Des vents contraires secouent l’industrie manufacturière

L’indicateur avancé de la Banque Royale fait la synthèse de 11 facteurs allant du volume de production à celui des nouvelles commandes, en passant par la taille des effectifs et des stocks.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’indicateur avancé de la Banque Royale fait la synthèse de 11 facteurs allant du volume de production à celui des nouvelles commandes, en passant par la taille des effectifs et des stocks.

L’industrie manufacturière québécoise tarde à profiter du coup de pouce qu’elle est censée recevoir de la baisse des prix du pétrole, du recul du dollar canadien et de l’accélération de la croissance aux États-Unis.

Bien que le portrait d’ensemble continue de s’améliorer, l’indicateur avancé sur la santé du secteur de la Banque Royale est (tout juste) demeuré en territoire négatif en mars pour un quatrième mois consécutif. De 49,9 points, l’indice PMI RBC pour le Québec affiche une belle remontée par rapport aux 48,5 points enregistrés en février et aux 46,9 points du mois d’avant, mais reste néanmoins sous la barre des 50 points marquant la séparation entre un secteur en croissance (50 points et plus) et un secteur en décroissance (50 points et moins).

L’Ontario s’en tire nettement mieux, lui qui se maintient au-dessus des 50 points depuis quelques mois déjà et qui affichait encore un indice de 53,3 le mois dernier. Cela n’a pas été suffisant toutefois pour tirer la moyenne canadienne au-dessus du seuil critique, son indice n’ayant augmenté que de 48,7 points à 48,9 points de février à mars, pour une moyenne de 49,5 points au premier trimestre, le score le plus faible pour trois mois depuis que la RBC a commencé à faire l’enquête en 2010. C’est que les fabricants de l’Alberta et de la Colombie-Britannique accusent durement le coup de l’impact de la chute des prix du pétrole sur les dépenses d’investissement de leurs clients du secteur de l’énergie, a expliqué mercredi la Banque Royale en dévoilant ses chiffres.

Basé sur une enquête réalisée auprès des directeurs d’achat de 400 entreprises, son indicateur avancé fait la synthèse de 11 facteurs allant du volume de production à celui des nouvelles commandes, en passant par la taille des effectifs et des stocks, les délais de livraison et le niveau des prix.

Les experts conviennent généralement que la baisse des prix du pétrole devrait profiter au secteur manufacturier canadien. En plus de réduire ses coûts de fabrication et de laisser plus d’argent dans la poche des consommateurs, elle contribue à déprécier le dollar canadien, ce qui améliore la compétitivité de ses exportations et nuit aux importations de ses concurrents étrangers.

L’indice de la Banque Royale « signale que le secteur canadien de la fabrication va continuer de subir des vents contraires,a déclaré l’économiste en chef de la RBC, Craig Wright, qui cite entre autres l’hiver extrêmement rigoureux qui s’est abattu sur le centre et l’est du Canada. Nous demeurons convaincus qu’à mesure que l’économie américaine poursuivra son amélioration et que le dollar canadien deviendra plus concurrentiel, on assistera à une hausse des exportations, ce qui est bon signe pour les fabricants. Il faut toutefois prévoir un certain temps avant que cette situation se concrétise. »

En attendant les États-Unis

L’industrie manufacturière canadienne n’est pas la seule à rencontrer des vents contraires par les temps qui courent. L’indicateur avancé pour les États-Unis a aussi déçu, mercredi, avec un recul en un mois de 52,9 à 51,5 points, alors qu’on ne s’attendait qu’à une modeste correction de 0,4 point. Bien qu’encore au-dessus de la barre des 50 points, cette mesure marque la cinquième baisse en autant de mois.

Là encore, on accuse les rigueurs de l’hiver, de même qu’un conflit de travail qui a perturbé jusqu’au mois de février les ports de la côte ouest, mais il y a plus, a fait remarquer l’économiste de la Banque TD Ksenia Bushmeneva. « Les manufacturiers sont confrontés au triple défi de l’appréciation du billet vert, du ralentissement de l’industrie du pétrole et du gaz et d’une demande mondiale qui manque de tonus. »

En attendant l’Asie

Longtemps le principal moteur de la croissance mondiale, l’Asie tarde, elle aussi, à se trouver un nouvel élan. En dépit des nouveaux efforts de stimulation économique déployés par le gouvernement chinois, l’indicateur avancé de son propre secteur manufacturier a tout juste passé le cap des 50 points le mois dernier (de 49,9 à 50,1 points). La Banque HSBC a toutefois un autre indicateur, qui se concentre sur les fabricants de petites et moyennes tailles et qui montre qu’on y est retombé en contraction après deux mois de reprise.

Le portrait n’est pas plus enthousiasmant dans les autres pays de la région, rapportait mercredi l’agence Reuters. L’expansion au Japon donne des signes d’essoufflement, la Corée du Sud vient d’accuser la plus importante chute de ses exportations en deux ans l’industrie manufacturière indonésienne en est à un sixième mois consécutif de contraction.

Si les États-Unis attendent une remontée de la demande extérieure, l’Asie attend une remontée de la demande américaine, a observé l’économiste en chef de Standard Poor’s dans la région Asie-Pacifique, Paul Gruenwald. « Pour l’ensemble de la région, nous attendons toujours de sentir l’effet des vents favorables promis, c’est-à-dire la reprise des dépenses des consommateurs américains et la baisse des prix du pétrole. »

Le retour de l’Europe

La situation se présente mieux en Europe, où les politiques monétaires extrêmement accommodantes de la banque centrale ont fait dégringoler de 12 % l’euro depuis le mois de janvier, au grand bonheur des exportateurs. L’indicateur avancé de l’industrie manufacturière a grimpé de 51 à 52,2 points au mois de mars, un sommet en dix mois et un 21e mois au-dessus de la barre des 50 points. « Les dernières statistiques sur la zone euro laissent penser que la crise est en train de s’atténuer, mais il reste du travail à faire »,a observé Philip Shaw, économiste en chef à Investec.

3 commentaires
  • Roxane Bertrand - Abonnée 2 avril 2015 08 h 26

    Concentration de la richesse

    Plus la richesse se concentre en quelques mains, moins il y a de "mains" qui achètent. La relance de l'économie ne se fait pas car la classe moyenne, premier moteur de l'économie, n'en a plus les moyens.

    Cela doit vraiment être un gros dilemme.

    https://m.youtube.com/watch?v=xXp9tXnevl0 (vidéo sur : la redistribution de la richesse - très instructif)

    • Jean Richard - Abonné 2 avril 2015 10 h 44

      Face à l'économie, acheter c'est voter. Or, comme elle détient la plus grosse masse d'acheteurs, la classe moyenne devrait avoir le maximum d'influence.

      Or, la classe moyenne vote justement...

      Ci-haut, on peut lire que le Québec s'en tire bien, mais qu'on s'attendait à mieux. On y lit aussi que l'Ontario s'en tire nettement mieux.

      L'Ontario ? Or un autre article ce matin nous apprend que les ventes d'automobile progressent, et elles le font grâce aux camionnettes. Se pourrait-il que la grande majorité de ces camionnettes soient achetées par... la classe moyenne ? La réponse est probablement « oui ».

      Si la classe moyenne avait plus de moyens, serait-ce une garantie que ces moyens contribueraient à la vigueur de l'économie locale ? Probablement pas, il faut l'avouer. L'effet pourrait être contraire – comme acheter plus de véhicules énergivores, passer plus de temps sur les plages de la Floride...

      S'il doit y avoir redistribution de la richesse, la priorité doit aller au bas de l'échelle et non au milieu. En plus d'être une priorité morale et sociale, ça pourrait même avoir des effets bénéfiques sur l'économie.

  • Francois Cossette - Inscrit 2 avril 2015 13 h 25

    Austérité !!!!

    C'est ca l'effet PLQ... pas d'effet pantoute.
    250,000 jobs
    Si le plq réussi a en faire 50,000 ca sera deja beau
    Et dire qu'il y en a qui ont cru a ca
    Faut dire qu'il y a encore du monde pour penser que le soleil tourne autour de la terre