Porto Alegre, P. Q.

Montréal accueillera en 2016 le premier Forum social mondial à se tenir dans un pays du Nord.

La candidature de la métropole québécoise a reçu le dernier feu vert nécessaire du conseil international du Forum social mondial (FSM), dimanche, en clôture de l’édition 2015 du grand rassemblement altermondialiste né à Porto Alegre, au Brésil, mais qui se tenait cette année à Tunis, en Tunisie. « Ce premier Forum social mondial au Nord sera l’occasion historique de renouveler les luttes sociales mondiales et le tout, porté par la fougue de la jeunesse québécoise », a déclaré dans un communiqué Chico Whitaker, membre fondateur du FSM.

À pied d’oeuvre depuis au moins 2009, les défenseurs de la candidature de Montréal avaient déjà cru l’affaire dans la poche une première fois à la fin de 2013, mais les instances du FSM jonglaient encore, la semaine dernière, avec l’idée de tenir à la place leur prochain grand rendez-vous en Grèce, devenue le symbole des politiques d’austérité, ou de revenir au Brésil pour marquer le 15e anniversaire de la tenue du premier FSM. Il a finalement été convenu de laisser l’organisation de l’événement principal à Montréal et de tenir un événement spécial à Porto Alegre en janvier, en même temps que son frère ennemi, le Forum économique mondial de Davos, en Suisse, a expliqué au Devoir depuis Tunis lundi Raphaël Canet, membre du Collectif FSM Montréal 2016.

Appuyé par 140 organismes issus des milieux syndicaux, autochtones, féministes, communautaires, environnementaux, étudiants, scientifiques et de l’aide au développement, le futur événement montréalais devrait se tenir pendant une semaine au début du mois d’août et accueillir entre 50 000 et 80 000 participants. Si l’on se fie aux expériences précédentes, on peut s’attendre à ce qu’environ 80 % de ces personnes soient du Québec, 10 % du reste du Canada et des États du Nord-Est américain, et 10 % d’autres pays étrangers, dit Raphaël Canet. À titre d’exemple, le sommet qui vient de se terminer à Tunis a accueilli 50 000 participants de 5000 organisations de la société civile provenant de 130 pays.

Au-delà de la division nord-sud

Ce sera la première fois que le forum ayant pour slogan « Un autre monde est possible » ne se tiendra pas dans un pays en développement. Longtemps à Porte Alegre, on l’a aussi vu se tenir dans d’autres pays sud-américains, en Inde et en Afrique subsaharienne avant de se poser à Tunis, à la faveur du printemps arabe.

On cherchait depuis quelques années à se rendre dans un pays développé. « La distinction nord-sud n’a plus de pertinence pour comprendre les enjeux actuels, fait valoir Raphaël Canet. On fait face à des problèmes globaux : crise financière, crise environnementale, accroissement des inégalités, les mesures d’austérité… Tout cela n’a plus vraiment de frontières. »

Pour remporter la mise, les organisateurs québécois ont fait valoir l’assiduité de la participation de ses organismes au Forum social mondial depuis ses débuts. Ils ont surtout mis en avant la longue tradition québécoise de militantisme de sa société civile, de la Marche du pain et des roses des années 90 au Forum social des peuples de l’été dernier, en passant par le Sommet des Amériques parallèle de Québec 2001 et ses plus petits sommets sociaux qui se tiennent chaque année dans diverses régions. On n’a pas manqué aussi d’évoquer le printemps érable et le militantisme de sa jeunesse. « C’est sûr que cela a joué en notre faveur », dit Raphaël Canet.

Dans leur proposition présentée en 2013, les organisateurs du FSM de Montréal se sont donné un budget total de 2,4 millions, dont 1,6 million serait payé par les inscriptions des participants, les commandites et les programmes gouvernementaux, et 830 000 $ de services qu’on espère recevoir gratuitement de la part de bénévoles, des universités et de la Ville (en accès à des équipements collectifs). Pour loger les participants, on compte entre autres sur les milliers de places en résidences étudiantes qui seront libres à ce moment, mais aussi sur « l’hébergement solidaire » et un campement de la jeunesse dans l’île Sainte-Hélène ou sur le territoire autochtone de Kahnawake. Ouvert et clôturé par de grandes marches, l’événement donnerait lieu à 1500 « activités autogérées » qui se concentreraient sur un « Territoire social mondial » s’étalant sur les 3 km allant de l’UQAM à l’Université Concordia et comprenant, entre autres lieux de rassemblement, les locaux de ces deux universités, le Cégep du Vieux-Montréal, la place Émilie-Gamelin, la place des Festivals, le square Victoria ainsi que le Palais des congrès.

Appui de Stephen Harper

Le projet a le soutien enthousiaste de Tourisme Montréal, mais avait aussi reçu, en 2013, les lettres d’appui du maire de Montréal, Denis Coderre, de la première ministre du Québec d’alors, Pauline Marois, et du premier ministre canadien, Stephen Harper.

L’événement offrira une magnifique vitrine internationale, fait valoir Raphaël Canet, qui assure qu’il n’y a pas à craindre les débordements ni les casseurs. « Bien au contraire. On pense qu’ouvrir un espace où tout le monde pourra contribuer à un dialogue large sur les alternatives à construire est même un outil de pacification sociale. On ne sera pas dans l’opposition à un autre sommet qui se tiendrait à quelques rues de là, mais dans la construction et la recherche de solutions en vue de transformer le système. »

Il admet, par ailleurs, que les organisateurs se font du souci quant aux difficultés que les autorités frontalières canadiennes pourraient faire aux participants des pays en développement en matière de visa.

140
C'est le nombre d'organismes issus des milieux syndicaux, autochtones, féministes, communautaires, environnementaux, étudiants, scientifiques et de l’aide au développement qui appuient le futur événement montréalais.

La distinction nord-sud n’a plus de pertinence pour comprendre les enjeux actuels. On fait face à des problèmes globaux : crise financière, crise environnementale, accroissement des inégalités, les mesures d’austérité… Tout cela n’a plus vraiment de frontières.