L’abolition du système menacerait 24 000 emplois

L’enquête constate que jusqu’à 40% de la production laitière canadienne serait à risque si le système de gestion de l’offre devait disparaître.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’enquête constate que jusqu’à 40% de la production laitière canadienne serait à risque si le système de gestion de l’offre devait disparaître.

L’abolition intégrale du système canadien de la gestion de l’offre menacerait 4500 à 6000 fermes et pourrait faire disparaître jusqu’à 24 000 emplois directs au pays, avance une nouvelle étude commandée par Agropur.

Préoccupée par les négociations entourant l’accord de libre-échange du Partenariat transpacifique (PTP), la coopérative québécoise a mandaté le cabinet Boston Consulting Group (BCG) afin qu’il se penche sur les conséquences de ce scénario. « On constate que jusqu’à 40 % de la production laitière canadienne serait à risque advenant la fin de la gestion de l’offre et sans adaptation préalable », peut-on lire dans l’enquête de 56 pages.

Le Québec, qui compte quelque 5900 des 11 960 fermes laitières au pays, serait parmi les provinces les plus touchées, d’après l’étude, si le système qui régit les productions de lait, d’oeufs et de volailles, devait disparaître.

Les producteurs québécois sont préoccupés par les négociations alors que plusieurs pays, au premier chef les États-Unis, font pression sur le Canada pour qu’il ouvre son marché à ces trois secteurs de production agricole. Aux négociations du PTP, qui se poursuivent à Hawaï, le gouvernement Harper serait en pourparlers afin de permettre l’entrée d’une certaine quantité de produits laitiers américains au Canada, selon les informations du quotidien torontois The Globe and Mail.

Outre le Canada et les États-Unis, les discussions impliquent le Chili, le Mexique, le Pérou, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, Brunei, le Japon, la Malaisie, Singapour et le Vietnam.

Faire contrepoids

« Nous souhaitons que cette étude vienne contribuer au débat et faire contrepoids aux groupes qui préconisent la fin de la gestion de l’offre au Canada », souligne le vice-président principal aux affaires institutionnelles et aux communications chez Agropur, Dominique Benoit.

Mise en place au début des années 1970, la gestion de l’offre a permis de bâtir une industrie dont la contribution directe et indirecte au PIB canadien est évaluée à 13,1 milliards et près de 117 000 emplois, souligne l’étude. Dans l’éventualité d’une déréglementation, le document rédigé par le BCG avance que la production de fromage, yogourt et de beurre risquerait fort probablement de se déplacer à des endroits comme les États-Unis, la Nouvelle-Zélande et l’Union européenne, où les coûts de transformation sont plus faibles.

Les auteurs du document commandé en janvier s’inquiètent particulièrement de la proximité des États-Unis, où les usines de transformation sont généralement plus grandes que celles au Canada. « L’ampleur du risque est unique, car les États-Unis constituent une réelle alternative pour approvisionner le Canada avec une production 11 fois plus élevée et des coûts de production jusqu’à 30 % moindres », fait-on valoir dans le rapport.

Si les retombées anticipées du Partenariat transpacifique sont estimées à environ 9 milliards, l’étude calcule que la fin de la gestion de l’offre aura un impact négatif de 2,1 à 3,5 milliards sur le PIB canadien. « [Cette] perte […] est donc significative, surtout si l’on considère qu’il n’y a que peu de garanties que le consommateur y trouvera un avantage dans l’achat de ses produits laitiers », fait valoir l’étude.

Ailleurs dans le monde

L’étude commandée par Agropur — l’un des trois plus grands joueurs de l’industrie laitière au pays — dresse également des conséquences de la déréglementation dans le secteur laitier ailleurs dans le monde. En Australie, une baisse de la production de 15 % a été constatée depuis 2000 alors qu’au Royaume-Uni, le recul constaté depuis 1995 est estimé à 7 %. « Ces pays ont essayé de laisser le libre marché faire son oeuvre et les résultats n’ont pas été positifs, affirme M. Benoit. La déréglementation dans ces pays a été un échec complet. »

Dans le passé, Agropur avait déjà fait part de sa réticence à l’endroit de l’accord de libre-échange conclu entre le Canada et l’Union européenne qui pourrait permettre l’arrivée de quelque 17 700 tonnes supplémentaires de fromages spécialisés européens aux 20 400 tonnes actuellement importées en provenance de ce continent.

4 commentaires
  • Catherine Paquet - Abonnée 30 juillet 2015 04 h 48

    Que fait la gestion de l'offre...?

    Puisque la gestion de l'offre est un élément si mportant pour nos agriculteurs, lors de négociations sur libre échange avec nos partenaires internationaux, il est indispensable que nos concitoyens comprennent bien le fonctionnement de ce systême de règlementation de la production laitière au Canada, et constatent que par ce mécanisme de subventions bien ciblées, destinées à nos producteurs laitiers, les gouvernements visent à controler le volume de la prodution de lait afin que les prix de vente se maintiennent à des niveaux que les consommateurs acceptent et surtout qui permettent à nos agriculteurs de planifier leurs productions sur une longue période afin de ne pas se retrouver avec des surplus qui entraineraient inévitablement des pertes financières pour eux et des baissent de prix de vente qui réduiraient leurs revenus.
    Remarquons que les consommateurs, qui croiraient y gagner, si les prix de vente baissaient, se retrouveraient â payer la même la note, en finançant, à même leurs taxes, la gestion gouvernementale de l'offre, afin que les agriculteurs, grâce aux subventions, réduisent leur production et ne soient pas perdants financièreement.
    Notons également que, si les produits importés étaient offerts à des prix plus bas, nos agriculteurs seraient également forcés de réduire leur production, risquant même de devoir l'abandonner un jour si les profits n'y étaient plus, mais les consommateurs se retrouveraient encore à payer toute la note. Mais, cette fois, les revenus de la vente iraient à des producteurs étrangers.
    La question essentielle serait donc de connaître le niveau des subventions offertes aux agriculteurs étrangers, de même que les coûts de production et de transport de ces produits importés. Alors les négociations pourraient commencer...

    • Pierre Hélie - Inscrit 30 juillet 2015 09 h 32

      La question essentielle est de savoir si nous voulons être (relativement) autonomes ou dépendants des autres pour notre sécurité alimentaire; ne voir qu'en fonction de l'économie est, comme toutes les vues à court terme, voué à l'échec. Depuis le départ de Jean Garon, un homme d'État hors norme comme il ne s'en fait plus, l'agriculture a été laissée au mieux à des incompétents et au pire à des vautours. Les gens pensent que nourrir une population est facile et que l'agriculture est un métier facile; celà relève de l'ignorance. Et ils oublient que sans nourriture, il n'y a rien.

  • Yves Corbeil - Inscrit 30 juillet 2015 11 h 33

    Boire et manger

    Les deux besoins fondamental de l'homme. Quand nos agriculteurs et nos fermes auront disparu et que nous dépendrons des autres pour se nourrir alors là nous serons vraiment dans le pétrin. Pensons-y avant de signer tous ces accords qui ne servent qu'à enrichir certains.

  • Johanne Archambault - Abonnée 30 juillet 2015 17 h 45

    Réinventer la roue

    Faut-il encore démontrer que le «libre» marché mène à la domination de quelques-uns? Démontrer que le «libre» marché existe seulement sur le papier? Qui réclame le «libre» marché, qui demande un changement des règles? Est-ce que toutes choses seront «égales par ailleurs»: il n'y aura d'esclaves nulle part, pas de salaires de misère, pas de subventions plus ou moins cachées, pas de collusion, et l'information parfaite! Pas de perdants? Au nom de quoi défaire un système qui fonctionne? On déshabille Paul pour habiller Pierre?