Le pétrole coule les Bourses

Photo: Karen Bleier Agence France-Presse

Le pétrole a continué sa dégringolade et a entraîné les marchés dans sa chute lundi.

Le recul du prix de l’or noir, entamé depuis six mois, a franchi un nouveau cap en passant, pour la première fois en presque six ans, sous la barre des 50 $US le baril à New York. Les cours du light sweet crude (WTI) pour livraison en février sont descendus jusqu’à 49,95 dollars, soit un niveau qu’il n’avait pas atteint depuis le 1er mai 2009, avant de remonter un peu en fin de journée à 50,04 dollars, soit une baisse de 2,65 cents par rapport à vendredi soir.

Toujours un peu plus cher, le baril de Brent de la mer du Nord pour la même échéance a chuté encore plus lourdement à Londres, avec une baisse de 3,31 dollars, à 53,11 dollars, sur l’Intercontinental Exchange (ICE).

« Maintenant que le marché est de retour après la période des Fêtes, les investisseurs assimilent plusieurs éléments », après des échanges très réduits pendant deux semaines, souligne Bart Melek, de Commodity Strategy TD Services.

Contagion

Frappé depuis des mois par l’effet conjugué de la surabondance d’offre, des doutes sur la demande mondiale et de la force du dollar, le prix du pétrole a durement pesé sur le moral des principales places financières, ainsi qu’à Toronto. La Bourse y a plongé de 2,5 %, plombée par un large désinvestissement dans les titres du secteur de l’énergie.

Mais les dommages se sont propagés à d’autres groupes d’actions, les opérateurs s’interrogeant sur les conséquences plus larges de l’écroulement du prix du pétrole. L’indice composé S P/TSX a culbuté de 360,95 points pour clôturer à 14 392,7 points, plombé notamment par une glissade de 6,5 % du secteur de l’énergie. Presque tous les secteurs du TSX ont cédé du terrain au début de la première semaine complète d’activités en 2015.

Le dollar canadien, pour sa part, s’est apprécié de 0,09 ¢US, à 85,11 ¢US.

Les problèmes du secteur de l’énergie ont aussi eu un impact sur les principaux marchés boursiers new-yorkais, qui amorcent une semaine parsemée de données économiques importantes. Celle-ci culminera vendredi, avec la publication des chiffres sur le marché de l’emploi du mois de décembre. L’indice élargi S&P 500 a ainsi perdu 37,62 points, à 2020,58 points.

« On peut voir la chute des prix du pétrole comme un élément positif pour l’économie à long terme, mais là on est sur des mouvements très rapides », d’une forte amplitude, et « une telle accélération de la baisse du brut est un signe d’angoisse pour les marchés », a commenté Gregori Volokhine, de Meeschaert New York.

La volatilité des échanges, mesurée par l’indice VIX, dit « indice de la peur », s’est envolée de presque 18 %, avant de terminer en hausse d’environ 14 %.

« Dans le passé, on a vu que de telles chutes du pétrole tendent au final à faire baisser le marché des actions, même s’il n’y a pas de corrélation directe entre ces deux marchés » et qu’un brut moins cher peut soutenir la consommation, a noté Art Hogan, de Wunderlich Securities.

Un plancher à 40 $?

Le principal facteur de baisse des cours du pétrole reste la production surabondante dans le monde. Outre l’essor de l’offre américaine, elle était « à son plus haut niveau depuis plusieurs décennies en Russie et en Irak » en décembre, note Phil Flynn de Price Futures Group.

C’est notamment après la décision en novembre de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) de maintenir inchangé son niveau de production, à 30 millions de barils par jour, que la chute des prix s’est accentuée, même si elle avait commencé en juin dernier, après un pic à 106 dollars le baril.

Dans ce contexte, le ministère du Pétrole de l’Irak, l’un des principaux membres de l’OPEP, a annoncé lundi que les exportations de pétrole du pays avaient atteint en décembre leur plus haut niveau depuis 1980, même si la chute des cours du brut avait fait baisser ses recettes par rapport aux mois les plus récents.

« Non seulement le marché du pétrole doit composer avec une offre surabondante, mais il doit aussi subir une chute de l’euro, remarque Phil Flynn. Les inquiétudes sur une éventuelle sortie de la Grèce de la zone euro […] font tomber l’euro à son plus bas niveau » depuis mars 2006.

La baisse de la monnaie européenne renforce le dollar, ce qui rend le marché du pétrole moins intéressant pour les investisseurs, car les échanges y sont libellés en monnaie américaine.

Pour les experts, cette conjonction d’éléments permet difficilement de prévoir à quel niveau les prix du pétrole arrêteront leur chute, et beaucoup d’entre eux jugent que le marché est en quête d’un plancher.

Les opérateurs ont pour le moment une seule borne explicitement en tête, à savoir « la zone basse des 40 dollars le baril qui a été délimitée par l’OPEP il y a plusieurs semaines », juge Christopher Dembik, analyste chez Saxo Banque.

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