Le PTP? Connais pas!

Le port de Vancouver. Une majorité de gens de la Colombie-Britannique (67%) ne connaissent pas le Partenariat transpacifique.
Photo: Bobanny / CC Le port de Vancouver. Une majorité de gens de la Colombie-Britannique (67%) ne connaissent pas le Partenariat transpacifique.

Les trois quarts des Canadiens disent n’avoir jamais entendu parler de l’ambitieux traité de libre-échange qu’Ottawa est en train de négocier avec 11 autres pays d’Asie et des Amériques représentant ensemble près 40 % de l’économie mondiale.

Plus de 75 % des Canadiens ont dit n’avoir jamais entendu parler du projet de Partenariat transpacifique (PTP) auquel participe le Canada aux côtés notamment de ses partenaires de l’ALENA, les États-Unis et le Mexique, mais aussi du Japon, du Chili, du Vietnam, de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande, selon un sondage. Les Québécois (79 %) et les jeunes de 18 à 29 ans (83 %) compteraient parmi les moins au courant, contrairement aux gens de la Colombie-Britannique (67 %) et aux Canadiens âgés de plus de 60 ans (67 %).

« C’est profondément troublant », a commenté Martin O’Hanion, porte-parole du Réseau pour le commerce juste, l’une des organisations altermondialistes, avec le Réseau québécois sur l’intégration continentale (RQIC), à avoir commandé l’enquête d’opinion à la firme Environics Research. Le PTP touche pourtant de « larges pans de nos politiques publiques » tels que la réglementation, l’ouverture de nouveaux secteurs de services à l’investissement étranger, l’agriculture les droits de propriété intellectuelle et la culture, a fait valoir le porte-parole du RQIC, Pierre-Yves Serinet.

« La majorité des Canadiens […] n’ont aucune idée que cet accord est négocié en secret sous la gouverne de multinationales, sans que soient consultés les dirigeants syndicaux, les experts environnementaux ou même les élus au Parlement »,a martelé Martin O’Hanion.

Lorsque présenté ainsi dans le sondage dévoilé mercredi, le PTP suscite l’inquiétude de 76 % de l’ensemble des répondants (66 % des Québécois).

Les Canadiens se montrent plus inquiets encore (83 %, et 79 % pour les Québécois) lorsqu’on évoque la possibilité que le traité comprenne un mécanisme de règlement des différends entre investisseurs et États (RDIE) permettant aux premiers de poursuivre les seconds devant des tribunaux commerciaux s’ils venaient à se sentir lésés par une norme environnementale, de santé et du travail. On leur a aussi demandé s’ils pensaient que le pays y gagnerait des emplois ou en perdrait compte tenu du fait que le salaire moyen dans un pays comme le Vietnam n’est que de 65 ¢ l’heure. Un peu moins de la moitié (47 %) ont penché pour la seconde option alors que l’autre moitié (46 %) a dit ne pas en savoir assez pour se prononcer.

Réalisé auprès de 1002 répondants du 3 au 12 juin, le sondage téléphonique d’Environics a une marge d’erreur de 3,2 % 19 fois sur 20.

Initiateurs du projet, les États-Unis voient notamment le PTP comme une façon de prendre de vitesse la Chine dans l’établissement des règles commerciales qui s’appliqueront à la région pacifique. Leur principal obstacle est pour le moment le Congrès américain, qui refuse d’accorder au président Obama les pouvoirs de négociation nécessaires.

Le projet d’accord a jusqu’à présent surtout attiré l’attention au Québec (et au Canada) pour la menace qu’il pourrait faire peser en agriculture sur le système de gestion de l’offre en vigueur dans les secteurs du lait, de la volaille et des oeufs. Ottawa s’en est toutefois toujours défendu.

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