Il faut de l’ambition pour assurer l’avenir de la planète

Alors que des négociateurs en matière de changements climatiques sont réunis à Bonn pour préparer la conférence de Paris prévue en décembre, une vaste coalition du monde des affaires demande aux pays du G7 de « saisir l’occasion » pour construire un monde dont le niveau net d’émissions de gaz à effet de serre (GES) serait nul.

« L’objectif général visant des émissions nettes nulles de GES bien avant la fin du siècle enverrait le signal dont nous avons besoin », a écrit le groupe We Mean Business dans une lettre ouverte signée par plusieurs regroupements d’entreprises et le Pacte mondial des Nations unies.

Parmi les membres de We Mean Business figurent notamment des associations comme BSR (250 membres, dont IKEA, eBay, Walmart, Rio Tinto et Samsung), le Carbon Disclosure Project (dont la Caisse de dépôt et placement est un des signataires) et The B Team, cofondée par l’homme d’affaires britannique Richard Branson.

The B Team a d’ailleurs évoqué cet objectif au mois de février en visant l’année 2050, ce qu’un conseiller de Shell en matière de changements climatiques avait rapidement balayé du revers de la main dans une entrée de blogue pour l’entreprise pétrolière. « Les aspirations de B Team sont louables, mais pas facilement mises en pratique, avait écrit David Hone. L’entente de Paris devrait certainement s’articuler autour d’un objectif d’émissions nulles, mais avec un calendrier réaliste, bien qu’agressif, de plus de 80 ans, pas 35. »

Un monde à émissions nulles n’est pas nécessairement synonyme d’un monde sans consommation de combustibles fossiles. Il repose sur l’idée que les émissions seraient égales ou inférieures à la quantité de dioxyde de carbone que l’être humain serait capable de retirer de l’atmosphère grâce à diverses méthodes. Parmi celles-ci figurent la capture du carbone et son stockage dans le sol, puis le reboisement.

La lettre ouverte s’inscrit dans le discours public sur la tarification des émissions de GES, un mouvement auquel adhère un nombre grandissant d’entreprises et de gouvernements et que de nombreux groupes environnementaux ont salué. Environ 40 pays ont jusqu’ici décidé d’appliquer un prix aux émissions de GES, par une forme de taxe ou un système de plafonnement et d’échange d’émissions.

« La science démontre clairement que pour limiter le réchauffement de la planète à deux degrés Celsius, il faudra que les émissions cumulatives s’arrêtent à 1000 milliards de tonnes. Pour rester à l’intérieur de ce budget, il faudra une décarbonisation à long terme », a écrit We Mean Business.

Conclure « plus qu’une entente »

Les prochaines années nécessiteront des investissements de 90 000 milliards en infrastructures dans les villes du monde, a écrit la coalition, et il faudrait « plus qu’une entente » lors de la conférence de Paris afin de donner une orientation carbone à ces futurs investissements. « Le monde des affaires a besoin d’un signal de décarbonisation clair afin d’accélérer, dans l’économie réelle, un investissement faible en émissions et durable. »

Il y a quelques années, l’économiste en chef de l’Agence internationale de l’énergie avait affirmé lors de la réunion de Bonn qu’il faudrait, pour limiter à deux degrés l’augmentation de la température moyenne mondiale, laisser dans le sol les deux tiers des réserves prouvées de combustibles fossiles.

Dans ce contexte, des institutions financières ont récemment commencé à évoquer la notion d’« actifs échoués ». Cela fait référence au risque associé aux actifs du secteur des combustibles fossiles, qui pourrait pâtir d’un mouvement de désinvestissement massif à la faveur des technologies vertes.

Par exemple, le fonds souverain du gouvernement de la Norvège — 1100 milliards de dollars — a voté vendredi pour un désinvestissement des entreprises dont 30 % des activités reposent sur le charbon.

3 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 6 juin 2015 11 h 12

    Passer proche de disparaître avant d'en être capable

    Mais, peut etre pas a celle que nous sommes habitué, ca va peut etre necessité d'être arbitré avec sagesse, la question que je me pose est: en sommes nous capables, peut etre faudra-t-il passer proche de disparaitre avant que nous en soyons capables.

  • Georges Tissot - Abonné 6 juin 2015 14 h 42

    Des faits.

    C' est une question essentiellement scientifique. Que la politique et les politiques s' arriment aux faits. De plus, c' est une question de responsabilité. Collectivement, est-ce que nous sommes une humanité? Si oui, chaque pays, chaque peuple, chaque personne se doivent d`être habités par une responsabilité à l`égard de l`humanité quand celle-ci est jugée en péril.
    Donc, c`est une question éminemment politique, car le politique, c`est la manière de gérer le bien, le bien national, le bien culturel et le bien identitaire. Or, cela demande de la pensée. Question : comment penser? En regard du bien, le bien de tous, le bien de chacun ?
    Donc, s`entendre sur les faits, sur ce qui est en cause. S`entendre sur des moyens efficaces. Mettre en cause la connaissance de chacun. Comment? Gérer comment informer tout le monde. Comment éduquer tout le monde.
    Il n`est plus question de faire primer tel ou tel intérêt. Il s`agit de saisir l`intérêt global et majeur de tous et de subordonner les intérêts nationaux, corporatifs, individuels à l`intérêt général.

  • Daniel Bérubé - Inscrit 7 juin 2015 22 h 38

    Le hic...

    C'est qu'il faut reconnaître une chose: une crise économique se manifestera normalement dans les années qui viennent (cela fait parti du capitalisme), et il ne s'agit qu'un d'un nouveau scandale économique, bancaire voir politique d'un pays lourd dans le contexte économique mondial pour allumer la mèche de cette éventuelle crise.

    Quand le contexte économique s'écroule... les bonnes intentions prisent dans les dernières années deviennent rapidement secondaire... la pensée à court terme reprend le dessus rapidement.

    Certains parlent d'UN gouvernement mondial. Encore là, il nous faut reconnaître qu'il y aura des pays difficile à convaincre, que l'on ne pense qu'à la Corée du Nord, la Chine, l'Inde ou l'URSS, et qui en sont d'important émetteurs.

    Pour ma part, l'espérance est devenue ma seule source de recherche de bien-être. Et le pourcentage d'espérance basé sur l'agir humain face à ce problème mondial n'est pas dominant...

    Merçci à l'auteur.