Pas d’efficacité énergétique sans hausse tarifaire, dit l’expert de HEC

«Ils sont très bien, ces programmes, mais on ne touchera pas vraiment aux prix, ce qui fait qu’on prêchera dans le désert en disant aux gens d’économiser de l’énergie quand, en fait, la facture est très basse», regrette Pierre-Olivier Pineau.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir «Ils sont très bien, ces programmes, mais on ne touchera pas vraiment aux prix, ce qui fait qu’on prêchera dans le désert en disant aux gens d’économiser de l’énergie quand, en fait, la facture est très basse», regrette Pierre-Olivier Pineau.

La prochaine politique énergétique du Québec n’aura peut-être pas ce qu’il faut pour véritablement influencer la consommation et encourager l’efficacité de manière significative, craint le titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie de HEC Montréal.

À quelques jours du début des travaux de Québec en vue de l’élaboration de sa politique 2016-2025, le professeur Pierre-Olivier Pineau souhaite une « vision plus agressive » mais s’interroge sur la forme définitive que prendra le plan.

« J’anticipe qu’on va parler d’efficacité énergétique et qu’on nous annoncera encore des beaux programmes d’efficacité énergétique », a dit M. Pineau jeudi midi lors d’une conférence aux membres de l’Association des économistes du Québec. « Ils sont très bien, ces programmes, mais on ne touchera pas vraiment aux prix, ce qui fait qu’on prêchera dans le désert en disant aux gens d’économiser de l’énergie quand, en fait, la facture est très basse. »

Première table ronde d’experts

Le gouvernement québécois a publié jeudi la liste de huit experts qui prendront place à une première table ronde portant sur « l’efficacité et l’innovation énergétiques ». Deux autres thèmes sont prévus : énergies renouvelables et hydrocarbures. La politique devrait être déposée à l’automne 2015.

Selon le communiqué de presse, la politique permettra « au Québec de s’inscrire dans un contexte énergétique et économique mondial en pleine mouvance, d’accroître son leadership en matière d’énergies renouvelables, d’efficacité énergétique et d’innovation technologique, de mettre en valeur de façon responsable l’ensemble de ses ressources et son patrimoine commun, en plus de poursuivre le développement d’une économie à faible empreinte carbone ».

« On met tout là-dedans », a dit M. Pineau lors d’un entretien à la suite de sa conférence, en faisant référence à la phrase du communiqué. « On ne se dirige pas vers quelque chose dont le Québec aurait véritablement besoin. Ce ne sera pas tragique, mais ça ne sera pas suffisant pour amorcer le virage qu’on doit amorcer afin d’atteindre nos objectifs de réduction des gaz à effet de serre. Pour réduire de 20 % nos émissions, il faut agir de façon plus marquée en transport. »

M. Pineau a relevé, entre autres, l’écart de 17 % entre ce que coûte l’électricité consommée par les clients résidentiels d’Hydro-Québec et ce qu’il en coûte pour produire cette électricité.

« Pour un client résidentiel, la société d’État a un revenu moyen de 7,31 ¢ par KWh, alors que le coût moyen reconnu par la Régie de l’énergie est de 8,83 ¢. Dans une société qui veut faire de l’efficacité énergétique, est-ce que c’est normal qu’on subventionne les consommateurs résidentiels ? Je ne vois pas au nom de quel principe on peut justifier un tel interfinancement, une telle subvention. […] C’est majeur. C’est un scandale économique », a dit M. Pineau.

M. Pineau suggère aussi d’instaurer, dans l’achat de véhicules, un système qui serait une variante du bonus-malus. « Subventionner l’achat d’une voiture, c’est inadmissible. On pourrait donc avoir un malus pour les grosses voitures et un moins gros malus pour les petites voitures. On ne pénalise pas, mais on fait en sorte que le coût d’achat reflète mieux le coût global du véhicule pour la société. »

Un système de malus existe déjà en France, qui a récemment procédé à certains changements au chapitre des bonus pour les moteurs thermiques de voitures peu polluantes.

Un élément marquant des dernières années est la participation du Québec à un marché du carbone avec la Californie, lequel repose sur le plafonnement des émissions et des ventes aux enchères d’unités d’émission. Salué par les groupes écologistes, le marché québécois couvre même le secteur du transport, c’est-à-dire les distributeurs de carburant. Cela signifie que le coût payé par les distributeurs est refilé aux consommateurs à la pompe.

«Dans une société qui veut faire de l’efficacité énergétique, est-ce que c’est normal qu’on subventionne les consommateurs résidentiels ? […] C’est un scandale économique.»

— Pierre-Olivier Pineau
17 commentaires
  • Robert Henri - Inscrit 6 février 2015 07 h 34

    Ces gens n'ont rien compris.

    Pour avoir donné pendantl cinq ans à titre de conseiller en efficacité energetique pour le progremme Éconologis de Tadoussac à Pointe-Parent je sais bien que les gens veulent économiser l'énergie soit pour l'environnement, soit pour faire baisser leur facture . Plusieurs ignorent comment s'y prendre. La majorité manque d'argent pour isoler convenablement leur habitation. Chose frustrante, les visites n'arrivaient, au mieux, qu'à "annuler" l'augmentation tarifaire d'Hydro-Québec. Ces gens qui de leur tour d'ivoire prêchent la nécessité d'augmenter les tarifs seront cause d'appauvrissement des plus démunis sans arriver à leur fins, ces pauvres pouvant encore moins ameliorer leur habitations. Une ignominie !

    • Robert Beauchamp - Abonné 6 février 2015 09 h 05

      Et les coûts affichés par Hydro comprennent les coûts élevés par d'autres modes de production adoptés pour des fins politiques ainsi que par la construction de barrages gigantesques injustifiée. Utiliser ce comparatif devient malhonnête; d'oû nous vient donc cette cohorte de néo-libéraux des HEC?
      Robert Beauchamp

  • Francois Cossette - Inscrit 6 février 2015 07 h 45

    Encore un autre .... Bapteme ca finira jamais !!!!

    Sur quelle planete vive ces gens. Augmenter les tarifs d'electricité ca ne va que apprauvrir encore plus les plus pauvres, ces gens qui ne peuvent rien y faire en fait d'efficacité énergtique puisqu'ils son locataires. C'est eux qui seront les premiers pénalisés par ces hausses.

    M. Pineau des HEC, il ne vit surement a dans un logement mal chauffé avec un salaire minimum pour tout payer. J'en ai franchement ras le bol de ces biens pensants, dans une grossee cabane, avec un salaire a 6 chiffres, qui viennent faire la morale. On comprends que cela ne les touchera pas.

    • Damien Tremblay - Inscrit 6 février 2015 11 h 08

      Vous avez raison M. Cossette. Encore un autre androïde extraterrestre habile à manipuler deux colonnes de chiffres qui se resserrent comme un étau sur la classe moyenne et les plus fragiles de la société.

      Tous ces pseudo-experts, ces intégristes obtus de la finance et de l'économie jouent au Nintendo avec nous, les humains en chair et en os. Dire que le Québec s'est fendu le coccyx pour les faire instruire (?) et les laisser se mettre ensuite eux-même sur un piédestal.

      Après le règne de la religion catholique, nous voilà avec le règne des experts, des spécialistes et des scientifiques. précisons que tous ces experts et spécialistes manquent très souvent de rectitude, de rigueur et d’esprit scientifique. Surtout les économistes dont la profession manque cruellement d’esprit scientifique et d’approche systémique en matière d’environnement.

    • Francois Cossette - Inscrit 6 février 2015 11 h 55

      En effet... un autre bouffon au service d'hydro-quebec, du gouvernement et du patronat. Pendant ce temps les industries eux payent 2 cents le kilowatts.

      Alors qui sont vraiment les vrais BS de notre société d'état.

  • Pascale Bourguignon - Inscrite 6 février 2015 08 h 53

    Juste n'importe quoi.

    Cela n'a pas de sens ce que raconte monsieur Pineau, c'est même honteux. Un tel manque d'empathie pour les plus démunis laisse pantois. Je ne m'abaisserai même pas à commenter ses propos et je me demande même comment de telles recommandations, d'une agressivité extrême pour une grande partie de la population, peuvent trouver un echo.

  • Jean Richard - Abonné 6 février 2015 08 h 55

    Les programmes ? Des cadeaux aux...

    « Subventionner l’achat d’une voiture, c’est inadmissible. On pourrait donc avoir un malus pour les grosses voitures et un moins gros malus pour les petites voitures. On ne pénalise pas, mais on fait en sorte que le coût d’achat reflète mieux le coût global du véhicule pour la société. »

    Les programmes gouvernementaux tout comme ceux d'Hydro-Québec ne sont que d'inutiles cadeaux aux plus riches, aux commerçants et à l'industrie. Les subventions à l'achat de gros véhicules hybrides ou tout électriques sont tout-à-fait scandaleuses quand on sait qui achète ces véhicules et pourquoi ils le font. Et quand on voit quelqu'un sortir de la quincaillerie avec 250 $ de miraculeuses ampoules DEL, puis remplir un formulaire pour recevoir une subvention, on doit encore une fois se poser des questions.

    Mais ces programmes de malus ici proposés, ils ne sont guère mieux. Celui ou celle qui a les poches pleines ne se privera de rien pour ajouter quelques dollars à sa facture d'achat d'un gros VUS. Mais il y a plus : on oublie que c'est à l'usage que ces véhicules gaspillent de l'énergie. Si on ne vise pas les millions de kilomètres inutiles (parce que remplaçables) parcourus chaque année par les automobilistes québécois, on passe à côté.

    Par ailleurs, miser sur les gestes individuels pour changer les choses, c'est aussi faire fausse route. Ça ne sert qu'à permettre à quelques uns de se donner bonne conscience, mais quand on fait le bilan des résultats, on s'aperçoit que les faux efforts et les fausses bonnes mesures ont été plus nuisibles qu'utiles.

  • Jacques Beaudry - Inscrit 6 février 2015 09 h 08

    ben voyons donc...

    Le mesieu est offensé par les prix trop bas d'Hydro-quebec. Sait-il combien le gouvernement touche en redevance pécuniaire sonnante chaque année de cette entreprise qui nous appartient nous québecois. Des milliards si on croit ce que rapporte les médias. " Le sage dit ce qu'il sait mais l'idiot ne sait pas ce qu'il dit."

    • Damien Tremblay - Inscrit 6 février 2015 13 h 18

      Quand un économiste se montre offensé par tel aspect de l’économie, demandons-nous qui le paie. Et si jamais nous arrivons à le savoir, nous comprendrons pourquoi notre mercenaire débite un tas d’âneries truquées pour aider celui ou ceux qui le paient, à frapper le centre de la cible.

      Dans ce cas des tarifs d’électricité, il est plausible d’émettre l’hypothèse que notre économiste est le porteur de ballon, le messager de ceux qui vont décréter des augmentations de tarif d’électricité : Hydro-Québec et le gouvernement Couillard.

      Cela n’a rien d’une conspiration, mais est tout simplement un modus operandi courant dans le monde politique. Le bon peuple est la poire que l’on écrase…