«Et si cela avait été Lehman Sisters...»

La directrice générale du FMI, Christine Lagarde (à droite), participait mardi à une conférende à Washington en compagnie de la présidente de la Réserve fédérale américaine, Janet Yellen.
Photo: Mark Wilson Agence France-Presse La directrice générale du FMI, Christine Lagarde (à droite), participait mardi à une conférende à Washington en compagnie de la présidente de la Réserve fédérale américaine, Janet Yellen.

Washington — La présidente de la Réserve fédérale américaine (Fed), Janet Yellen, a dit surveiller le niveau de valorisation des marchés boursiers, qu’elle estime élevée. Au cours du même événement, la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Christiqne Lagarde, a appelé les banquiers à plus de mesure dans les rémunérations.

« Je soulignerais que les valorisations boursières sont, à ce stade, assez élevées de manière générale », a déclaré Mme Yellen en réponse à des questions de Christine Lagarde, lors d’une conférence à Washington sur le thème de Finance et Société. « Il y a là des dangers potentiels », a-t-elle ajouté.

Selon l’agence Reuters, Janet Yellen a aussi cité comme facteur de risque le bas niveau des taux d’intérêt à long terme, qui pourraient remonter brutalement quand la Fed normalisera sa politique monétaire. « Quand la Fed décidera que le moment est venu de commencer à relever ses taux, […] on risque d’assister à une forte hausse des taux longs. Nous nous efforçons de ce fait […] de communiquer le plus clairement possible sur notre politique monétaire afin de ne pas prendre les marchés par surprise. » La présidente de la Fed a ensuite tempéré ses propos en assurant ne pas voir de formation de bulle actuellement et en qualifiant les risques pour la stabilité financière de « modérés, pas élevés ».

Elle s’exprimait lors d’une session de questions-réponses avec Christine Lagarde après qu’elles eurent toutes deux prononcé des discours dans lesquels elles ont souligné la nécessité de renforcer encore la sécurité du système bancaire. Dans l’envolée, Mme Lagarde a appelé a davantage de mesure dans les rémunérations des dirigeants d’entreprises et notamment des banques. « Les incitations liées aux méthodes de compensation doivent changer pour que les récompenses ne soient plus liées à des actions à courte vue et à des prises de risques excessives. »

« Nos travaux ont montré que les mécanismes de compensation peuvent être structurés de telle façon à favoriser la performance sur le long terme et la solidité de l’entreprise », a-t-elle ajouté. Elle a évoqué notamment des systèmes où les bonus pourraient être annulés ou révisés en cas de mauvaise conduite des dirigeants ou de sous-performance de l’entreprise concernée ou bien si celle-ci devait recourir à une aide publique.

Selon Mme Lagarde, il convient également de donner davantage de pouvoirs aux actionnaires dans la rémunération des dirigeants. Elle a indiqué que le FMI avait fait des études portant sur 800 banques dans 72 pays et la proportion de celles donnant la possibilité à leurs actionnaires de se prononcer sur les rémunérations des dirigeants était passée de 10 % en 2005 à 80 % aujourd’hui.

Lehman Sisters

Mme Lagarde a également appelé à davantage de mécanismes de contrôle au sein des institutions financières pour éviter les situations de prises de risque excessives, comme dans l’affaire de la « baleine de Londres » en séparant nettement les structures de direction de celles du Conseil d’administration. « La régulation à elle seule ne peut résoudre le problème », a-t-elle souligné, appelant les banquiers « à faire ce qui est bien même quand personne ne regarde ».

Selon elle, inclure davantage de femmes dans les plus hauts échelons d’une entreprise peut contribuer à y développer un plus grand sens de l’éthique. « Que serait-il arrivé si Lehman Brothers avait été Lehman Sisters ? », a-t-elle lancé, faisant allusion à la faillite de la banque d’affaires américaine qui a précipité la crise financière de 2008.

Enfin, la directrice générale du FMI a rappelé que deux milliards de personnes dans le monde n’avaient pas de compte en banque et qu’il fallait lutter contre « l’exclusion financière ».

2 commentaires
  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 7 mai 2015 06 h 44

    La" baleinse " de Londres...

    Dans un autre texte paru dans Le Devoir d'aujourd'hui, Marie Vastel parlait d'un petit "poisson" nommé Duffy et de ses déboires...Sujet redondant depuis quelques mois...zzz Pourquoi ne pas demander à votre correspondante parlementaire en outaouais de commenter plutôt cette "baleine"-ci...et de faire des corollaires avec nos banquiers (ou autres dirigeants comme ceux de la CDP)et de leurs avatars.
    Question de "relever" le sujet et surtout de "montrer" qu'on les tient à l'oeil.

    J'ai bien apprécié cet article-ci de l'Agence France-Presse.

  • Sylvain Auclair - Abonné 7 mai 2015 10 h 08

    Si ç'avait été Lehman Sisters?

    Sans doute que la compagnie aurait été absorbée il y a longtemps. Les investisseurs n'aiment pas les compagnies qui ne font pas beaucoup de profits. À faibles riques, faibles gains.