La ministre Dominique Vien défend son leadership

La ministre affirme que les acteurs du milieu sont derrière elle, mais refuse de préciser comment elle entend réformer l'industrie du tourisme.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir La ministre affirme que les acteurs du milieu sont derrière elle, mais refuse de préciser comment elle entend réformer l'industrie du tourisme.

La ministre du Tourisme, Dominique Vien, balaie du revers de la main les critiques formulées à son endroit par plusieurs intervenants de l’industrie touristique québécoise. En entrevue au Devoir, elle affirme au contraire que les acteurs du milieu sont derrière elle, mais refuse de préciser comment elle entend réformer l'industrie du tourisme.

« Je peux vous dire que je ne manque pas de leadership, bien au contraire. Dès le moment de mon arrivée, j’ai rencontré des gens, j’ai fait un certain nombre d’observations, j’ai écouté ce que les gens avaient à me dire », explique Mme Vien. À son avis, les acteurs de l’industrie touristique sont satisfaits des démarches entreprises jusqu’à maintenant pour revoir le « modèle d’affaires » du tourisme au Québec.

Dans une lettre ouverte publiée lundi, plusieurs intervenants de l’industrie touristique, y compris d’ex-dirigeants d’organismes touristiques, ont directement interpellé la ministre Vien. Ils jugent que l’industrie compte un trop grand nombre de joueurs et souffre surtout d’un manque de leadership. Les signataires proposent donc d’abolir le ministère du Tourisme et de le remplacer par une société d’État ou une entité indépendante. Depuis le début de la semaine, cette lettre a reçu l’appui de plusieurs acteurs du monde du tourisme, mais a grandement déplu à d’autres.

La ministre répond aujourd’hui qu’elle est déjà au travail. Au cours de l’automne, elle a rencontré différents acteurs de l’industrie touristique pour procéder à une révision du « modèle d’affaires et de gouvernance » actuel. Mardi, l’Association québécoise de l’industrie touristique a invité le réseau des 21 associations touristiques régionales et des 19 associations touristiques sectorielles à une journée de réflexion au sujet de cette réforme. Lors de son passage, Mme Vien a réitéré l’importance de conserver un ministère du Tourisme « fort ».

« [La réforme] est large. C’est le nombre d’intervenants, c’est qui fait quoi, déterminer les responsabilités, les rôles de chacun, le ministère, tout le monde, l’argent qu’on dépense. Est-ce qu’on est efficients, est-ce que nous sommes tous mobilisés derrière les objectifs ? soulève-t-elle, refusant de préciser ses intentions. Ce que je veux faire, je ne suis pas en mesure de vous le dire aujourd’hui. Ce à quoi je veux arriver, c’est réaliser ensemble les objectifs que nous nous sommes donnés. »

 

Objectifs ambitieux

Ces objectifs sont résumés dans le Plan de développement de l’industrie touristique 2012-2020, qui table sur une croissance annuelle moyenne de 5 % des recettes touristiques d’ici la fin de la décennie, alors que cette croissance a été limitée à 3,9 % entre 2011 et 2012.

D’ici 2020, Québec espère que les grands principes du plan de développement, comme la cohésion entre acteurs et l’accroissement de l’investissement privé, permettront d’augmenter les recettes touristiques de 7 milliards de dollars, d’accueillir sept millions de visiteurs supplémentaires et de créer 50 000 nouveaux emplois. Des objectifs jugés « totalement irréalistes » dans l’état actuel des choses, selon le consultant en tourisme et cosignataire de la lettre ouverte Jean-Michel Perron.

L’industrie touristique québécoise traverse une période difficile. Les touristes internationaux, notamment américains, se font plus rares et les Québécois voyagent davantage qu’auparavant. Résultat : en 2012, le montant des dépenses touristiques des Québécois à l’étranger a été supérieur de 3,4 milliards à celui des voyageurs étrangers visitant le Québec. Ce déficit touristique a augmenté de 1314 % entre 2002 et 2012, indiquent les données de Tourisme Québec.

Airbnb : à quand une réforme ?

Le dossier d’Airbnb interpelle également Mme Vien, mais la ministre refuse de se prononcer sur le sujet. La popularité grandissante de la plateforme de location de logements ou d’appartements au Québec, et tout particulièrement à Montréal, a fait grincer des dents l’industrie hôtelière. Un comité sur l’« hébergement illégal » a été créé en janvier dernier par Québec pour faire face à cette nouvelle tendance, mais près d’un an plus tard, ses résultats se font toujours attendre.

Entre-temps, plusieurs grandes villes de la planète, y compris Paris et San Francisco, se sont entendues avec Airbnb pour inclure une taxe d’hébergement dans les tarifs de location. Dans une entrevue accordée au Devoir le mois dernier, le directeur d’Airbnb au Canada, Aaron Zifkin, s’est d’ailleurs montré ouvert à ce genre d’entente avec les autorités québécoises. « En payant des taxes, c’est notre manière de contribuer et d’être reconnus par le tourisme local », avait-il souligné.

« Il faut comprendre que nous sommes dans une mouvance qui apporte plusieurs modèles différents. On ne peut pas ignorer ces modèles-là, mais en même temps, on ne peut pas ignorer qu’il doit y avoir de l’équité dans l’industrie », affirme simplement Mme Vien, préférant attendre le dépôt du rapport du comité avant d’aller plus loin.