2015 devrait être favorable pour les marchés financiers nord-américains

Des courtiers sur le parquet de la Bourse de New York
Photo: Archives Associated Press Des courtiers sur le parquet de la Bourse de New York

Qu’en sera-t-il des marchés financiers nord-américains en 2015 ? L’économie nord-américaine ira-t-elle en croissant ? Que se passera-t-il du côté du marché boursier et du marché obligataire ? Quels effets auront les taux d’intérêt, le prix du baril de pétrole, le taux de change canadien sur les marchés financiers ? L’investisseur devra-t-il ajuster son portefeuille en conséquence ?

D’abord, une bonne nouvelle. Malgré un ralentissement de la croissance en Chine et une économie poussive dans la zone euro, l’économie mondiale est en meilleure forme que ce qu’on pourrait croire. « Selon notre économiste en chef, Stéphane Marion, la prévision de croissance du PIB mondial en 2015 est de 3,5 % », explique An-Lap Vo-Dignard, vice-président à la Financière Banque Nationale.

Plusieurs facteurs expliquent cette embellie, dont le faible prix du pétrole, qui avantage à la fois les consommateurs et les économies émergentes. Mais le facteur principal est la vigueur de l’économie américaine. Toujours selon Stéphane Marion, la prévision de croissance du PIB américain en 2015 est de 3,3 %, sa plus forte croissance en une décennie. « La baisse du prix du pétrole ainsi que les faibles taux d’intérêt vont stimuler l’économie américaine, poursuit M. Vo-Dignard. Et, malgré que la Réserve fédérale ait commencé à normaliser sa politique monétaire, la faiblesse de l’inflation fera en sorte que son taux directeur demeurera bas. De plus, la confiance des consommateurs est au rendez-vous, en partie en raison du raffermissement du marché du travail. »

Quant à l’économie canadienne, qui repose beaucoup sur les ressources naturelles, dont notamment le pétrole, la situation est plus complexe. Le prix du baril du pétrole, s’il baisse encore ou s’il augmente peu, aura une incidence sur le PIB canadien. Ainsi, la Banque Nationale prévoit que la croissance du PIB canadien en 2015 sera de 2 %. « C’est la raison pour laquelle nous pensons que la Banque du Canada va à nouveau abaisser son taux directeur de 25 points de base », avance M. Vo-Dignard.

Les marchés boursiers

Fortement ébranlés lors de la crise de 2008-2010, les marchés boursiers nord-américains ont depuis repris du galon. Par contre, ils ont connu plusieurs corrections. « C’est vrai que les marchés boursiers sont volatils, avoue M. Vo-Dignard, mais, en contrepartie, ils sont résilients. » Cette résilience devrait permettre aux marchés boursiers de continuer à s’apprécier en 2015. Stéphane Marion fixe les cibles de fin d’année à 16 200 pour l’indice S&P/TSX et à 2220 pour l’indice S&P 500.

Les investisseurs devront-ils s’ajuster ? « Nous recommandons de légèrement surpondérer la part d’actions des portefeuilles en actions canadiennes comme en actions américaines », explique M. Vo-Dignard. Cette surpondération concerne particulièrement le secteur de l’énergie, dont notamment le secteur pétrolier. « C’est que le prix du pétrole va finir par augmenter, ce qui va raffermir le secteur de l’énergie. »

Est-il toujours intéressant, malgré la baisse du taux de change, de faire l’acquisition d’actions américaines ? « Étant donné la faiblesse du dollar canadien, l’achat d’actions américaines coûtera plus cher à l’investisseur. Par contre, comme nous prévoyons que le dollar canadien se dépréciera encore, l’investisseur, lorsqu’il vendra ses actions américaines et convertira le fruit de la vente en devises canadiennes, profitera alors d’un taux de change favorable. »

Les marchés obligataires

Le faible taux d’intérêt fera en sorte que le rendement des obligations, basé selon le taux d’intérêt en vigueur, demeurera relativement bas. Est-il temps, pour le détenteur d’obligations portant un taux supérieur à celui qui a présentement cours, de vendre ses obligations sur le marché secondaire, où il obtiendra un prix supérieur à son prix nominal ? « Cela dépend, avance M. Vo-Dignard. Si cette obligation se trouve dans un régime d’épargne enregistré, comme un REER, il est préférable de la garder jusqu’à l’échéance plutôt que de la vendre. Par contre, si elle se trouve dans un compte imposable, la vente peut donner un avantage fiscal, puisque le produit de cette vente est un gain en capital, dont le taux d’imposition est inférieur. »

An-Lap Vo-Dignard met en garde l’investisseur contre l’envie de trop vouloir chercher des gains rapides dans son portefeuille d’obligations, surtout en surpondérant ce dernier vers les obligations de société plutôt que les obligations de gouvernement. « Les obligations de gouvernement sont sécuritaires, mais les obligations de société sont plus risquées, car elles ont tendance à fluctuer selon le marché. » Il suggère plutôt d’appliquer à son portefeuille d’obligations ce qu’il appelle la stratégie de la roulette. « Il est très important d’avoir, dans son portefeuille d’obligations, des titres ayant des échéances différentes, par exemple de deux ans, cinq ans, sept ans et dix ans. Ainsi, certains titres arriveront régulièrement à échéance, ce qui offre la possibilité de mieux ajuster son portefeuille d’obligations. »

Deux règles d’or

Selon An-Lap Vo-Dignard, la première règle d’or en matière d’investissement, c’est de ne pas trop dévier de la stratégie d’investissement mise en place, même si on choisit de faire des ajustements à son portefeuille. « L’image qui me vient en tête est celle du conducteur d’automobile. Si ce dernier donne de violents coups de volant à gauche et à droite, il risque de finir dans le fossé. Vaut mieux conduire en ligne droite si on veut arriver à destination. »

Et peu importe la conjoncture actuelle des marchés financiers, chaque investisseur est un cas particulier. « Les prévisions générales ne doivent pas être prises en considération de la même façon par tous les investisseurs. Il faut toujours tenir compte de la tolérance au risque et des attentes de rendement de chaque investisseur avant d’effectuer des ajustements à un portefeuille. C’est la seconde règle d’or. »

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