Thierry Vandal quitte Hydro-Québec

Thierry Vandal en mai dernier
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Thierry Vandal en mai dernier

Après une carrière de 18 ans chez Hydro-Québec, dont 10 en tant que président-directeur général, Thierry Vandal démissionne. Le mystère plane toujours sur les motivations de l’homme de 53 ans, qui laisse un héritage mitigé.

Dans un communiqué diffusé vendredi, la société d’État n’a pas précisé les raisons du départ de M. Vandal, qui a oeuvré à titre de vice-président, planification stratégique et développement des affaires, chez Hydro-Québec à partir de 1996, avant de présider Hydro-Québec Production en 2001 et d’être nommé p.-d.g. par le gouvernement libéral de Jean Charest en 2005.

Selon nos informations, M. Vandal renonce à son poste de plein gré, pour passer à autre chose. Impossible de savoir pour l’instant ce qui l’attend, mais la politique active ne serait pas dans ses plans.

Il quittera officiellement ses fonctions le 1er mai. Les modalités concernant son remplacement seront déterminées au cours des prochaines semaines.

Sur Twitter, le principal intéressé a indiqué qu’il quittera ses fonctions « avec un grand sentiment de fierté ». « Hydro-Québec saura relever les plus grands défis à venir avec rigueur, professionnalisme et audace », a-t-il ajouté.

Le premier ministre Philippe Couillard a salué vendredi le départ d’un « gestionnaire public de haut calibre ». « L’ouverture vers les marchés ontariens et américains et la mise en place de projets ambitieux comme celui du complexe hydroélectrique de La Romaine sont le fruit du travail du gestionnaire rigoureux qu’est Thierry Vandal », a pour sa part souligné le ministre des Ressources naturelles, Pierre Arcand.

Le contrat du p.-d.g., renouvelé en 2012, était valide jusqu’en 2017. Dans le décret prolongeant son mandat, son salaire de base avait été établi à 452 076 $, un montant pouvant être indexé annuellement. M. Vandal touchera une indemnité de départ qui ne pourra excéder son salaire de base et une prime annuelle au prorata du nombre de mois travaillés.

La démission de M. Vandal survient peu de temps après la nomination du nouveau président du conseil d’administration d’Hydro-Québec, Michael D. Penner. Celui-ci a succédé à Pierre Karl Péladeau.

« Je ne vois pas d’événements ou de liens de cause à effet qui auraient pu pousser M. Vandal à quitter l’organisation », a affirmé le directeur général de l’Institut sur la gouvernance d’organisations privées et publiques, Michel Nadeau, au sujet de ce doublé.

Influence politique

Le passage de Thierry Vandal à la tête d’Hydro-Québec aura été marqué par une série de projets et de décisions controversées. En plus du projet de La Romaine, sur la Côte-Nord, la société d’État a notamment fait parler d’elle en raison des projets de minicentrales hydroélectriques, de la fermeture de la centrale nucléaire Gentilly-2, à Bécancour, ou encore du développement de la filière éolienne, qui a largement influencé la dernière hausse des tarifs d’électricité réclamée à la Régie de l’énergie.

« M. Vandal avait plusieurs qualités qu’il faut bien lui reconnaître, sur les plans de la crédibilité et de la qualité intellectuelle. Mais en dépit de ces qualités, il n’a jamais été en mesure de freiner l’érosion du lien de confiance de la population envers Hydro-Québec, qui est le résultat d’une orientation dictée politiquement », fait remarquer l’analyste indépendant du secteur de l’énergie, Jean-François Blain.

À son avis, ce lien de confiance ne pourra être rétabli que si l’indépendance d’Hydro-Québec par rapport au pouvoir politique et l’autorité réglementaire de la Régie de l’énergie sont augmentées.

« C’est un test pour le gouvernement, a renchéri M. Nadeau. Le prochain p.-d.g. devrait être une personne choisie par le conseil d’administration. On peut consulter le gouvernement sur le candidat qu’on entend désigner, mais il faut que l’initiative vienne du C.A. »

Le porte-parole de la Coalition avenir Québec en matière de ressources naturelles, Gérard Deltell, a repris la balle au bond en réclamant pour sa part que le successeur de M. Vandal soit choisi sans partisanerie. Sa nomination devrait être approuvée par les deux tiers des députés de l’Assemblée nationale, plaide-t-il.