Les Canadiens perdent confiance en leur économie

Près de 44 % des répondants estiment que le temps serait mal choisi pour faire un achat important, comme une maison ou une voiture.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Près de 44 % des répondants estiment que le temps serait mal choisi pour faire un achat important, comme une maison ou une voiture.

La confiance des Canadiens dans leur économie a reculé pour un deuxième mois consécutif en août, a rapporté lundi le Conference Board à la veille de la confirmation attendue de l’entrée du pays en « récession technique ».

L’indice de confiance des consommateurs du Conference Board du Canada a encore décliné le mois dernier, passant de 98,6 points à 91,9 points, sur une échelle où la valeur de 100 correspond à la moyenne de 2014. Cet indice basé sur la perception de ses propres perspectives d’emploi et situation financière était encore à 102,7 il y a deux mois.

Les Canadiens qui ont le plus le moral dans les talons sont, sans conteste, les Albertains, dont l’indice n’est plus qu’à 50,8 points contre 66,1 points en juin. Leurs compatriotes de la Saskatchewan et du Manitoba (recul de 93 points à 75,7 points) n’ont pas la forme non plus. La confiance est également sur une pente descendante en Ontario, où l’indice frisait les 110 points il y a deux mois, mais qui est tombé depuis à 95,6 points, et en Colombie-Britannique, où l’on est passé de 112,4 points à 101,9 points.

Les ménages québécois apparaissent d’humeur plus égale, leur indice de confiance ayant d’abord augmenté de 104,7 points à 107,2 points de juin à juillet, avant de se tasser un peu le mois dernier à 105,1 points.

Réalisée à partir d’un sondage Internet réalisé auprès de 3000 répondants, l’enquête du Conference Board rapporte, par exemple, que la proportion de Canadiens qui s’attendent à une détérioration du marché de l’emploi de leur communauté au cours des prochains mois a augmenté en août (d’environ 33 % à 37 %) alors que les rangs de ceux qui prévoient une amélioration sont restés les mêmes (à un peu plus de 7 %). Près de 44 % (contre 41 % en juillet) des répondants estiment que le temps serait mal choisi pour faire un achat important, comme une maison ou une voiture. Le quart (25 % plutôt que 23 %) disent que leur situation financière s’est détériorée au cours des six derniers mois, contre seulement 16,8 % (17,4 % le mois dernier) qui rapportent une amélioration.

La récession et les élections

Comme chaque fois, l’état de l’économie et la perception qu’en ont les électeurs sont des enjeux importants des élections fédérales en cours. Or, depuis plusieurs mois, l’économie canadienne accuse notamment le coup du ralentissement de la croissance mondiale et de la chute des prix du pétrole. C’est ce mardi qu’on devrait savoir si, comme la plupart des experts le pensent, elle a bouclé en juin un deuxième trimestre consécutif de croissance négative, ce qui correspondrait à la « définition technique » d’une récession communément utilisée par les économistes.

Encore pressé de questions à ce sujet par les journalistes lundi matin, le premier ministre conservateur, Stephen Harper, a refusé de prononcer le mot de récession et même de le définir. Il a reconnu tout au plus une « contraction » dans un secteur de l’économie, celui de l’énergie, en insistant sur le fait que cela n’avait pas empêché son gouvernement de rapporter un surplus budgétaire de 5 milliards entre avril et juin.

D’après les prévisions recueillies par Thomson Reuters, les économistes s’attendent à ce que Statistique Canada rapporte mardi une contraction de l’économie de 1 % en rythme annualisé pour le deuxième trimestre.

Quelle sorte de rebond ?

À la Banque TD, on prédisait toutefois un rebond de 2 % à 2,5 % dès le troisième trimestre attribuable à la faiblesse de la devise canadienne à son impact positif sur les exportations. L’économiste de Capital Economics David Madani penchait, quant à lui, pour une remontée moins vigoureuse d’ici la fin de l’année. « La plupart des indicateurs avancés pointent vers d’autres faiblesses. »

Outre les données sur la croissance pour le mois de juin prévues ce mardi, on attend des chiffres sur la balance commerciale jeudi ainsi que sur l’emploi vendredi.

Dans son dernier portrait de la situation d’ensemble en juillet, la Banque du Canada a réduit de presque moitié ses prévisions de croissance économique pour cette année à seulement 1,1 %, et décidé, en conséquence, d’abaisser son taux directeur de 0,75 % à 0,5 %.

Sa prochaine décision sur les taux d’intérêt doit être rendue la semaine prochaine.