Entre optimisme et austérité

Le gouvernement Couillard a raté sa cible pour ce qui est de la création d’emplois en 2014. L’année qui commence devrait être plus heureuse.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le gouvernement Couillard a raté sa cible pour ce qui est de la création d’emplois en 2014. L’année qui commence devrait être plus heureuse.

La morosité a continué de planer au-dessus de l’économie québécoise en 2014, une année caractérisée entre autres par des compressions tous azimuts, un marché de l’emploi déprimé et une croissance économique n’ayant pas répondu aux attentes.

« L’effet libéral » promis en campagne électorale tarde à se matérialiser en ce qui a trait à l’emploi, puisque la création de postes devrait être quasi-nulle pour l’année, alors que dans son budget déposé en juin, le ministre des Finances, Carlos Leitão, en prévoyait l’ajout de 31 300.

De plus, dans sa mise à jour économique automnale, le grand argentier du Québec a entre autres abaissé sa prévision de croissance du produit intérieur brut (PIB) de 1,8 à 1,6 %.

« Il y a pourtant eu des signes évidents de reprise robuste aux États-Unis [croissance du PIB de 2,3 %], ce qui a généré une demande pour nos exportations, observe l’économiste en chef du Mouvement Desjardins, François Dupuis. De plus, la création d’emplois a été assez bonne dans le reste du Canada. »

D’après lui, la croissance de l’économie du Québec des 12 derniers mois devrait plutôt s’établir à 1,5 %. « La plupart des prévisionnistes ont tendance à aller vers ces niveaux-là », dit M. Dupuis.

Pour l’économiste en chef adjoint de la Banque Laurentienne, Sébastien Lavoie, 2014 aura été une année de « stagnation » en ce qui a trait au marché de l’emploi, qui a été « sous la norme » par rapport au reste du pays.

S’ils demeurent prudents, MM. Dupuis et Lavoie se montrent toutefois plus optimistes pour 2015, puisque le raffermissement des exportations, combiné à la chute des prix du brut et le recul du dollar canadien, devrait stimuler l’activité.

Après une progression de 3 %, les exportations québécoises devraient grimper de 5 % au cours de l’année, ce qui, selon M. Dupuis, aidera à générer entre 25 000 et 35 000 emplois.

« Les investissements devraient être de retour, affirme l’économiste en chef de Desjardins. Les entreprises devraient être en meilleure posture pour investir et créer de l’emploi. »

Cette fourchette correspond par ailleurs à celle du ministre des Finances, qui, dans sa mise à jour automnale, prévoit l’ajout de 31 800 postes au cours de 2015, ce qui représente toutefois un recul par rapport à 46 300 emplois dans son budget de juin.

L’objectif de 250 000 nouveaux emplois — une promesse électorale — semble de plus en plus ambitieux, au point où M. Leitão a tempéré cet engagement en le qualifiant de « cible » avant de se faire corriger par le premier ministre, Philippe Couillard.

Exportations et croissance en hausse

M. Lavoie table également sur une croissance des exportations, qui devrait cependant osciller autour de 4 %, ce qui représenterait quand même la plus forte augmentation au Québec depuis la crise financière de 2008.

« L’élan est quasi unique aux États-Unis où vont 70 % de nos exportations, dit-il. Ce vent du sud est tellement favorable. Le Québec en bénéficie avec des exportations qui ont augmenté [en 2014[ dans presque tous les sous-secteurs. »

Les deux économistes estiment également que le redressement amorcé par l’Ontario aura des effets positifs sur les exportations québécoises au cours des 12 prochains mois.

« C’est la carte cachée, affirme M. Lavoie. L’Ontario, c’est notre deuxième partenaire commercial. »

L’économiste en chef adjoint de la Banque Laurentienne prévoit une croissance québécoise du PIB de 1,9 % en 2015 — la même cible que le ministre des Finances —, une donnée qui lui semble réaliste.

« La dernière fois que l’économie du Québec a connu une croissance au-delà de 2 %, c’était en 2004, souligne M. Lavoie. La devise [canadienne] était plus faible, les États-Unis allaient très bien et les gouvernements étaient en situation d’équilibre budgétaire. »

Son collègue du Mouvement Desjardins s’est toutefois montré un peu moins enthousiaste sur la cible du ministre Leitão en planchant sur une croissance de 1,7 % en 2015 et de 1,5 % l’année suivante.

« Ça semble un peu élevé [la cible gouvernementale], dit M. Dupuis. Je pense qu’il faudrait une donnée légèrement supérieure à 1,5 %. Près de 2 %, c’est un peu optimiste. Il faudra évaluer l’effet des coupes par le gouvernement [Couillard]. »

Compressions : facteur déterminant ?

Sans se lancer dans l’analyse politique, les deux économistes — qui ne remettent pas en doute l’assainissement des finances publiques — s’entendent pour dire que l’ampleur des compressions décrétées par Québec pourrait fausser plusieurs prévisions.

« On retire quand même près de 4 milliards dans l’économie en 2015, rappelle M. Dupuis. Ça pourrait jouer sur la croissance. »

De plus, le fardeau fiscal des contribuables s’alourdira encore un peu plus en 2015-2016, puisque la mise à jour économique du ministre Leitão prévoit que Québec pigera 262 millions supplémentaires dans leurs poches.

« La réaction, c’est toujours une boîte à surprises, estime M. Lavoie. Une ponction peut amener les gens à être un peu moins confiants et cela pourrait se traduire par une stratégie d’attente qui pourrait influencer l’activité économique. »

L’économiste en chef adjoint de la Banque Laurentienne estime toutefois que la dégringolade du prix du baril de pétrole sous la barre des 60 $US procurera un peu de répit aux contribuables, puisqu’elle représente un « allégement » de l’ordre de 1 milliard.

Selon M. Lavoie, ce recul aidera à « contrebalancer » le nouvel effort demandé aux ménages par le gouvernement Couillard le 2 décembre dernier.

« Les sous dans le petit cochon des Québécois, il n’y en avait presque plus, rappelle-t-il. Les dépenses des ménages augmentent à un rythme plus grand que les revenus. »

Pour sa part, s’il continue de croire que l’économie devrait s’améliorer en 2015, l’économiste en chef du Mouvement Desjardins rappelle qu’il y a encore « beaucoup d’imprécisions » quant aux compressions imposées.

« Il faut évaluer [cet] effet sur le moral des entreprises et des particuliers, rappelle M. Dupuis. Ça va un peu dépendre de l’évolution du climat social. La confiance est assez faible en ce moment. Nous avons traversé une période un peu plus difficile. »


 
8 commentaires
  • Serge Lemay - Inscrit 3 janvier 2015 08 h 37

    L'optimisme et l'austérité

    L'optimisme est un sentiment grâce auquel on entrevoit les choses de manière positive tandis que l'austérité est une mesure draconienne du gouvernement faisant en sorte que les payeurs de taxes paient de plus en plus d'impôt pour de moins en moins de service. Selon les Libéraux, voilà ce que c'est que de faire plus avec moins. Mais demander en plus aux gens d'être optimistes et leur souhaiter de la propérité pour l'année 2015 comme l'ont fait Coiteux et Couillard, c'est ajouter l'insulte à l'injure.

    • Leo Leduc - Inscrit 4 janvier 2015 05 h 20

      D'accord avec vous.
      Si je peut me permettre... l'insulte a la blessure.
      Bonne année a tous

  • Georges Léonard - Inscrit 3 janvier 2015 08 h 47

    Optimiste?

    Je ne vois pas le côté optimiste.

  • Yves Côté - Abonné 3 janvier 2015 13 h 46

    L'optimisme est fondé...

    L'optimisme est fondé pour les plus nantis qui s'attendent à ce que la courbe de leurs revenus continue de croître de manière outrancière, ainsi que s'en est le cas depuis bien plus qu'une décennie.
    L'austérité est la mesure qui doit être vendue aux autres, eux du plus grand nombre, pour que cet optimisme ne soit pas vain.
    Merci de m'avoir lu.

  • Gaston Langlais - Inscrit 3 janvier 2015 17 h 23

    Tour de Babel: Toujours d'actualité.

    Bonjour et Bonne Année.

    Les gouvernements qu'ils soient Fédéral ou Provincial demeurent des Tours de Babel où les niveaux des revenus et des dépenses ne sont qu'approximatifs. J'ai écrit au Ministre des Finances du Québec pour tenter d'obtenir deux chiffres seulement: Le total des revenus et le total des dépenses du Gouvernement, pas autre chose. Bien sûr que ma communication fut transmise aux hauts fonctionnaires pour formuler une réponse. Je n'ai jamais pu obtenir ce que je désirais. On m'a plutôt dirigé vers le site internet du Ministère où j'ai essayé de dégager un calcul vraisemblable, après une quarantaine de manipulations. Dans mon désespoir, j'ai formulé à nouveau ma demande avec cette fois la venue d'une réponse deux fois plus compliquée que la première. Nous sommes tout simplement perdus dans une jungle financière gouvernementale où personne ne peut établir la direction à prendre pour s'en sortir. Je n'ai non plus obtenu de réponse à un autre questionnement: Où sont passés, où passeraient les 10 milliards de $ volés annuellement par le crime organisé à qui on aurait supposément retiré la clef du Trésor public. (Achats du Gouvernement évalués à 30 milliards de $ sur lesquels il faut calculer la fameuse surcharge de 30 à 35%).

    Gaston Langlais - Gaspé.

    • Leo Leduc - Inscrit 4 janvier 2015 05 h 18

      Ne vous attendez pas a des réponses.
      Voici quelque semaines j'ai envoyé un courriel au ministre de la santé lui suggérant de consulter le site THERANOS qui est une nouvelle technique pour prise de sang. Quelaue GOUTTES au bout du doigt et ils peuvent faire 1000 analyse differentes, avec résultat en 4 heures.
      Meme oa un accusé de réception.
      Depuis plusieurs années que je suggere l'utilisation de codes QR pour le systeme de santé, inutile, jamais de réponse.
      Des hopitaux en Suede n'ont plus de fiches pour le parients, ils ont une tablette lise le code QR et voila, dossier a jour.

  • Leclerc Éric - Inscrit 4 janvier 2015 11 h 13

    Voir la réalité imposée par les nouvelles tendances

    De plus en plus de consommateurs choisissent le magasinage en ligne (moins cher - à condition d'être vigilents -, plus rapide et qui propose plus de choix - en tenant compte cependant que le service après-vente est absent en cas de pépins).

    Ce nouveau type de magasinage est pratique pour les gens pressés par leur horaire de travail, ou «atteints» d'un besoin de consommation «sur le pouce», les jeunes et adultes détestent les files d'attente des boutiques, et les histoires à dormir debout de toutes sortes qu'ils doivent entendre aux caisses des grands magasins.

    Par ailleurs lorsque le prix du pétrole repartira à la hausse (et pour un bon bout de temps), le magasinage électronique deviendra LA solution aux déplacements inutiles et coûteux pour plusieurs années.

    Enfin, les compressions qu'imposera le gouvernement Couillard aura un effet mais dans quel ordre? Seule une hausse importante de la tvq (envisagée par Carlos Laiteo), forcerait les consommateurs à revoir certaines dépenses sur des biens de luxe. La réforme sur la fiscalité qui aura lieu quelque part en 2015, pourrait aussi avoir un effet à long terme sur l'économie, si elle donne plus de pouvoir d'achat aux riches, par des mesures concrètes sur leur déclaration de revenus.