Gestion de l’offre: les agriculteurs doutent malgré les promesses

Le président de l’UPA, Marcel Groleau, a brandi le spectre d’une perte de plusieurs milliers d’emplois si le système était abandonné.
Photo: François Pesant Archives Le Devoir Le président de l’UPA, Marcel Groleau, a brandi le spectre d’une perte de plusieurs milliers d’emplois si le système était abandonné.

Les producteurs agricoles ont maintenu la pression sur le gouvernement Harper. Après celui de Maxime Bernier vendredi, le bureau de Denis Lebel à Roberval était visité à son tour lundi. Les doutes et inquiétudes persistent malgré les engagements répétés d’Ottawa de défendre le système de gestion de l’offre dans l’actuelle ronde de négociations entourant le Partenariat transpacifique.

Selon Radio-Canada, ils étaient des centaines de producteurs agricoles venus de toutes les régions du Québec, touchés par le système de gestion de l’offre, à s’être donné rendez-vous devant le bureau de Denis Lebel, à Roberval, pour réclamer le maintien du régime. Les agriculteurs ont insisté auprès du ministre conservateur pour que le système de gestion de l’offre soit protégé, rappelant que le gouvernement fédéral s’est engagé à le conserver. Les manifestants dénoncent le fait que le système soit de nouveau remis en question dans le cadre des négociations du Partenariat transpacifique.

Fin d’une ronde

Rappelons que les négociateurs en chef de 12 pays, dont l’Australie, les États-Unis, le Japon et le Mexique, terminent aujourd’hui une nouvelle ronde de négociations. Les ministres du Commerce se réuniront ensuite à Hawaï pour tenter de finaliser l’entente.

Dans le reportage de Radio-Canada, le président de l’Union des producteurs agricoles (UPA), Marcel Groleau, a brandi le spectre d’une perte de plusieurs milliers d’emplois si le système était abandonné. « On peut facilement penser que plus de la moitié de la production agricole soumise à ce régime-là au Canada serait perdue avec les emplois en transformation et autres. Il y a 92 000 emplois au Québec qui dépendent des secteurs de la gestion de l’offre. »

Denis Lebel s’est adressé aux agriculteurs pour leur dire qu’il est avec eux et qu’il entend leur message. Toutefois, il n’a pas été en mesure de leur promettre que le système de gestion de l’offre sera maintenu intégralement. « Vous voulez entendre le mot intégral, je peux vous dire que mon support va être intégral jusqu’à la fin. Le résultat de la négociation, je ne suis pas capable de vous le promettre. Il n’y a pas un parti qui va promettre une chose qu’il n’est pas capable de livrer. Mais soyez certains, certains que votre message va être porté aujourd’hui. »

Vote anticonservateur

Le reportage se termine avec des agriculteurs repartant déçus de la manifestation et des représentants de l’UPA laissant planer la menace d’un vote anti-conservateur lors du scrutin fédéral de cet automne.

Vendredi le ministre d’État fédéral à l’Agriculture, Maxime Bernier, promettait qu’Ottawa protégera intégralement le système de gestion de l’offre qui régit les productions de lait, d’oeufs et de volailles dans l’éventuelle entente de libre-échange du Partenariat transpacifique. Quelques centaines de producteurs s’étaient rendus devant son bureau de circonscription à Sainte-Marie de Beauce. Les producteurs réclamaient qu’on protège « intégralement » le régime actuel. En point de presse, le ministre Bernier a précisé que le mandat du négociateur fédéral était « de préserver le système de gestion de l’offre de façon intégrale, avec ses trois piliers, c’est-à-dire le contrôle de la production, le contrôle des prix et le contrôle des importations ».

Agir rapidement

Mercredi, l’ambassadeur des États-Unis au Canada, Bruce A. Heyman, pressait le Canada, dans une entrevue au journal Les Affaires, d’agir rapidement pour ouvrir le marché canadien à ces trois productions des autres pays. Le même jour, le président de la Fédération des producteurs de lait du Québec, Bruno Letendre, reconnaissait que le Canada se retrouve, comme dans toutes les négociations de libre-échange, dans une position vulnérable dans ce dossier. « Le talon d’Achille de la gestion de l’offre, c’est qu’il s’agit d’un système de protection réglementaire, disait-il en entrevue à La Presse canadienne, alors que les autres pays, eux, subventionnent l’agriculture. Nous, notre produit est vendu à la valeur qu’il coûte à produire », explique le producteur qui déplore la position de faiblesse dans laquelle se place Ottawa. « Ce que je reproche au gouvernement canadien, c’est d’avoir accepté de mettre la gestion de l’offre sur la table, mais les autres n’ont pas mis leurs subventions sur la table », même si l’objectif des deux stratégies est le même.

2 commentaires
  • Yves Corbeil - Inscrit 28 juillet 2015 10 h 26

    Trouver les voie de sorties, ça presse.

    Certains se laissent rassurer par les beaux discours des politiciens, qui d'année après année promettent la fin de la ''crise''. Les gouvernements ne trouve cependant rien de mieux à faire que de suivre servilement les demandes de l'entreprise privée, qui exige qu'on concède toujours plus de terrain au ''marché'' pour résoudre quelque problème que ce soit. Les gouvernements ont perdu leur sens des responsabilités, du service du peuple qu'ils sont supposé représenter dans une démocratie d'élue par le peuple, ils sont passé avec les médias au service des riches qui contrôlent tous sur cette planète.

    Nos sociétés ont fait fausse route en se lançant tête baissé dans le ''progrès'', le ''développement'' et la production de biens de consommation toujours plus abondants. Les conséquences de cette abondance, la vie de tous les jours, la santé, le travail, l'amour, la solidarité avec ses semblables, le communautaire, le bonheur quoi, tout ce qui ne s'achète pas ou quand on croit pouvoir l'acheter, coûte finalement trop cher, car on doit sacrifier le meilleur de sa vie à gagner de quoi le payer.

    Les solutions ne viendront pas des élus qui cherchent avant tout leur ré-élection, non la solution viendra de nous, tous ceux qui ont vécu cette abondance et qui en subissent les conséquences néfastes au quotidien. Le temps presse car le modèle ne peut être repris par les pays émergents et qui sommes nous pour leur dire de refuser cela au nom de la survie de la planète.

  • Daniel Bérubé - Abonné 29 juillet 2015 11 h 38

    Nous risquons,

    avec de telles ententes, de perdre une façon de procédé qui a fait ses preuves depuis plus de 40 ans, qui a apporter une régularité dans le contexte de production selon les besoins et des prix; n'ayant que peu de compétition dans le domaine, nous a permis de faire des choix sur la qualité ( combien trouvons-nous de produits laitier venant d'ailleur qui ne contiennent pas de lait directement, mais de "dérivé laitier" ou chose semblable...

    Il était mentionné au téléjournal de mardi soir que la chose permettrait possiblement à une entreprise du Québec (pièces automobile entre autres) d'exporter encore plus et d'augmenter possiblement son chiffre d'affaire à 1 milliards, et un certains nombre d'emplois de plus... mais si c'est en bout de ligne, créer des emplois ici et en enlever là... et en même temps, faire perdre des acquis important a conserver, où est la logique ? De plus, reconnaissons que l'entreprise qui aura la possibilité d'augmenter son exportation, le jour où le dollars canadien reviendra l'équivalent du dollars américain... cette entreprise risque de fermer comme bon nombre ont dû le faire quand le pétrole a fait augmenter notre dollars à l'équivalent américain. De plus, si grand nombre de terres agricoles sont abandonnées suite à de tels changements, je ne serais pas surpris que les marchés verront la possibilité de profit à court terme toujours, en la vente de ces terres agricoles à des intérêts étrangers.

    Je trouve que ceci vient encore une fois confirmer que l'argent de l'extérieur est devenu plus important que la nourriture, voir des entreprises familliales établies depuis des générations et ayant faient leur preuves à long terme. En y ajoutant la centralisation, il est à craindre qu'un jour nous n'aurons qu'un magasin: Wall Mart qui sera devenu un "magasin général géant", et qui aura effacé toute concurence dans tout autre domaine des marchés. Les mises en garde de François (pape) seraient beaucoup plus a considérer...