Même l’agence de notation DBRS applaudit

Le patron de la Caisse de dépôt et placement, Michael Sabia, et le premier ministre, Philippe Couillard, lors de la conférence de presse portant sur le nouveau rôle confié au gestionnaire.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Le patron de la Caisse de dépôt et placement, Michael Sabia, et le premier ministre, Philippe Couillard, lors de la conférence de presse portant sur le nouveau rôle confié au gestionnaire.

La participation de la Caisse de dépôt et placement dans le développement futur des infrastructures québécoises, résultat d’un souhait que l’établissement ne se cachait pas pour exprimer, est vue par le milieu des affaires comme un vecteur potentiel de relance économique.

Alors que la Fédération des chambres de commerce du Québec, la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, les Manufacturiers et exportateurs du Québec (MEQ) et l’agence de notation DBRS ont salué l’annonce, les partis d’opposition ont cependant ranimé le débat concernant l’indépendance de la Caisse par rapport au gouvernement.

« Les projets d’investissement qui seront sous la responsabilité de l’institution financière permettront d’encourager l’activité économique au Québec, dans le secteur de la construction en particulier, mais également pour tous les fournisseurs du secteur manufacturier », ont estimé les MEQ.

« La qualité de nos infrastructures est une source première de productivité et de compétitivité. MEQ invite donc le gouvernement du Québec et la Caisse, dans la foulée de cette annonce, à accélérer également les projets relatifs au transport de marchandises », a ajouté le représentant du milieu de la fabrication.

La Caisse, dont l’actif net était d’environ 215 milliards au 30 juin 2014, gère l’argent de plusieurs déposants, comme la Régie des rentes du Québec, l’épargne des employés du secteur public, la CSST, la SAAQ et le secteur de la construction.

Le créneau Infrastructures atteignait 8 milliards au 31 décembre 2013, conséquence d’une construction de portefeuille à laquelle s’est appliquée la Caisse depuis 2010. Parmi ses investissements des 15 dernières années ont figuré des participations dans Gaz Métro, dans l’autoroute à péage 407, au nord de Toronto, dans les aéroports britanniques de BAA et, plus récemment, d’un morceau de 25 % du parc éolien en mer London Array, le plus important au monde.

Efficacité et rendements

Le double argument présenté repose sur une « réalisation performante et efficace » des projets et de rendements pour la Caisse. La présence de celle-ci fera en sorte que les projets seront tenus à l’écart du bilan financier du gouvernement. La cote de crédit AAA dont bénéficie la Caisse auprès des agences de notation, d’ailleurs, lui permet d’emprunter à plus faible coût que Québec dans le marché obligataire.

« L’entente s’inscrit dans la stratégie de la Caisse de faire croître ses placements privés, notamment en infrastructures, dans un contexte de faibles taux d’intérêt », a écrit l’agence de notation DBRS dans une analyse transmise au Devoir. Elle ne voit aucune menace à l’autonomie de la Caisse. « De plus, cela permet à la Caisse de maximiser sa vision du marché québécois et de répondre aux besoins en infrastructures au Québec. »

Les deux premiers projets évoqués sont ceux d’un lien de transport en commun entre le centre-ville, l’aéroport Montréal-Trudeau et l’ouest de l’île, et la construction d’un nouveau pont Champlain. L’échéancier serait de cinq ans et le financement est estimé à 5 milliards. Québec et la Caisse auront chacun un rôle à jouer dans la planification, mais la réalisation, le financement et l’exploitation appartiendront à la Caisse.

L’annonce, qui doit maintenant passer par un vote à l’Assemblée nationale pour modifier le plafond de 30 % qui limite les investissements de la Caisse dans les projets, pourrait bénéficier à plusieurs firmes québécoises, selon un analyste de Valeurs mobilières Desjardins.

« Si les projets proposés vont de l’avant, nous croyons que les bénéficiaires initiaux pourraient être des entreprises comme WSP (ex-Genivar) et Stantec (ex-Dessau) »,a écrit l’analyste Benoit Poirier dans une note aux clients de Desjardins. Il a également mentionné le Groupe Aecon et SNC-Lavalin, qui a participé aux systèmes légers sur rail à Vancouver et à Ottawa, et le spécialiste ferroviaire Bombardier.

Le président de la Caisse, Michael Sabia, a déjà parlé très ouvertement du rôle que la Caisse proposait de jouer dans le secteur des infrastructures. En juin 2012, lors d’une allocution au Cercle canadien, il a clairement décrit ce souhait.

« La Caisse est très intéressée au projet du nouveau pont Champlain. Notre idée est simple. Nous pourrions en financer la construction. Et en transitant par le pont, par le péage, des centaines de milliers de personnes contribueraient à faire fructifier leurs régimes de retraite. Chaque jour. Ce qui serait bénéfique pour les rendements de nos déposants. Et pour l’économie québécoise », avait dit M. Sabia.

Cette entente est de nature commerciale. Elle respecte l’indépendance de la Caisse et vise
les principaux objectifs suivants :
— Une réalisation performante et efficace de projets majeurs d’infrastructure publique,
étant entendu que le Gouvernement devra fournir les moyens et outils nécessaires
afin que la Caisse puisse réaliser ces projets.
— Procurer à la Caisse des rendements commerciaux pour ses déposants.

22 commentaires
  • Carole Dionne - Inscrite 14 janvier 2015 01 h 36

    Aie

    C'est mon fond de pension. Dans unpremier temps, comme tous les québécois, je suis affectée par l,augmentation de tarif de toutes sortes. Coiteux trouve que ce n,est pas assez. Il offre 0% d'augenmentation car il dit que les employés doivent contribuer au redressement des finances publiques. Déjà, que l'on affecté par les tarifs. Mais le Bouquet, il va prendre notre fond de pesnion pour réaliser ses promesses. Donc le fonctionnaire aura contribué à 3 niveaux au redressement de l'état. Qui dit mieux?

    • Robert Beauchamp - Abonné 14 janvier 2015 14 h 05

      Main basse sur le bas de laine des Québécois. La honte! Comme Martin avec la caisse de l'assurance-emploi. Ils modifient les lois qui leur permettent légalement d'agir en prédateurs.
      «Plusieurs d'entre eux profitent de fonds de pension du second emploi au gouvernement, ou dans les mairies (Bourque, Tremblay, Coderre...) ou à la tête de commission (Robitaille...), et de généreux bonis pour les amis nommés à la tête d'organismes d'état.....
      Et les chambres de commerce qui applaudissent; autant dire les anti-chambres du parti libéral. Souvenons-nous également que c'est toujours dans les infrastructures que l'on retrouve le canal financier entre les promoteurs et la caisse du parti. La Commission Charbonneau en a fait l'étalement ad nauseam. Pourquoi ce gouvernement libéral et son ami Michael Sabia sont aussi frileux à investir davantage directement dans l'économie québécoises, c.a.d. les PME, là où les emplois sont de longue durée? La réponse est dans la question. Le PLQ fait de lingérence honteuse, ne pourrait-on pas reconnaître ici une activité de collusion entre le gouvernement du PLQ et la CDP? C'est insensé.

  • François Ricard - Inscrit 14 janvier 2015 04 h 42

    De la main gauche à la main droite

    La Caisse perd le peu d'indépendance qu'elle avait.
    Si le gouvernement lui commande de financer un projet donné, quelle qu'en soit la rentabilité, la Caisse devra s'exécuter.
    Le grand patron de la Caisse, comme les ministres, est nommé et dégommé par le gouvernement. Celui qui osera dire non à une demande se verra remplacer assez rapidement par une personne plus complaisante.

  • François Ricard - Inscrit 14 janvier 2015 04 h 48

    On nous demande d'avaler une couleuvre

    Le pont Champlain coûte beaucoup plus cher qu'un simple pont parce qu'il enjambe la voie maritime, voie maritime qui assure la prospérité de l'Ontario.
    Et on va exiger des Québécois, en plus de leur quote-part par l'impôt, un péage injuste.
    Et complices de cette injustice, Couillard et Sabia vont se servir de notre bas de laine pour le financer.
    Aloluette, gentille alouette....

    • Carol Létourneau - Abonné 14 janvier 2015 10 h 18

      Et en plus, la CDPQ s'embarque dans une affaire mal engagée. On se prépare à construire un pont à la va vite, qui risque de ne pas durer longtemps, exactement comme le pont qu'on doit remplacer maintenant.

  • Dominique Duhamel - Inscrite 14 janvier 2015 06 h 45

    Voleurs!

    C'est un détournement d'argent!

    Moi, je n'applaudis pas.

  • Jean Claude Pomerleau - Inscrit 14 janvier 2015 07 h 54

    Si DBRS le dit ... ca doit être vrai

    Ce projet suppose la modification de la loi sur la Caisse. La dernière fois que les libéraux ont tripoté cette loi (Loi 78-2004) ils ont transformé ce fond de pension en fond spéculatif (J Parizeau). D'où la surexposition au risques des produits dérivés, dont le fameux papier commercial (non-bancaire) estampiller AAA... par DBRS.

    DBRS fut la seule agence de notation à avoir accepté d'accorder une note AAA au papier commercial, les autres ayant refusé (Moody, SP). Sans cette note, la Caisse n'aurait pas accumlé de ce produit et aurait évité une radiation d'actif de 6 milliards pour ce produit toxique (2008-09)

    Rappelons que sur les 40 milliards de pertes de la Caisse en 2008 (-25%), 30 sont dues à la crise (portefeuille de référence : -18%) et 10 à la surexposition au produits dérivés (-6.5 %). En 2009 la Caisse va encore contreperformer de -4 % par rapport au protefeuille de référence, soit 5 milliards de pertes accrues.

    Conclusion, le changement de la loi en 2004 a entrainer des pertes de 15 milliards en 2008-09 comparé au portefeuille de référence.

    Investir au Québec oui, mais pas sous la gouverne des libéraux, le parti de l'économie selon les analystes.

    • lise pelletier - Inscrit 14 janvier 2015 12 h 33

      Merci M. Pomerleau de détailler en quoi l'agence DBRS est très loin d'être une référence crédible.