Jacques Daoust veut laisser s’exprimer «la force des marchés»

Dans la jungle souvent impitoyable du monde des affaires, ce n’est pas le rôle du gouvernement de déterminer qui sortira gagnant ou perdant, selon Jacques Daoust.

Le ministre de l’Économie veut tourner le dos au capitalisme d’État. Québec devrait par conséquent moins intervenir dans l’économie pour laisser davantage agir les forces du marché, a plaidé le ministre Daoust, lors d’une récente entrevue téléphonique à La Presse canadienne portant sur les grandes orientations qui guident son action.

Bâtir un État moins interventionniste, voilà à quoi rêve le ministre de l’Économie.

Les entreprises qui ne sont pas viables n’ont donc pas à être sauvées à tout prix par le gouvernement, surtout pas pour protéger l’ego d’un entrepreneur, selon lui. Une faillite peut parfois être inévitable. « Ça fait surtout mal à l’ego en région, parce que quand vous êtes le roi du village, et que vous devez faire faillite, c’est difficile », raconte-t-il.

Mais ce n’est pas une raison pour injecter des fonds publics, car certaines entreprises en redressement affichent un tel niveau d’endettement « qu’il vaut mieux la laisser faire faillite, nettoyer son bilan et repartir que simplement traîner ce boulet-là pendant 20 ans ».

Laissons agir les lois du marché, semble être le credo du ministre âgé de 67 ans, qui affiche une longue feuille de route dans le secteur bancaire et le soutien financier public aux entreprises privées. « Au terme de tout ça, laissons la force des marchés s’exprimer », ajoute Jacques Daoust, qui privilégie le modèle d’un « État partenaire qui ne choisit pas les gagnants ».

De toute façon, les entreprises en redressement, donc au bord de la faillite, sont souvent « mal gérées » ou bien elles occupent un secteur d’activité perdant. Aussi bien les laisser tomber. « Si vous vendez du charbon, je n’essaierai pas de vous soutenir, parce que c’est un petit peu moins à la mode », a expliqué l’ancien patron d’Investissement Québec.

« La stratégie de notre gouvernement n’est justement pas d’arriver et de faire du capitalisme d’État », tranche le ministre, parti à Paris au cours du week-end, à la recherche de nouveaux investisseurs et de débouchés pour les exportateurs québécois, dans le cadre de la mission en France dirigée par le premier ministre Philippe Couillard. « Notre stratégie à nous, c’est de créer un environnement favorable » aux entreprises, par exemple en baissant le taux de taxation qui leur est imposé.

Le ministre n’a pas l’intention de rédiger une politique de développement économique en bonne et due forme, qui énoncerait les objectifs du gouvernement, ses orientations, moyens et échéanciers.

Par « capitalisme d’État », le ministre entend un gouvernement dont l’approche consisterait, par exemple, à créer un programme de soutien aux entreprises auquel les entreprises devraient s’adapter, sous peine d’en être exclues. Tandis que le modèle qu’il revendique consisterait plutôt à créer un programme qui sait s’adapter aux besoins et aux réalités des entreprises.

M. Daoust dit aussi privilégier l’aide directe aux entreprises, notamment par des participations sous forme d’actionnariat, au lieu par exemple de financer des organismes chargés d’aider les entreprises.