Christine Lagarde veut éviter une «nouvelle médiocrité» économique

La directrice générale du FMI, Christine Lagarde s’est inquiétée jeudi d’une croissance mondiale insuffisante et de la possibilité d’un « parcours mouvementé » pour les pays émergents quand les taux d’intérêt américains vont remonter.

En demeurant modérée, la croissance mondiale, qui sera proche de celle de l’année passée qui était de 3,4 %, « n’est tout simplement pas suffisante », a déclaré la responsable du Fonds monétaire international dans un discours à Washington, tenu avant les réunions de printemps du FMI et de la Banque mondiale la semaine prochaine.

« Il y a six mois, j’avais mis en garde contre le risque d’une nouvelle médiocrité, c’est-à-dire une faible croissance pendant longtemps. Aujourd’hui, on doit empêcher que cette nouvelle médiocrité ne devienne une nouvelle réalité », a lancé Mme Lagarde.

Autre point sombre à l’horizon : la possibilité d’un « parcours mouvementé », notamment sur les marchés émergents lorsque la banque centrale des États-Unis va relever ses taux d’intérêt à court terme. Cette première hausse interviendra « probablement à la fin de l’année », a-t-elle suggéré en répondant à une question.

L’appréciation du dollar (12 % en six mois) gonfle la dette de certains pays émergents, qui se retrouvent « coincés entre un dollar fort, des prix des matières premières plus bas et des taux d’emprunts plus hauts », a encore signalé Mme Lagarde.

La liquidité des marchés financiers « peut s’évaporer rapidement si tout le monde se bouscule vers la sortie au même moment », a-t-elle averti.

Projections moins bonnes

Globalement si la reprise s’est affirmée aux États-Unis et au Royaume-Uni et que les perspectives se sont améliorées dans la zone euro, les projections pour la plupart des pays émergents sont moins bonnes que l’année passée, a indiqué Mme Lagarde avant la publication des nouvelles prévisions économiques du FMI la semaine prochaine.

La Chine ralentit, la Russie a des difficultés économiques, le Brésil stagne et le Moyen-Orient est en proie à des troubles politiques et économiques, a résumé Mme Lagarde signalant toutefois l’Inde comme un « élément brillant ».

Aux yeux du FMI, pour les économies avancées comme pour les pays émergents, les séquelles de la crise financière ne sont pas l’unique explication de ces médiocres perspectives économiques : ce sont aussi le résultat « des changements démographiques et d’une plus faible productivité », a estimé Mme Lagarde appelant à nouveau à entreprendre des réformes structurelles. « Franchement, dans bien trop de pays, ces réformes ont calé », a-t-elle affirmé.

Pour renverser le déclin de productivité dans les pays avancés, elle préconise des dépenses d’infrastructures, un assainissement des finances des petites et moyennes entreprises qui créent les emplois en Europe, des efforts pour encourager la participation au marché du travail, notamment au Japon.

La coopération commerciale doit être relancée, ajoute Mme Lagarde, signalant que pour la quatrième année consécutive, la croissance des échanges mondiaux se situe en dessous de la moyenne sur les trente dernières années.

Selon elle, ces réformes du marché du travail ainsi que des marchés des produits et services sont « de puissants antidotes à l’impact du vieillissement de la population ».

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