Des portefeuilles bien garnis

Heureux qui comme le grand patron d’Onex, Gerald Schwartz, empoche les millions par dizaines pour diriger une entreprise.
Photo: Nathan Denette La presse canadienne Heureux qui comme le grand patron d’Onex, Gerald Schwartz, empoche les millions par dizaines pour diriger une entreprise.

La rémunération moyenne des chefs d’entreprises canadiens les mieux payés a augmenté deux fois plus entre 2008 et 2013 que celle du travailleur moyen, indique une nouvelle étude.

Les 100 p.-d.g. les mieux rémunérés du Canada ont empoché en moyenne 9,2 millions $ en 2013, soit environ 25 % de plus que ce qu’ils avaient gagné en 2008, d’après une analyse rendue publique jeudi par le Centre canadien de politiques alternatives. En comparaison, le revenu moyen des Canadiens a augmenté de 12 % de 2008 à 2013, pour se fixer à 47 358 $.

« C’est en quelque sorte une illustration très forte de l’accroissement des inégalités de revenus au Canada », a soutenu l’auteur de l’étude, Hugh Mackenzie, qui a analysé les données concernant les p.-d.g. de 240 entreprises canadiennes cotées à l’indice TSX. « Je ne crois pas que ça puisse durer : tôt ou tard, les préoccupations liées aux inégalités de revenus commenceront à compter politiquement, et quelque chose devra se produire. »

Il faut remonter à 2007, juste avant la récession, pour retrouver un tel sommet dans la rémunération des 100 chefs d’entreprise les mieux payés, avec une moyenne de 10 millions $, indique le rapport du Centre canadien de politiques alternatives.

Le bilan annuel du groupe de réflexion sur la rémunération des p.-d.g. arrive en plein débat sur les inégalités de revenus au Canada et la santé financière de la classe moyenne. Les politiciens fédéraux ont déjà commencé à affiner leur discours sur ces questions en prévision des élections générales prévues en octobre prochain.

Le calcul de la rémunération des p.-d.g. comprend le salaire, les primes, la cession d’actions et les options d’achat d’actions.

En vertu de ce calcul, le patron du fonds d’investissement Onex, Gerald Schwartz, est le p.-d.g. ayant empoché la plus grosse rémunération en 2013, soit 87,9 millions. Ce total comprend 61,4 millions en options d’achat d’actions, et une prime de 25,2 millions.

Le deuxième patron le mieux payé est Nadir Mohamed, de Rogers Communications, qui a gagné 26,8 millions, suivi de Michael Wilson, du producteur de fertilisants Agrium, avec 23,8 millions. Ces deux dirigeants ont pris leur retraite de leur entreprise en 2013, et ont alors reçu d’importants paiements uniques liés à leur départ.

M. Mackenzie admet que les rémunérations particulièrement élevées, comme celle versée à M. Schwartz, tirent la moyenne vers le haut, mais il souligne que le salaire total des 100 p.-d.g. les mieux payés était tout de même 30 % plus élevé en 2013 qu’en 2008.

Le dernier du palmarès est Thomas Simons, de Canadian Energy Services Technology, qui a reçu une rémunération de « seulement » 4,1 millions.

En comparaison, le magnat québécois des médias Pierre Karl Péladeau, actionnaire de contrôle de Québecor, se classe quant à lui 53e sur la liste, avec une rémunération de 7,43 millions en 2013. M. Péladeau arrive tout juste derrière les frères André et Paul Desmarais, codirigeants de Power Corporation, qui se classent aux 50e et 51e rangs en ayant empoché respectivement 7,73 et 7,67 millions en 2013.

En remontant encore plus loin, l’étude a découvert que la rémunération moyenne des 100 patrons les mieux payés en 1998 était 105 fois plus élevée que le revenu moyen des Canadiens. Or, en 2013, les p.-d.g. ont gagné 195 fois plus que le Canadien moyen.

Le rapport montre par ailleurs que le fossé est encore plus grand pour les femmes : les patronnes qui font partie du « top 100 » ont gagné 237 fois plus que la moyenne des femmes canadiennes en 2013.

« Puisque les enjeux et les responsabilités de ces chefs d’entreprises n’ont pas tellement changé, on doit regarder d’un peu plus près pourquoi ces décideurs reçoivent une rémunération beaucoup plus élevée aujourd’hui qu’il y a 15, 20 ou 25 ans », estime M. Mackenzie.

De plus, la tendance à rémunérer les p.-d.g. avec un grand nombre d’actions pourrait pousser les chefs d’entreprises à se concentrer davantage sur les bénéfices à court terme plutôt que sur la santé à long terme de leur entreprise, ajoute l’auteur de l’étude.

Son rapport recommande de modifier le régime fiscal pour s’occuper de ce qu’il appelle « le problème de la paie incontrôlée des p.-d.g. ». Il pense que le gouvernement devrait limiter le montant du salaire d’un dirigeant qu’une entreprise peut déduire de ses impôts.

L’étude formule plusieurs autres suggestions, notamment d’introduire un système fiscal comprenant plus de taux marginaux d’imposition, et de cesser de considérer les options d’achat d’actions comme des gains en capital, afin qu’elles ne soient plus imposées à un taux 50 % moins élevé que le salaire régulier.

Malgré toute l’attention portée à l’inégalité de revenus au Canada, des données rendues publiques récemment laissent croire que la disparité s’est réduite après la récession de 2008-2009 entre les Canadiens les mieux payés et les autres faisant partie du « 99 % ».

Un rapport publié en novembre par Statistique Canada montre que la rémunération totale des Canadiens qui gagnent le plus d’argent — le fameux « 1 % » de la population — ne représentait plus que 10,3 % de l’ensemble de la rémunération versée au pays en 2012. Cette baisse a été constatée après un sommet de 12,1 % six ans plus tôt.

Selon l’agence fédérale, cette période de six ans est la première période « prolongée » depuis 30 ans qui a connu une stabilisation ou une hausse de la rémunération des Canadiens les moins bien payés.

Pour faire partie du « 1 % », Statistique Canada estime qu’un individu devait gagner au moins 215 700 $ en 2012 — une rémunération atteinte par 261 365 personnes qui ont produit une déclaration de revenus au Canada cette année-là.

1 commentaire
  • Leclerc Éric - Inscrit 4 janvier 2015 20 h 23

    Leurs employés sont-ils bien traités?

    S'il est normal pour ces patrons de se donner des salaires aussi élevés, ont-ils un minimum de reconnaissance envers leur personnel?

    Bien d'accord pour dire que les patrons ne travaillent pas seulement 40 heures/semaine, et qu'ils doivent tenir compte des exigences de la mondialisation, de la productivité de leur pme pour demeurer compétitifs, sans parler de la qualité des produits qu'ils produisent - leurs actions en bourse en dépend aussi -, mais quand est-il du traitement réservé aux employés de ces entreprises?

    En éloignant la carotte du bâton pour exiger toujours plus de ceux-ci, pas étonnant que les PAE soient débordés, et qu'une fois en traitement pour épuisement professionnel, les professionnels du programme exigent qu'ils retournent au travail le plus vite possible! Pas étonnant que certaines pme aient un très haut taux de roulement d'employés.