L’endettement des Québécois reste soutenable, selon Desjardins

Photo: La Presse canadienne

L’ampleur de la dette par rapport au revenu des ménages québécois a atteint un sommet en 2014, mais le Mouvement Desjardins est tout de même d’avis que la situation « semble sous contrôle pour l’instant ».

Dans une note de recherche qui survient moins d’un mois après les plus récentes données de Statistique Canada, les économistes du Mouvement Desjardins disent qu’il faut également mesurer la place qu’occupent les paiements mensuels dans le portrait financier des ménages.

« Bien que les dettes continuent de grimper plus rapidement que les revenus, la faiblesse des taux d’intérêt permet de maintenir le poids des paiements mensuels des ménages à un niveau raisonnable », a écrit mardi l’établissement financier.

« L’importance des emprunteurs à risque de ne pas rencontrer leurs obligations financières est demeurée assez stable depuis dix ans. Cependant, la capacité de faire face à un événement qui entraîne une baisse de revenus, comme une perte d’emploi ou une maladie grave, a diminué », ajoute-t-il.

Il est convenu que la popularité des hypothèques à taux variable fait en sorte qu’une partie des ménages serait vulnérable si jamais les taux d’intérêt se mettaient à grimper. Or cette perspective ne s’inscrit pas dans le court terme puisque la Banque du Canada a récemment causé la surprise en diminuant son taux directeur pour que l’économie puisse encaisser l’effondrement des cours du pétrole. Dans l’intervalle, le Mouvement Desjardins croit que les ménages devraient tenter d’« assainir leur bilan ».

Sommet d’endettement

Statistique Canada a indiqué le 12 mars que le ratio de la dette par rapport aux revenus des ménages a atteint 163,3 % à la fin de 2014. Cela signifie que, pour chaque dollar de revenu gagné en 2014, un ménage faisait face à une dette de 1,63 $.

Au Québec, ce ratio est de 146 %, a indiqué le Mouvement Desjardins. Non seulement est-il inférieur à la moyenne canadienne, mais il est nettement plus bas que celui de l’Ontario, où il oscille autour de 170 %. Cela s’expliquerait principalement par les prix de l’immobilier plus élevés en Ontario et ailleurs, qui mènent à des emprunts hypothécaires plus costauds.

Les économistes reprochent souvent à ce ratio d’être passablement réducteur, car il compare une dette à un revenu et ne dit rien sur le taux d’intérêt des emprunts effectués.

L’agence fédérale avait ajouté qu’une autre mesure, celle du service de la dette par rapport aux revenus, a augmenté légèrement à la fin de 2014 mais qu’elle a « continué à osciller autour du plus bas niveau jamais observé ».

Selon Desjardins, le « ratio du service de la dette » ne s’est pas beaucoup éloigné de 16 % depuis 2004. Il affirme que le seuil critique est de 40 %, une situation qui touche un ménage sur 20.

La Banque Royale avait indiqué au moment des données de Statistique Canada concernant le ratio dette-revenu que celles-ci « ne feront rien pour apaiser les craintes selon lesquelles les déséquilibres des ménages s’approchent d’un point de non-retour ». Cela dit, la Royale avait déclaré que « le ratio dette-revenu n’est pas notre mesure préférée de la situation car elle ne tient compte que d’un côté des choses ». Elle préconise notamment de considérer le rapport entre la dette et les actifs.

C’est exactement ce qu’avait souligné l’Institut de la statistique du Québec au mois de février. De 1999 à 2012, la dette moyenne des ménages est passée de 35 100 $ à 69 200 $ (en dollars constants de 2012), avait-il indiqué. Or la valeur des actifs est passée de 295 900 $ à 544 800 $. Les ratios se sont maintenus autour de 12 % et « tendent à se comparer avantageusement à ceux des ménages ontariens et canadiens », selon l’ISQ.

Le Mouvement Desjardins a estimé qu’environ 4 % des ménages québécois se trouvent vis-à-vis du « seuil critique » lorsqu’on compare la taille colossale de leur dette face aux actifs.

146 %
C'est le ratio de la dette par rapport aux revenus des ménages au Québec. Au Canada, ce ratio était de 163,3 % à la fin de 2014.
4 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 8 avril 2015 08 h 10

    Desjardins

    J'adore les cartes de crêdit, surtout quand c'est moi qui moi qui collecte les intérêts de 18% et plus.

    • Jacques Gagnon - Inscrit 8 avril 2015 11 h 04

      En effet, comment accorder de la crédibilité à cette assertion quand ce sont eux qui prêtent ? À un moment donné, on appelle cela être décroché de la réalité. De vrais politiciens quoi !

  • Bernard Terreault - Abonné 8 avril 2015 09 h 22

    La vraie question

    Ce n'est pas la valeur absolue de la dette qui compte, mais de savoir si c'est une bonne dette, c'est-à-dire un investissement comme un immeuble ou une dette d'études, ou une mauvaise dette sur quelque chose qui perd sa valeur en quelques années (une auto, une télé) ou encore plus vite (bouffe, amusements, vêtements, voyages).

  • Pierre Beaulieu - Abonné 8 avril 2015 10 h 13

    L’endettement des Québécois a augmenté beaucoup plus rapidement que dans le reste du Canada.

    Oui mais! Si l’on jette un coup d’œil aux statistiques sans considération sur leurs composantes, c’est vrai.
    Mais quand l'on y regarde de près on s’aperçoit que pendant les dernières vingt années, la population québécoise a presque rattrapé le reste du Canada en matière d’accès à la propriété résidentielle. (De 30 à 67%, 70% dans le reste du Canada)
    Étant donné que la statistique inclut l’hypothèque sur l’habitation, il est tout à fait normal que l’effet de rattrapage ait un impact sur l’image que constitue l’endettement personnel tel que calculé pour fins de la statistique officielle.
    D’une situation souhaitable, l’accès à la propriété, la considération d’une statistique de cette nature dans son absolu crée une image négative alors que l’acquisition de leur propriété par les Québécois est un événement positif.
    En plus, pour que les statistiques d’endettement personnel comprenant la charge hypothécaire soit toujours comparable dans le temps, il faudrait que la charge du loyer payable dans cette même période soit aussi incluse dans la staistique.