Plaidoyer pour le savoir économique

Les cours d’éducation économique au secondaire ont disparu en 2009.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Les cours d’éducation économique au secondaire ont disparu en 2009.

À l’instar d’autres personnalités bien connues du milieu des affaires, le président et chef exécutif d’Alimentation Couche-Tard, Alain Bouchard, croit qu’il faut réintroduire le cours d’économie au secondaire.

Selon lui, non seulement l’acquisition de connaissances économiques stimulerait la création de richesse, mais elle permettrait également à ceux qui s’opposent à certaines politiques gouvernementales de mieux se faire entendre. « Ils garderaient leurs revendications, mais leur argumentaire serait mieux construit et inclurait des calculs économiques », a-t-il affirmé, lundi, au cours d’une allocution devant le Cercle canadien de Montréal. M. Bouchard s’est même adressé au parterre d’affaires réunissant plusieurs dirigeants ainsi que l’ex-premier ministre canadien Brian Mulroney en leur demandant de militer en faveur de cette cause auprès des décideurs politiques.

Reconnu pour son franc parler, le fondateur d’Alimentation Couche-Tard n’est pas le premier à plaider en faveur du retour de la formation économique au secondaire. Le président de BMO Groupe financier pour le Québec, L. Jacques Ménard, la présidente et chef de la direction du Mouvement Desjardins, Monique Leroux, ainsi que le président et chef de la direction de Cogeco, Louis Audet, ont également effectué des sorties similaires dans le passé. Le cours d’éducation économique, qui était en vigueur depuis 1982, était disparu lors de la rentrée scolaire de 2009 afin de faire place au cours monde contemporain, qui intégrait également l’histoire, la politique et la géographie.

En point de presse, M. Bouchard a affirmé ne pas encore avoir eu de discussions avec des dirigeants politiques à cet effet, mais qu’il avait l’intention de s’impliquer dans cette cause. « Ma fille a 14 ans me pose des questions en disant “ papa, on ne nous parle pas d’argent à l’école ”, a-t-il déploré. Mon intervention, c’était pour que l’on parle plus d’économie au secondaire. »

M. Bouchard a précisé que la formation n’avait pas besoin nécessairement d’être élaborée, mais qu’elle pourrait néanmoins inculquer des notions visant à favoriser la gestion des finances personnelles. « Ce n’est pas tout le monde qui veut devenir entrepreneur et je comprends cela. Mais si les gens comprennent comment l’économie fonctionne, ils vont peut-être apprendre à mieux économiser. »

La sortie du fondateur d’Alimentation Couche-Tard a même interpellé le fondateur et président exécutif de Groupe CGI, Serge Godin, qui a également pris la parole pour plaider en faveur du retour de la formation économique au secondaire.

S’il a reconnu certains bienfaits du modèle québécois des années 1960, 1970 et 1980, M. Bouchard a estimé qu’il était maintenant dépassé, affirmant que la capacité de payer du gouvernement n’était plus au rendez-vous. « Le partage extrême, le désir de rendre la vie des citoyens plus aisée a dépassé la capacité de payer, a-t-il dit lors de son allocution. Nous devons supporter les gouvernements qui auront le courage de créer un environnement favorable » à l’investissement.

M. Bouchard, qui estime qu’il ne faut pas avoir peur de remettre certains acquis de la société en question, a dit que le contexte d’affaires difficile au Québec avait lentement cessé de se détériorer. Si cette situation s’est reflétée sur la performance de certains dépanneurs d’Alimentation Couche-Tard, son fondateur a assuré que l’entreprise n’allait pas réduire ses investissements dans la province.

Le président et chef exécutif de l’entreprise a également indiqué qu’il était intéressé par les quelque 500 stations Esso que la Pétrolière Impériale songe à vendre au Canada. « C’est long ce processus, a-t-il cependant nuancé. Ce n’est pas nous qui contrôlons l’agenda. »

Certains analystes financiers ont estimé que le prix de cette transaction pourrait osciller entre 1,25 milliard et 1,75 milliard. D’autres entreprises, comme CST Brands, pourraient aussi être intéressées par les stations Esso.

4 commentaires
  • Gérard Raymond - Abonné 5 mai 2015 07 h 00

    Gros égo

    Toutes les fois qu’il prend la parole publiquement, Alain Bouchard dit au moins une bêtise. Cette fois-ci : Le partage extrême, le désir de rendre la vie des citoyens plus aisée a dépassé la capacité de payer, a-t-il dit lors de son allocution.

    De son propos, on peut conclure qu’Alain Bouchard se range candidement ou odieusement dans le camp du 1% des gens qui s’accaparent la totalité de la richesse créée par les 99 autres, dont ceux situés au bas de l’échelle, notamment dans son entreprise, cela depuis maintenant plus de 30 ans.

    Alain Bouchard aurait-il le courage de se présenter devant 400 de ses employés et leur dire, sous l’œil attentif de ses modestes parents : moi, le travail que je fais vaut, au plan salarial, ce que vous faites, vous tous ensembles.

  • Pierre M de Ruelle - Inscrit 5 mai 2015 07 h 04

    Bravo!

    Enfin ils vont apprendre a compter ( et aussi peut etre influencer leurs parents)..... sortir de la pensée magique comme par exemple:
    L'argent pousse dans les arbres ( a contrario), que vivre au dessus de sa limite de crédit est normal autant individuellement que collectivement...L'argent ne fait pas le bonheur, les premiers seront les derniers...la petite vie, penser petit...vite et sans éffort.
    Mais qui vont donner ces cours? Des Gauchistes, des droitistes, des quoi.. aucune des 2 j'espère, sinon je ne vois guère l'interet.

  • François Dugal - Inscrit 5 mai 2015 07 h 59

    Parlons d'économie

    Avant de "parler d'économie" au secondaire, les enfants doivent apprendre, au primaire, à lire, écrire, compter. Or c'est justement ce qui ne se passe pas. Portés par des réformes pédagogiques aussi incessantes qu'absconnes, les petits québécois voguent vers l'ignorance crasse. Un sous-financement chronique, des enseignants laissés à eux mêmes, des directions d'écoles incompétentes, l'école québécoise se meurt dans l'indifférence la plus totale.
    Comment se "partir en affaires" quand on ne sait pas diviser et écrire son français?

  • Sylvain Lévesque - Abonné 5 mai 2015 22 h 05

    mais encore...

    Si c'est pour bourrer le crâne de jeunes adolescents avec des théories économiques, souvent vaseuses et très orientées idéologiquement, pour en faire de futurs représentants de chambres de commerce, non merci.
    Par contre, si l'idée est de remettre à l'ordre du jour l'enseignement de sciences humaines de base qui servent à forger la pensée et le sens critique de vrais citoyens, alors oui, ça presse : de l'économie, de l'histoire, de la philo (certainement, dès le secondaire!).