Vous avez dit récession?

La Banque du Canada abaisse de nouveau ses taux d’intérêt pour aider le pays à sortir d’une récession qu’elle n’ose pas nommer.

La banque centrale canadienne a réduit mercredi son taux directeur d’un quart de point de pourcentage, de 0,75 % à 0,5 %. On ne l’avait pas vu aussi bas depuis l’été 2010, alors que les effets de la Grande Récession semblaient s’atténuer au Canada et qu’on venait d’entamer une remontée qui avait commencé au plancher historique de 0,25 %, mais qui s’était presque tout de suite arrêtée pour longtemps à 1 %. L’institution présidée par le gouverneur Stephen Poloz avait pris par surprise les marchés en janvier en décrétant une première baisse d’un quart de point afin de compenser l’impact sur l’économie de l’effondrement des prix du pétrole. Cette seconde baisse était moins une surprise, cette fois, même si elle ne faisait pas l’unanimité des analystes.

Cette décision était rendue nécessaire par la tenue décevante de l’économie canadienne depuis quelques mois, a expliqué la Banque du Canada, même par rapport à ce qu’on pouvait encore s’attendre lors de la dernière mise à jour de ses prévisions économiques en avril. Plutôt qu’une croissance de 1,9 %, l’institution ne s’attend plus qu’à une modeste expansion de 1,1 % cette année et réduit aussi, de 2,5 % à 2,3 %, ses attentes pour l’an prochain. Le portrait devrait être meilleur en 2017, avec un taux de croissance de 2,6 % plutôt que de seulement 2 %, mais cela commence à faire loin.

Dans l’immédiat, la banque centrale estime que l’année, qui s’était ouverte avec trois premiers mois en recul de -0,6 % en rythme annualisé, s’est poursuivie avec un deuxième trimestre négatif de suite, à -0,5 %. Bien que cela correspondrait à la définition technique d’une récession économique, Stephen Poloz a tout fait, mercredi, pour éviter d’utiliser le terme, préférant parler à la place d’une « modeste contraction » économique ou « d’un premier semestre négatif » et faisant valoir que le troisième trimestre devrait déjà être marqué par un rebond — non moins modeste — de 1,5 %.

« Je ne vois pas l’utilité de débattre sur la façon dont nous pourrions appeler cela, a-t-il déclaré en conférence de presse. Il est vrai que l’on a connu une contraction modeste, très modeste. Mais le plus important est que cela ne reflète pas une tendance généralisée dans l’économie. »

Le pétrole, l’économie mondiale et les exportations

Le Canada est principalement victime de trois phénomènes, a-t-il expliqué. Le premier est le choc infligé par l’effondrement des prix du pétrole. On croyait encore récemment que cela ferait reculer de 30 % les investissements dans le secteur énergétique, mais la baisse a été de 40 %.

La croissance mondiale a aussi été décevante en début d’année, en raison notamment de facteurs conjoncturels (hiver rigoureux et grève des ports de la côte ouest), mais peut-être plus aux États-Unis, et du processus de conversion en cours en Chine d’une économie d’exportations à une économie de consommation. La situation devrait se corriger en seconde moitié d’année pour l’économie américaine, espère la Banque du Canada. On est moins sûr pour la Chine.

La banque centrale s’est aussi avouée « perplexe » devant le manque de tonus des exportations canadiennes hors énergie en dépit, notamment, du sérieux coup de pouce offert par la baisse marquée du dollar canadien. « La Banque postule que cette faiblesse inexpliquée est temporaire et que la relation entre les exportations et l’activité étrangère se rétablira dans les prochains trimestres », a-t-elle dit.

La baisse des taux d’intérêt et des prévisions économiques de la Banque du Canada s’est tout de suite fait sentir sur le cours du huard. La devise canadienne a plongé de 1,09 ¢ US, à 77,40 ¢ US, un niveau où elle n’était pas tombée depuis mars 2009 alors que le Canada était en pleine récession. L’écart entre les devises canadienne et américaine pourrait bien se maintenir, l’homologue américaine de Stephen Poloz, Janet Yellen, ayant réitéré mercredi l’intention de la Réserve fédérale américaine de relever ses propres taux d’intérêt plus tard cette année si l’économie du pays continue de s’améliorer.

Pour le reste, tout va bien

Si l’on fait abstraction des investissements des entreprises et des exportations qui ne représentent même pas 20 % du total, l’économie canadienne se porte plutôt bien avec un taux de croissance d’environ 2 %, a fait valoir Stephen Poloz. La confiance des ménages (en dehors des provinces pétrolières) est bonne, l’emploi continue de s’améliorer, l’activité manufacturière se redresse, les consommateurs recevront même bientôt pour 3 milliards de versements rétroactifs de prestations fédérales aux familles avec enfants.

Ayant pour principale mission de garder l’inflation stable aux alentours de 2 %, la Banque du Canada juge avoir toute la marge de manoeuvre nécessaire pour assouplir encore sa politique monétaire avec un indice des prix à la consommation avoisinant 1 % et une tendance sous-jacente de 1,5 à 1,7 %. On estime que l’économie n’aura pas fini de rattraper son retard par rapport à son potentiel de croissance avant la première moitié de 2017.

Jusqu’où aller sans faire tomber les ménages ?

Principal outil d’intervention de la Banque du Canada, son taux cible du financement à un jour vise à influencer les conditions de crédit de court terme offertes par les institutions financières aux ménages et aux entreprises, et par le fait même l’activité économique. Un taux directeur de 0,5 % signifie que la Banque facture un taux d’intérêt annuel de 0,75 % aux institutions qui doivent lui emprunter de l’argent pour de très courtes périodes (souvent quelques heures seulement) et offre une rémunération de 0,25 % pour les dépôts. La Banque TD a été la première à réagir à la nouvelle, mercredi, en annonçant une réduction de son propre taux préférentiel d’un dixième de point de pourcentage, de 2,85 % à 2,75 %. La Banque Royale n’a pas tardé à surenchérir en abaissant son propre taux de cinq centièmes de point de plus, à 2,70 %.

Stephen Poloz a admis que cette nouvelle baisse des taux d’intérêt risquait d’aggraver la vulnérabilité de l’économie canadienne liée à l’endettement des ménages. Le fait que le marché immobilier, particulièrement à Vancouver et à Toronto, ne dérougisse pas n’arrange rien à l’affaire. Le banquier central estime cependant qu’en aidant le rebond de l’économie, il réduit les risques que les choses tournent mal.

Il n’y avait pas que la banque centrale de perplexe, mercredi. Pour l’économiste du Mouvement Desjardins Mathieu D’Anjou, « le prochain mouvement des taux [au Canada] pourrait être une hausse, mais seulement à la toute fin de 2016 ou au début de 2017 ». Selon son confrère de la Banque Laurentienne Sébastien Lavoie, il n’est pas exclu que la Banque du Canada récidive avant la fin de l’année avec une autre baisse du taux directeur, après quoi les analystes se mettraient à envisager un possible recours à des mesures d’assouplissement quantitatif, comme aux États-Unis, en Europe ou au Japon.


 
2 commentaires
  • Gaston Meilleur - Abonné 16 juillet 2015 05 h 49

    En campagne électorale... une récession qui n'est point

    Étrange que l'on ose point appelé un chat... un chat.... On est en récession et ça se sent. Les commerces de détail qui ferment les uns après les autres, des ventes continuelles dans les centre d'achat. Des connsomateurs sans emplètes.... Il me semble que c'est clair. Il n'y a que les conservateurs qui s'entêtent à nous dire que le ciel est bleu.... bleu conservateur..... Même le directeur de la Banque du Canada est muselé....

  • Denis Paquette - Abonné 16 juillet 2015 07 h 46

    Tous ses œufs dans le même panier

    Notre cher ami Harper n'a-t-il pas mis tous ses oeufs dans le même panier