique » d’une récession. Mais elle s’est avérée bien modeste et bien circonscrite, observent les analystes. Et le pays en est probablement ressorti aussitôt.

Dans l’une de ses annonces les plus attendues depuis longtemps, Statistique Canada a rapporté mardi que le produit intérieur brut (PIB) réel canadien a diminué de 0,5 % en rythme annualisé au deuxième trimestre de l’année qui s’est terminé en juin. L’agence en a profité pour corriger à la baisse le recul de l’économie qu’elle avait rapporté pour les trois premiers mois de l’année, d’une baisse de 0,6 % à une baisse de 0,8 %.

Anticipé depuis quelque temps déjà, le recul au deuxième trimestre s’est avéré deux fois moins marqué que le consensus des économistes ne le prédisait encore lundi. Il répond néanmoins à leur définition d’une récession la plus communément utilisée, soit deux trimestres de croissance négative consécutifs.

La plupart d’entre eux se sont toutefois empressés de relativiser la gravité du problème, se riant même de l’importance que la campagne électorale et le débat public accordent à cette idée de « récession technique ». « Même si l’on convenait un jour de qualifier cette période de récession, ce serait l’une des plus modestes et des plus étranges qui soient », a déclaré Douglas Porter, économiste en chef de la Banque de Montréal. « On sait que les mauvaises nouvelles font vendre, mais est-il juste d’accoler à l’économie canadienne l’infâme mot commençant par la lettre r », s’est demandé son confrère de la Banque Nationale, Stéfane Marion, selon qui il faudrait tout au plus parler de stagnation.

Un recul concentré dans l’énergie

En plus d’être relativement modeste, le recul de l’économie en première moitié de l’année s’est largement limité aux secteurs de l’énergie (pétrole) et manufacturier, et aux provinces productrices d’or noir, font valoir les analystes. N’eût été le secteur de l’énergie, frappé de plein fouet par l’effondrement des cours du pétrole depuis l’automne, l’économie canadienne aurait crû de 0,6 %, dit Stéfane Marion, reprenant ainsi un argument avancé en campagne électorale par le premier ministre conservateur, Stephen Harper.

Selon Statistique Canada, l’investissement des entreprises en équipements et bâtiments a été le principal facteur de décroissance avec un recul d’avril à juin de 8 % en rythme annualisé après une première baisse en début d’année de 11 %. Elles ont aussi investi près de 5 milliards de moins dans la constitution de leurs inventaires.

D’un trimestre à l’autre, « l’extraction de pétrole par des méthodes non classiques » a retraité de 5,7 %, et les « activités de soutien à l’extraction minière, pétrolière et gazière » de 18 %.

Mais le reste de l’économie n’a pas si mal fait. En rythme annualisé, les dépenses des gouvernements ont augmenté de 1,2 % après un modeste recul de 0,2 % au premier trimestre. Les exportations ont légèrement remonté (+0,4 %) après deux trimestres de baisse, en même temps qu’ont diminué les importations (-1,5 %). Mais surtout, les dépenses des ménages ont continué d’augmenter (+2,3 % contre +0,5 % au premier trimestre), tant dans les biens durables, comme les maisons et les voitures, que dans les services.

Comme cette hausse de la consommation s’est accompagnée d’un recul du revenu disponible des familles, elle s’est notamment faite au détriment de leur taux d’épargne, qui a reculé de 5,2 % au premier trimestre à 4 % au deuxième.

Rebond en juin

Les analystes se disent également heureusement surpris par la vigueur du rebond de l’économie à la fin de la période étudiée, en juin. Lors de ce seul mois, note-t-on, le PIB réel a crû de 0,5 %, porté par la croissance de 17 des 20 principaux secteurs industriels du pays. Il n’en fallait pas plus au consensus des économistes pour parier sur un taux de croissance annualisé de 2,5 % au troisième trimestre, soit un point de pourcentage de plus que ne le prévoyait la Banque du Canada en juillet.

Pour l’ensemble de l’année, l’économiste Avery Shenfeld, de la Banque CIBC, se rallie toujours à la prévision de la banque centrale d’un modeste taux de croissance de 1,1 %, soit presque moitié moins que les 2 % sur lesquels comptait le ministre fédéral des Finances, Joe Oliver, dans son budget du mois d’avril.

On en apprendra plus sur l’état de l’économie cette semaine avec le dévoilement, jeudi et vendredi, des statistiques de juillet sur la balance commerciale, ainsi que des chiffres pour le mois d’août sur le chômage et l’emploi.

Dans son dernier portrait de la situation d’ensemble en juillet, la Banque du Canada a réduit de presque moitié ses prévisions de croissance économique pour cette année, et décidé, en conséquence, d’abaisser son taux directeur de 0,75 % à 0,5 %.

Sa prochaine décision sur les taux d’intérêt doit être rendue la semaine prochaine.
3 commentaires
  • Donald Bordeleau - Abonné 2 septembre 2015 09 h 47

    Récession modeste et éphémère.

    Une récession mondiale est la pour 2016 et cette fois le Canada et la province de Québec passe à la moulinette, surtout avec la bulle immobilière au Canada et un peu partout à travers le monde qui est sur le point d'exploser....L’ampleur de la baisse de la productivité touche 75% de la production manufacturière.

    Canada où à Vancouver les gens paient plus de 60 % de leur salaire annuel pour leur maison et à Toronto environ 50 %...

    2008.... C'était une promenade en pic nique.... 2015-2016 fera très mal... Pour ceux qui rêve du plan nord vont comprendre que ce n’est pas un eldorado comme le Plan Maritime pour l’instant car la Chine est au bord de sa pire crise économique avec sa bulle immobilière sur le point d'exploser....

    Les mesures d'austérité priveront le Québec de plusieurs milliards de revenu.

    http://blog.lefigaro.fr/economie/2011/02/la-procha

  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 2 septembre 2015 12 h 07

    Bonne nouvelle pour Couillard et Cie

    "Et le pays en est probablement ressorti aussitôt" selon les ...analystes...
    Ressorti de quoi? de la récession?! ah, si les analystes le disent !

    Alors m. Couillard plus question de brader le Québec ? plus question d'austérité?
    La boule de cristal a....explosée...?!

    Quel sont vos plans pour les prochaines....48 heures? oublier Revenu Québec et vendre...quoi? la mèche ? la peau de l'ours?