Le Québec fait fausse route

Le ministre des Finances du Québec, Carlos Leitão, et le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux. C’est à ces deux hommes que revient la tâche de mettre en œuvre la volonté du premier ministre, Philippe Couillard, en matière de dette.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le ministre des Finances du Québec, Carlos Leitão, et le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux. C’est à ces deux hommes que revient la tâche de mettre en œuvre la volonté du premier ministre, Philippe Couillard, en matière de dette.

La lutte menée par le gouvernement du Québec contre sa dette serait mal avisée, suggère une étude du Fonds monétaire international.

La dette publique de la plupart des pays développés n’est pas suffisamment élevée pour les exposer réellement à la menace d’une crise financière. Les gouvernements qui adoptent dans ce contexte des politiques d’austérité afin de rembourser le plus rapidement possible leurs créanciers nuisent plus à leurs économies qu’ils ne l’aident, constate une note de recherche dévoilée par l’institution financière internationale mardi.

Le Canada appartient à ce groupe de pays qui devraient, selon l’étude du FMI, se contenter de laisser leur croissance économique réduire graduellement et naturellement le poids relatif de leur dette publique. Bien que l’analyse se limite à des pays, le Québec semble aussi entrer dans cette catégorie si l’on compare son niveau d’endettement total relatif à celui des autres pays qui se qualifient.

Le directeur adjoint de la recherche au FMI, Jonathan Ostry, et deux collègues, Atish Ghosh et Raphael Espinoza, ont basé leurs estimations sur le poids de la dette publique de 30 pays en proportion de la taille de l’économie tout en essayant aussi de tenir compte de la capacité des gouvernements de générer des revenus fiscaux. Ils en concluent que quatre d’entre eux (Chypre, Grèce, Italie et Japon) ne disposent plus d’aucune marge de manoeuvre, que quatre autres (Portugal, Irlande, Espagne et France) peuvent mieux respirer, mais ne sont tout de même pas à l’abri d’une éventuelle crise de la dette souveraine, et que tous les autres n’ont pas à faire une maladie de leur taux d’endettement, parce qu’il faudrait que leur ratio de dette par rapport à leur produit intérieur brut (PIB) augmente de 125 (Belgique) à 246 points (Norvège) de pourcentage pour équivaloir à celui de la Grèce ou du Japon.

Le Canada (150 points) se classe dans le dernier quart de ce groupe, devant le Royaume-Uni (133), mais derrière, entre autres, les États-Unis (165), l’Allemagne (168) et la Suède (189).

Selon l’OCDE, la dette de l’ensemble des pouvoirs publics au Canada équivalait à 93 % de PIB en 2013, contre 109 % aux États-Unis, 93 % au Royaume-Uni, 81 % en Allemagne et 45 % en Suède, ce qui montre par exemple à quel point les chercheurs du FMI ont tenu compte dans leurs estimations de la grande capacité de taxation inutilisée aux États-Unis.

 

Comment se situerait le Québec ?

Lors du dernier budget, le gouvernement du Québec a établi le poids de sa dette brute à 55 % du PIB. Une récente étude du Centre sur la productivité et la prospérité de HEC Montréal a estimé que cette proportion s’élèverait à 105 % en 2013, si on tenait compte de la part de la dette fédérale qui lui reviendrait. Même là, c’était moins que la Belgique (118 %) et les États-Unis (109 %), et pas très loin de l’Autriche (99 %), trois pays dont l’étude du FMI estime ne pas trop avoir à se soucier en matière d’endettement.

Les auteurs de l’étude ne nient pas que la dette publique représente un fardeau qui pèse à la fois sur la capacité d’investissement et les perspectives de croissance. Ils rappellent qu’avec la Grande Récession, la dette publique des pays riches est passée en moyenne de 53 % du PIB en 2007 à 80 % en 2012 et que ce chiffre dépasse désormais les 100 % pour le quart des pays les plus endettés.

Il n’est pas étonnant dans ce contexte que des voix s’élèvent pour réclamer que les gouvernements réduisent coûte que coûte leur dette, notent-ils. De l’autre côté, il y a ceux qui disent qu’on devrait au contraire profiter de la faiblesse des taux d’intérêt pour emprunter et stimuler l’économie. « Perdue quelque part dans ce débat, il y a la possibilité d’accepter simplement de vivre avec des dettes (relativement) élevées, et de laisser leurs poids relatifs dans l’économie décliner organiquement avec la croissance. »

Un remède pire que le mal

L’important, martèle l’étude du FMI, est de se rendre compte que « si la marge de manoeuvre fiscale est suffisante, les politiques de remboursement de la dette ne sont pas souhaitables » parce que les coûts économiques des hausses des impôts ou des compressions de dépenses nécessaires « seront supérieurs aux avantages qu’on compte en tirer ». En d’autres mots, « le remède sera pire que le mal ».

Rappelons que le gouvernement Couillard s’est imposé un cadre budgétaire strict afin de rétablir l’équilibre des finances publiques cette année. Dans son budget, il a même prévu un léger surplus de 1,6 milliard cette année et de 2,2 milliards l’année prochaine, qu’il entend consacrer à la réduction de la dette en le versant au Fonds des générations.

43 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 3 juin 2015 02 h 17

    Des diplômés nouveau genre

    Des suiveux de peus d'envergures, qu'avons nous fait pour mériter ce chatiment, on dirait que tous les parvenus du monde ce sont donner la main, quel monde déprimant de gens qui savent a peine compter, des diplomés nouveau genre

    • Marc G. Tremblay - Inscrit 3 juin 2015 10 h 39

      Tellement raison M. Paquette

      Comment ne pas comprendre la simplicité même ? Dans notre budget personnel, par exemple, les intérêts que l'on n'a pas le choix, que de payer sur notre carte de crédit ; c'est de l'argent perdu à jamais au profit du créancier gras dur. Le crédit est un mal nécessaire, mais il faut tout faire pour revenir à l'équilibre !

    • Yves Corbeil - Inscrit 3 juin 2015 11 h 51

      Oh oui comme vous dites des gens qui savent pas compté mais qui savent conté.

    • Marc Bourdeau - Abonné 4 juin 2015 09 h 17

      Il y a une différence entre la gestion des affaires d'une famille, et celle des grandes entreprises qui investissent pour faire du développement.

      Quelques arguments, concernant l'importance de nos dette & déficit, qui viennent conredire la pertinence des décisions de nos bons docteurs:

      (1) Le service de la dette du Québec compte pour moins de 10% du budget annuel du Québec (ce qui est bien moins qu'il y a une décennie), et (2) 85% de la dette québécoise est détenue par des québécois, on se paye de intérêts à nous-mêmes en quelque sorte, cet argent retourne dans notre économie.

      Voir les articles de IRIS (Institut de recherche et d'informations socio-économiques) pour des analyses détaillées.

  • Jules Desrosiers - Abonné 3 juin 2015 02 h 55

    Alors pourquoi tant s'acharner?

    Ce n'est pas la première fois que des voix autorisées contestent la pertinence d'un retour en marche forcée à l'équilibre budgétaire. Alors pourquoi nos partis politiques en parlent-ils tant? Pourquoi nos deux gouvernements actuels, fédéral et provincial, s'y appliquent-ils avec rage, au risque de faire reculer l'économie? Quant à moi, j'y vois deux raisons. 1. C'est une idée simple que l'électorat à finit par aimer; enfin, se dit-on, on a UN PROJET collectif! Pour les déboussollés que nous sommes, ça comble un vide. Et 2. La mise en oeuvre de ce projet est l'occasion pour les idéologues de droite qui nous gouvernent d'affaiblir l'État et de faire de la place pour l'individualisme privé.
    Jules Desrosiers

    • Hélène Paulette - Abonnée 3 juin 2015 08 h 53

      Lire ''La Stratégie du Choc'' de Naomi Klein...

    • Marc Bourdeau - Abonné 3 juin 2015 09 h 50

      Plus ajouter à ces remarques, les gros-gras, les capitalo-mafieux ont fini par convaincre d'abord les dirigeants des partis néolibéraux martelant une propagande incessante, puis un peu tout le monde, que c'est eux qui créaient la richesse, les 'jobs' donc, que les autres étaient des profiteurs, disons plutôt des pirates qui volaient grâce à des gouvernements socio-démocrates et des mesures sociales, ce qui leur revenaient. Mettez-moi ça à la poubelle.

      Et qu'il fallait donc le punir. Leur montrer leur faute. À la suite des vieilles balounes néolibérales qu'on voit répandues partout, les classes moyennes et la moins favorisés se battent la coulpe, mettent le genou par terre, et supplient qu'on les punisse. Oui, disent-ils en choeur, il y a trop de fonctionnaires, de profiteurs, etc. Réduisez-nous les revenus, donnez-les aux riches si productifs. Ils nous font vivre, on doit les remercier. La culpabilité est facile à propager au Québec. Nos bons minisstres-docteurs en savent quelque chose.

      Je suis là dans une logique fort bien expliquée par un Paul Krugman, prix Nobel d'économie, sur laquelle il revient régulièrement.

      Peut-être pourrions lire ou relire avec profit les livres suivants, je m'excuse d'être un peu pédant ici, mais l'ignorance à des limites:

      1. Alain Denault, 2013. «Gouvernance, le management totalitaire». Montréal: Lux Éditions.
      2. David Robichaud & Patrick Turmel, 2012. «La juste part». Montréal, Atelier 10.
      3. Laurent Aglat, &al, 2013. «Un peuple à genoux. 155 raisons de s'indigner». Montréal, Éditions poètes de brousse.

      Et plus généralement, pour penser de façon indépendante comme le prônait Jacques Parizeau, les études de l'institut IRIS (Institut de recherches et d'information socio-économiques), notamment tout ce qui concerne l'austérité, e.g. le très posé

      http://iris-recherche.qc.ca/blogue/les-priorites-d

      Indignons-nous!

    • Marc Bourdeau - Abonné 3 juin 2015 09 h 51

      Plus ajouter à ces remarques, les gros-gras, les capitalo-mafieux ont fini par convaincre d'abord les dirigeants des partis néolibéraux martelant une propagande incessante, puis un peu tout le monde, que c'est eux qui créaient la richesse, les 'jobs' donc, que les autres étaient des profiteurs, disons plutôt des pirates qui volaient grâce à des gouvernements socio-démocrates et des mesures sociales, ce qui leur revenaient. Mettez-moi ça à la poubelle.

      Et qu'il fallait donc le punir. Leur montrer leur faute. À la suite des vieilles balounes néolibérales qu'on voit répandues partout, les classes moyennes et la moins favorisés se battent la coulpe, mettent le genou par terre, et supplient qu'on les punisse. Oui, disent-ils en choeur, il y a trop de fonctionnaires, de profiteurs, etc. Réduisez-nous les revenus, donnez-les aux riches si productifs. Ils nous font vivre, on doit les remercier. La culpabilité est facile à propager au Québec. Nos bons minisstres-docteurs en savent quelque chose.

      Je suis là dans une logique fort bien expliquée par un Paul Krugman, prix Nobel d'économie, sur laquelle il revient régulièrement.

      Peut-être pourrions lire ou relire avec profit les livres suivants, je m'excuse d'être un peu pédant ici, mais l'ignorance à des limites:

      1. Alain Denault, 2013. «Gouvernance, le management totalitaire». Montréal: Lux Éditions.
      2. David Robichaud & Patrick Turmel, 2012. «La juste part». Montréal, Atelier 10.
      3. Laurent Aglat, &al, 2013. «Un peuple à genoux. 155 raisons de s'indigner». Montréal, Éditions poètes de brousse.

      Et plus généralement, pour penser de façon indépendante comme le prônait Jacques Parizeau, les études de l'institut IRIS (Institut de recherches et d'information socio-économiques), notamment tout ce qui concerne l'austérité, e.g. le très posé

      http://iris-recherche.qc.ca/blogue/les-priorites-d

      Indignons-nous!

  • Sylvain Rivest - Inscrit 3 juin 2015 06 h 16

    Une job de bras

    ce n'est pas la dette que veulent éliminer les libéraux, c'est le pouvoir d'indépendance économique.
    Ces néolibérales fédéralistes du Canada anglais sont à contre courant de la volonté du peuple.
    Ils doivent être arrêté avant que les dommages soit irréversibles. Ils traverstissent le travail d'épanouissement qu'avait entreprit Jacques Parizeau.

  • Gilles Delisle - Abonné 3 juin 2015 06 h 40

    Les Coiteux, Leitao se seraient-ils trompés?

    Tout le monde s'en doutait, mais là cette étude sérieuse a été réalisée pour le FMI. Nos "comptables de salon", portant le tître de ministre, seraient-ils des fumistes?

  • Charles Talon - Abonné 3 juin 2015 06 h 53

    Dette du Québec

    Il est rafraîchissant de voir un organisme aussi prestigieux faire entendre un son de cloche différent...
    Il y a des économistes brillants, (M. Parizeau en fut un) et des ėconomistes ordinaires, comme les membres du trio économique libéral qui ne serait sans doute pas capable de gérer un dépanneur. Ces gens vont à l'université et apprennent par cœur des recettes toutes faites basées sur les expériences passées, incapables de voir que les choses changent et que la crise à venir sera différente de la précėdente... C'est pourquoi nous avons nos crises plus ou moins grandes qui nous affligent périodiquement. Et ça ne semble pas parti pour changer...

    Charles Talon