Que nous reste-t-il?

Un an après avoir dénoncé l’étourdissante concentration de richesse dans les mains d’une infime minorité, l’organisme Oxfam revient à la charge. Non seulement sa directrice coprésidera le Forum de Davos cette semaine, mais, au rythme actuel, signale-t-il, la part du patrimoine mondial détenue par les 1 % les plus riches franchira l’an prochain le cap des 50 %.

À quelques heures du Forum économique mondial, organisé dans une station de ski en Suisse, Oxfam souhaite que la lutte contre les inégalités soit inscrite dès maintenant dans les grandes priorités des 15 prochaines années.

« Au cours des 12 derniers mois, les dirigeants du monde ont, à l’instar du président Obama et de Christine Lagarde, de plus en plus évoqué le besoin de réduire les inégalités extrêmes », a écrit la directrice générale d’Oxfam, Winnie Byanyima. « Mais pour beaucoup, nous attendons encore qu’ils joignent le geste à la parole. Il est temps que nos dirigeants s’attaquent aux intérêts particuliers des poids lourds qui font obstacle à un monde plus juste et plus prospère. »

Oxfam, dont le document s’intitule Insatiable richesse : toujours plus pour ceux qui ont déjà tout, les 80 milliardaires les plus riches ont vu leur fortune passer de 1300 milliards à 1900 milliards entre 2010 et 2014. À l’opposé, celle des 50 % les moins riches est passée de plus de 2500 milliards à environ 1900 milliards sur la même période.

Le Forum économique mondial avait lui-même reconnu à l’approche du sommet de janvier 2014 que les inégalités de revenus constituent « le risque le plus susceptible d’avoir un impact à l’échelle mondiale au cours de la prochaine décennie ». Il mentionnait aussi les cyberattaques et les changements climatiques. Le risque le plus dommageable, cependant, était celui d’une crise financière.

Même un rapport du Fonds monétaire international a admis l’an dernier qu’une redistribution de la richesse n’entrave pas la croissance économique. « Ce serait une erreur de mettre l’accent sur la croissance et de laisser les inégalités se résoudre d’elles-mêmes, ne serait-ce que parce que la croissance qui en résulterait pourrait être faible et intenable », avait-il écrit.

La finance très présente

Le secteur de la finance est celui qui concentre le plus grand nombre de milliardaires, soit 326, selon Oxfam. Viennent ensuite l’immobilier (160), le commerce de détail (155), la technologie (131) et l’extraction (118). Le secteur du luxe, en guise de comparaison, n’en compte que 29.

Le classement du magazine Forces place Bill Gates en tête de liste, avec une fortune personnelle de 80,4 milliards de dollars américains. Le groupe des dix premiers comprend aussi l’investisseur Warren Buffett (73 milliards), l’homme d’affaires mexicain Carlos Slim (72,9), le fondateur des magasins Zara, Amancio Ortega (60), et l’ancien patron d’Oracle, Larry Ellison (54).

Oxfam reproche aux entreprises de certains secteurs, comme la finance et l’industrie pharmaceutique, de dépenser des millions afin d’influencer le pouvoir et de s’assurer que l’encadrement réglementaire demeure minimal. « En 2013, le secteur de la finance a dépensé plus de 400 millions de dollars dans des activités de lobbying aux États-Unis, soit 12 % du montant total consacré aux activités de lobbying dans le pays cette même année, tous secteurs confondus », a écrit l’organisme.

Dans un texte publié dans le blogue du Forum, Mme Byanyima a affirmé que deux priorités sont capitales cette année : les inégalités et la lutte contre les changements climatiques. Elle mentionne que les perturbations de plus en plus fréquentes menacent les récoltes et privent les plus pauvres, pour qui l’agriculture est le seul gagne-pain possible et la seule façon de se nourrir.

Parmi les suggestions de l’organisme figurent un impôt visant davantage la richesse que le travail ou la consommation et un effort accru pour combattre l’évasion fiscale.

4 commentaires
  • François Beaulé - Abonné 20 janvier 2015 05 h 19

    D'autres chiffres encore plus révélateurs

    « Au final, 80 % de la population mondiale doit se contenter de seulement 5,5 % des richesses », estime le rapport publié par Oxfam.

    On insiste beaucoup sur la richesse possédée par les 1% les plus riches, soit 48% de la richesse mondiale. De manière à déculpabiliser la majorité des citoyens des pays globalement riches.

    On devrait aussi exprimer l'ampleur des inégalités en publiant que les 20% les plus riches possèdent 94,5% de la richesse mondiale. Et donc que 80% de la population mondiale essaie de survivre avec les 5% qui restent.

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 20 janvier 2015 07 h 47

    Défense

    Hier, j'ai entendu la défense d'un «lologue» à RDI économie qui disait que les chiffres avancés par Oxfam ne calculaient pas les cabanes de tôle en Afrique et devenaient donc inexacts. Le prochain exercice devrait donc comprendre la valeur de ces bicoques (qui n’ont aucune valeur marchande) afin de replacer les pourcentages au bon endroit et à la bonne date. Nous pourrons après cette nouvelle étude constater que ce n’est pas exactement aujourd’hui 50%, mais légèrement moins. Le 50% sera donc rejoint un peu plus tard; un an, deux ans maximum. Toute une différence, trouvez pas ?

    La solution apportée par ce génie : Augmenter le pouvoir d’achat à ces miséreux. Les rendre un peu plus semblable à ce que nous vivons ici. Et que vivons-nous ? Trouver la bonne définition est importante à ce moment de la réflexion.

    Ce qui est exposé dans le rapport d’Oxfam est : Que la population active croule sous les dettes, porte sur ses épaules la grande majorité des frais de la civilisation pendant que 80 personnes accumulent la moitié (ou presque) de la fortune mondiale sans (et ceci est le nœud du problème) retour d’investissement.

    Et leur solution est de mettre le reste du monde dans la même situation. Croyez-vous qu’augmenter le nombre de personnes qui «payent» à leur place créera un rééquilibre de la situation ? Ou… n’augmentera-t’il pas leur proportion du magot total ? Moi, j’ai déjà ma réponse. Ce qu'ils demandent ces 80, c'est qu'il y ait plus de monde qui payent à leur place. Édifiant !

    La justice sociale n'est certainement pas leur tasse de thé. Mais, ils créent de l'emploi me direz-vous... Les «maitres d'esclaves» aussi, n'est-ce pas. Plus ça change... Oui, ça a changé; aujourd'hui, les esclaves doivent se débrouiller par eux-mêmes. Moins de troubles pour les maitres.

    Question : À qui profitent les conflits ?

    Il y a une autre religion qui ronge le monde et elle se nomme : «Plus». Et elle apportera la déchéance.

    PL

  • RONALD LESAGE - Inscrit 20 janvier 2015 09 h 58

    Le jeu du Monopoly ...

    Quand tu crées le libre échange , tu permets aux multinationales de présuriser ses employés à accepter un salaire et conditions de travail moindre afin de pouvoir maintenir tes coûts d'opération au plus bas et les bonis de rendement pour le pdg et les cadres au plus haut ; sinon tu menaces de déménager ta production à l'extérieur du pays . Comment deux pays peuvent lors de libre échange , bénéficier l'un de l'autre . Le fait d'être en libre échange n'augmente pas l'argent disponible dans les deux pays , mais favorise le déménagement de la production vers le pays où les salaires et conditions de travail sont les moins coûteux . Si on permet à un joueur de Monopoly de pouvoir jouer sur plusieurs table à la fois , il aura tout l'avantage pour glisser des fonds d'une table à l'autre afin de contrôler le jeu .

  • Leclerc Éric - Inscrit 20 janvier 2015 16 h 06

    Derrière les apparences

    Votre voisin en plus d'être sous-ministre adjoint dans un quelconque ministère du gouvernement, a peut-être une luxueuse résidence de plus de 400,000 $, une mercedez ou tout autre véhicule de luxe, un bateau, un vtt, une résidence secondaire en Floride, un chalet dans les Laurentides, et se paie chaque année une semaine de repos dans les Barbades; mais n'oubliez-pas une chose : sa carte de crédit est fort probablement «surchauffée» et dans le contexte de l'austérité budgétaire de Philippe Couillard, votre cher voisin n'est peut-être pas aussi en situation de sécurité d'emploi qu'il ne le croit...

    Les affiches "À VENDRE" ne sont pas toutes devant les maisons qui le sont.