Bombardier change de pilote

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir

Bombardier change le président de ses activités Avions commerciaux et s’adjoint les services d’un conseiller pour s’aider « à réaliser le véritable potentiel commercial » de sa CSeries.

Lui-même arrivé en poste depuis seulement deux mois alors que la multinationale québécoise était secouée par des turbulences, son président et chef de la direction, Alain Bellemare, a annoncé jeudi l’entrée en fonction immédiate de Fred Cromer à titre de président de Bombardier Avions commerciaux, en remplacement de Mike Arcamone, 56 ans, « qui quitte l’entreprise pour se consacrer à d’autres intérêts ». Jusque-là président de la compagnie américaine de location d’avions commerciaux International Lease Finance Corporation (ILFC) où il a travaillé six ans, Fred Cromer compte plus de 23 ans d’expérience dans l’industrie aérienne qui l’ont aussi amené à occuper des postes de direction chez ExpressJet, Continental Airlines et Northwest Airlines.

« Fred est un ajout exceptionnel à notre équipe »,a fait valoir son nouveau patron, Alain Bellemare. « Ses solides aptitudes en leadership, son réseau international et sa connaissance approfondie de l’industrie de l’aviation en font la personne idéale pour Bombardier Avions commerciaux, alors que nous nous apprêtons à réaliser le véritable potentiel commercial de nos avions CSeries, tout en recentrant nos efforts sur nos programmes [de turbopropulseurs régionaux] Q400 et [de jets régionaux] CRJ. »

Bombardier ne s’est pas étendu sur le cas de son prédécesseur. « Pendant le mandat de M. Arcamone, le développement du programme CSeries a franchi des étapes clés, progressant vers sa mise en service »,s’est-on contenté de souligner avant de le remercier pour sa contribution. En poste depuis trois ans, Mike Arcamone était arrivé chez Bombardier après 30 ans de carrière dans l’industrie de l’automobile à titre notamment de patron de General Motors Corée.

La compagnie montréalaise a aussi annoncé qu’elle fera appel aux services de la firme de consultants Plane View Partners et de son président du conseil, Henri Courpron, à titre de « conseillers stratégiques ». Ancien grand patron, lui aussi, d’ILFC, ce dernier a déjà été également p.-d.g. d’Airbus pour l’Amérique du Nord. Le mandat de son équipe, a-t-on expliqué, consistera à faire la revue approfondie des activités de Bombardier Avions commerciaux, avec l’objectif d’améliorer sa performance globale.

« Avoir Fred et Henri nous donne un avantage stratégique comme nous n’en avons jamais eu, s’est félicité Alain Bellemare. Nous ouvrons véritablement la voie au renforcement de nos programmes commerciaux existants et à l’immense succès du programme CSeries. »

Bombardier en a aussi profité, jeudi, pour annoncer le départ à la retraite de son vice-président principal et chef de la direction financière, Pierre Alary, 57 ans, dès qu’on lui aura trouvé un successeur.

La dernière année a été difficile pour Bombardier. Aux prises, entre autres, avec une multiplication des retards et des coûts dans la mise au monde de la nouvelle famille de jets commerciaux de 106 à 160 sièges CSeries, la compagnie a notamment procédé à une grande réorganisation de ses structures, à la mise à pied d’environ 4500 employés et à la suspension d’un nouveau programme d’avions d’affaires. Mais ce n’était pas assez. Son président et chef de la direction, Pierre Beaudoin, a cédé la barre de l’entreprise à Alain Bellemare en février et est allé remplacer son père, Laurent, à la tête du conseil d’administration. Depuis, l’entreprise a encore reporté l’entrée en service de la CSeries, cette fois au début de 2016, a approuvé un plan de capitalisation de plus de 1 milliard en nouvelles actions et dit envisager la vente ou la recherche de partenaires pour certains actifs.

Cette semaine, on apprenait que la société de location russe Ilyushin Finance Corporation remettait en cause son contrat d’achat de 32 appareils de la CSeries, se plaignant des retards accumulés et de la perte de facilités de financement canadiennes dans le cadre des sanctions imposées par le Canada à la Russie dans la foulée de la crise ukrainienne. Bombardier compte pour le moment 243 commandes fermes pour la CSeries, alors que son objectif est d’au moins 300 d’ici les premières livraisons.

Les nouveaux changements à la direction de Bombardier apparaissent parfaitement normaux à l’analyste de la RBC Marchés de capitaux, Walter Spracklin. « Les nouvelles nominations représentent une occasion pour le nouveau [patron] de former sa propre équipe avec de nouveaux mandats ».

Les investisseurs ne semblent pas plus émus, le titre de la compagnie ayant bouclé la journée à 2,60 $, inchangé par rapport à la clôture de la veille.