La banque centrale veut se donner les moyens de secourir Desjardins

La première sous-gouverneure de la Banque du Canada : « Si jamais une autre période de turbulence majeure touche la liquidité, la Banque sera prête à y faire face. »
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne La première sous-gouverneure de la Banque du Canada : « Si jamais une autre période de turbulence majeure touche la liquidité, la Banque sera prête à y faire face. »

Profitant de l’accalmie sur les marchés financiers pour tirer les leçons de la crise, la Banque du Canada voudrait entre autres étendre ses mécanismes d’aide d’urgence aux caisses populaires.

« La crise nous a montré que la liquidité [de financement] est une amie parfois capricieuse et que son absence peut exacerber les tensions financières », a rappelé mardi la première sous-gouverneure de la banque centrale canadienne, Carolyn Wilkins, lors d’un discours devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain. Les changements proposés visent à « diminuer le risque d’une nouvelle crise systémique tout en évitant que les contribuables aient à payer les frais du redressement ou de la résolution d’une institution financière en difficulté,a-t-elle expliqué. Si jamais une autre période de turbulence majeure touche la liquidité, la Banque sera prête à y faire face. »

Plus sain qu’ailleurs, le secteur financier canadien s’est généralement bien tiré d’affaire durant la dernière crise financière en dépit d’un gel international du crédit et du soudain refus de quiconque de toucher à ses papiers commerciaux, a souligné la numéro 2 de la Banque du Canada. Le resserrement, depuis ces jours sombres, des règles internationales en matière, entre autres, de la taille et de la qualité des actifs des banques a aussi contribué à renforcer le système financier canadien.

Ces réformes ont rendu le système plus sûr en échange d’un coût supplémentaire pour les institutions financières. Elles ne sont toutefois pas une garantie qu’aucune autre catastrophe ne frappera. Et puis, le monde de la finance ne cesse d’évoluer, de nouveaux acteurs et de nouveaux risques ne cessent d’y apparaître, comme la finance parallèle (shadowbanking).

Propositions de réformes

Disant vouloir profiter « de cette période de calme relatif pour affûter les outils [qu’elle pourrait] utiliser en période de tensions », la Banque du Canada a lancé mardi des consultations sur les ajustements qu’elle voudrait maintenant apporter à la fois à ses opérations normales sur les marchés financiers ainsi qu’à son mécanisme d’aide d’urgence.

S’appliquant à des problèmes de liquidité tellement rares et graves qu’il n’a pas été utilisé depuis 30 ans, le mécanisme d’aide d’urgence ne serait plus désormais réservé aux banques à charte fédérale mais pourrait s’étendre aussi à d’autres entités, comme les chambres de compensation de même que les institutions financières de compétence provinciale, comme les caisses populaires. « Étant donné que ces institutions peuvent obtenir des liquidités auprès de leur centrale provinciale, la Banque limiterait l’aide d’urgence aux situations critiques pour le système financier canadien », a expliqué Carolyn Wilkins aux quelque 200 personnes venues l’entendre.

L’aide d’urgence offrirait des liquidités pour des périodes maximales d’un mois. La gamme de garanties exigibles en échange serait élargie et s’étendrait même aux prêts hypothécaires. Plutôt que d’essayer de déterminer si un éventuel bénéficiaire est solvable ou non — ce qui s’avère souvent très difficile en période de crise —, on s’assurerait plutôt qu’il respecte la nouvelle norme internationale exigeant que les institutions financières fournissent le mode d’emploi pour les restructurer ou les liquider de façon ordonnée en cas de faillite.

On le savait déjà

Le Mouvement Desjardins n’a pas fait grand cas de l’annonce de la Banque du Canada. Aux prises durant la crise avec des problèmes de liquidité comme les autres grandes institutions financières, il aurait tout de même bien aimé savoir qu’il pouvait compter, au besoin, sur une autre source d’aide d’urgence. « Pour l’essentiel, ces orientations sont connues et découlent notamment des nouveaux encadrements internationaux auxquels est assujetti le Mouvement Desjardins, comme toutes les institutions financières d’importance »,a-t-on déclaré au Devoir par courriel.

La Banque du Canada voudrait aussi apporter des changements à ses opérations normales sur les marchés financiers. Elle se propose entre autres de réduire la part des nouvelles obligations d’État qu’elle acquiert dès leurs émissions et d’en acheter plus sur le marché secondaire plus tard. « Cette mesure aura un effet positif sur la liquidité, les autres acheteurs ayant alors accès à une plus grande quantité de titres de référence nouvellement émis », a expliqué Carolyn Wilkins.

2 commentaires
  • Yves Corbeil - Inscrit 6 mai 2015 12 h 31

    La mission d' Alphonse Desjardins

    Une coopérative pour le peuple par le peuple, maintenant il joue aux grandes banques le mouvement Desjardins.

    D'immenses batisses vide de gens avec frais démesurés et moins de services, des guichets automatique puis des administrateurs à gros salaire et tout cela avec l'argent des actionnaires que nous sommes et oui quand tu es avec ta caisse tu es actionnaire. Alphonse doit viré sur un temps rare dans sa tombe.

    Bravo! Mme Leroux

  • Jacques Gagnon - Inscrit 6 mai 2015 16 h 58

    Les deux doigts dan le nez

    Voilà la politique que l'on vit sur le terrain avec Desjardins. Manque d'efficacité, on dirait qu'ils n'ont pas faim.