Les Québécois travaillent plus longtemps, mais moins que les autres Canadiens

Si les emplois à temps plein et à temps partiel ont tous deux augmenté depuis une quarantaine d’années, leurs poids relatifs ont lentement changé vers plus d’emplois à temps partiel.
Photo: Justin Sullivan Getty Images Si les emplois à temps plein et à temps partiel ont tous deux augmenté depuis une quarantaine d’années, leurs poids relatifs ont lentement changé vers plus d’emplois à temps partiel.

Les Québécois sont de plus en plus nombreux à encore travailler passé l’âge de 60 ans. Leur proportion reste toutefois encore loin de celle atteinte ailleurs ou de celle qu’ils voudront probablement eux-mêmes atteindre à l’avenir.

Légèrement inférieure à 40 % en 1976, la proportion de Québécois de 60 à 64 ans qui occupent un emploi (taux d’emploi) s’est d’abord graduellement réduite jusqu’à ne plus être que de 24 % en 1996 avant d’entreprendre une remontée et dépasser les 45 % en 2014, rapporte le Mouvement Desjardins dans une brève analyse dévoilée lundi. La tendance a été la même pour les travailleurs plus âgés quoique d’une ampleur moins importante. Le taux d’emploi des 65 à 69 ans tombant, par exemple, d’un peu moins de 15 % en 1976 à moins de 6 % en 2000 avant de rebondir et dépasser les 19 % l’an dernier. Chez les 70 ans et plus, il a commencé et est revenu au même point, c’est-à-dire aux alentours de 5 %.

Ce revirement de tendance est principalement attribuable à un changement de l’offre et de la demande, a expliqué en entretien téléphonique au Devoir l’auteur de la note, l’économiste Joëlle Noreau. Jusqu’à la fin des années 90, les entreprises avaient « l’embarras du choix » au moment de recruter de la main-d’oeuvre et pouvaient se permettre de se passer des travailleurs plus âgés. Ce phénomène s’est accentué avec les deux terribles crises économiques au début des années 80 et au début des années 90. « Il était courant à l’époque, pour réduire ses coûts, d’offrir toutes sortes de forfaits de retraite pour encourager le départ des travailleurs plus âgés. La situation a changé lorsque la rareté de main-d’oeuvre a commencé à s’installer dans les entreprises. »

 

Cela tombait bien parce que les travailleurs sont aussi devenus de moins en moins pressés de prendre leur retraite. Cela tient à différents facteurs, dont la mauvaise tenue de l’épargne retraite de plusieurs travailleurs avec l’effondrement des valeurs technologiques au début des années 2000, mais aussi le niveau exceptionnellement bas des taux d’intérêt depuis la grande récession. L’espérance de vie a aussi augmenté et le travail se fait généralement de moins en moins dur physiquement avec la croissance du secteur des services. « Il y a sans doute d’autres facteurs, comme la déception des gens face à la vie de retraité, le désir de rester actif ou de maintenir des réseaux sociaux. »

Notons que si les emplois à temps plein et à temps partiel ont tous deux augmenté depuis une quarantaine d’années, leurs poids relatifs ont lentement changé vers plus d’emplois à temps partiel. Ces derniers ne comptaient que pour 15 % de l’ensemble des emplois des 60 ans et plus en 1976, ils oscillent entre 30 % et 35 % depuis 2003.

Le Québec et les autres

La tendance générale observée au Québec est similaire à ce qui s’est passé dans d’autres économies, mais à plus petite échelle. Le taux d’emploi des 60 à 64 ans dépassait 50 % en Ontario et aux États-Unis en 2014, et atteignait même 60 % en Alberta, contre 45 % au Québec. Pour les 65 ans et plus, il était de 10 % au Québec, contre environ 14 % en Ontario et près de 18 % en Alberta et aux États-Unis.

L’écart s’observe aussi avec des pays étrangers. Le taux d’emploi des 55 à 64 ans est par exemple légèrement supérieur à 55 % au Québec, contre plus de 60 % au Canada, aux États-Unis et au Royaume-Uni, près de 70 % au Japon, et un peu plus de ce seuil en Suède et en Norvège.

De tels écarts peuvent tenir à une multitude de facteurs, expliquait l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) dans une brève analyse publiée en septembre 2010. Cela peut dépendre, entre autres choses, de l’état de santé des travailleurs, de leur situation familiale, de la flexibilité de l’organisation du travail, du caractère suffisant ou non des revenus de retraite ou encore des règles d’accès aux régimes de retraite publics ou privés.

Dans son analyse, l’ISQ concluait que les différences entre les intentions de retraite des travailleurs québécois et ontariens étaient principalement attribuables à trois facteurs. Le premier était la plus grande proportion au Québec de travailleurs nés au Canada, cela s’accompagnant généralement d’une expérience de travail plus longue dans le marché canadien et, par conséquent, d’une meilleure capacité à prendre sa retraite. Le deuxième facteur était le plus fort taux de syndicalisation des travailleurs québécois, les régimes de retraite dans les milieux syndiqués offrant des sorties hâtives plus généreuses. Le troisième et dernier facteur retenu était la plus grande stabilité des emplois au Québec, un plus grand nombre d’années de service auprès d’un même employeur améliorant les contributions aux régimes de retraite.

Pas terminé

La proportion de travailleurs plus âgés n’a sûrement pas fini d’augmenter au Québec, note toutefois Joëlle Noreau. « Les besoins pressants des entreprises pour de la main-d’oeuvre formée et expérimentée, la tertiarisation du monde du travail et l’augmentation de l’espérance de vie sont quelques-unes des raisons qui permettront d’accroître la participation des 60 ans et plus dans les années à venir. »