Le pétrole et le secteur de la fabrication font reculer le PIB

Les observateurs prudents diront qu’il faut prendre avec un grain de sel le portrait économique d’un seul mois, mais le repli de l’économie qui a eu lieu au mois de novembre a été suffisamment évocateur vendredi pour que le dollar canadien touche un creux de six ans.

Ce recul de 0,2 % du produit intérieur brut, qui survient sur fond d’inquiétude concernant l’impact des cours du pétrole sur certains secteurs de l’économie canadienne, pourrait inciter la Banque du Canada à annoncer une nouvelle baisse du taux directeur le 5 mars, selon des spécialistes.

Après la diffusion des données de Statistique Canada, le dollar canadien a immédiatement perdu plusieurs dixièmes de cent pour sombrer aussi bas que 78,22 ¢US. Il a terminé la journée à 78,67 ¢.

« Ce n’est qu’un mois et ça survient après deux mois relativement forts, mais c’est préoccupant parce qu’une bonne partie du repli vient de la fabrication. Or on prédisait justement que le secteur manufacturier et les exportations allaient prendre du mieux en 2015 »,a dit Mike Moffatt, professeur adjoint au Département d’économie et de politique publique de l’Université Western.

Selon M. Moffatt, la baisse du cours du dollar signifie que les marchés prévoient déjà une nouvelle réduction du taux directeur de la Banque du Canada au mois de mars. Il serait « étonné » que la banque centrale ne bouge pas.

« Les données décevantes du mois de novembre vont réduire la croissance prévue du quatrième trimestre, laquelle devrait se situer autour de 2 %, soit un demi-point de moins que la prévision de la Banque du Canada »,a écrit de son côté Krishen Rangasamy, économiste à la Financière Banque Nationale.

« Compte tenu de la récente révision à la hausse du taux de chômage [pour le mois de décembre], cela donne à la Banque du Canada des arguments pour réduire une fois de plus son taux directeur », a ajouté M. Rangasamy.

Impact hypothécaire

Préoccupée par un ralentissement de l’économie canadienne, conséquence de la chute brutale des cours du pétrole, la Banque du Canada a pris les devants le 21 janvier et annoncé une baisse-surprise de son taux directeur. Celui-ci, dont le mouvement influence notamment les prêts hypothécaires à taux variable, qui représentent le quart du marché, se situe maintenant à 0,75 %.

Si le cours du pétrole en baisse affecte les régions productrices, comme l’Alberta, la Saskatchewan et Terre-Neuve, il est prévu que la baisse du dollar favorise les régions manufacturières et exportatrices, comme l’Ontario et le Québec. Les consommateurs d’essence, à la fois les entreprises et les particuliers, bénéficient quant à eux d’une diminution des prix à la pompe, ce qui équivaut en quelque sorte à une baisse d’impôt.

Statistique Canada a indiqué que le recul mensuel de 0,2 % était principalement attribuable à « des baisses enregistrées dans la fabrication ainsi que dans l’extraction minière et l’extraction de pétrole et de gaz ».

Le mois d’août s’est soldé par une baisse de 0,1 % alors que les mois de septembre et d’octobre ont montré une croissance mensuelle respective de 0,4 % et de 0,3 %. Un recul de 0,2 % ou plus est survenu seulement trois fois depuis les trois dernières années.

Par ailleurs, le contexte économique difficile à l’échelle pancanadienne, qui pourrait compliquer la tâche au gouvernement fédéral, a incité la banque Barclays à réduire ses perspectives sur les titres de certaines institutions financières. Barclays recommande aux investisseurs de sous-pondérer les actions de la Banque de Montréal, de la Banque Royale, de la Banque TD et de la Banque Laurentienne. Sa recommandation était « neutre ».