Le pétrole est en chute libre après la réunion de l’OPEP

New York — Les cours du pétrole, laminés par la décision de l’Organisation des pays exportations de pétrole (OPEP) de maintenir son objectif de production, ont chuté de plus de 7 $US à New York vendredi et sont passés sous la barre des 70 $US à Londres.

Le baril de référence (WTI) pour livraison en janvier a reculé de 7,54 $US sur le New York Mercantile Exchange (Nymex) par rapport à la dernière clôture officielle mercredi, pour s’établir à 66,15 $US, son plus bas niveau en clôture depuis septembre 2009. Au moment de la clôture à New York, le baril de Brent échangé à Londres est lui passé vendredi sous la barre symbolique des 70 $US pour la première fois depuis quatre ans et demi et est descendu jusqu’à 69,78 $US sur l’Intercontinental Exchange (ICE).

Cette dégringolade est la conséquence directe de l’annonce par l’OPEP du maintien de son plafond de production à 30 millions de barils par jour (mbj), niveau auquel il est fixé depuis trois ans, et ce malgré la très forte chute des cours du brut depuis l’été. « L’OPEP va continuer d’inonder le globe de son pétrole dans l’espoir d’enterrer la production de pétrole de schiste américaine », dont le boom menace de plein fouet les parts de marché des membres de l’organisation, a commenté Phil Flynn de Futures Group.

« Même si le secrétaire général de l’OPEP, Abdallah El-Badri, assure qu’il ne cherche à envoyer de signal à personne, les courtiers savent à quoi s’en tenir. C’est une déclaration de guerre sur la production, tous les barils sont sur la table et l’OPEP joue son existence », a-t-il ajouté.

Victoire des Saoudiens

« Cela semble être une victoire complète des Saoudiens et de leurs alliés du Golfe persique », a estimé de son côté Michael Wittner, analyste à la Société générale. Contrairement à d’autres membres de l’OPEP, qui militaient ouvertement pour une baisse de la production, l’Arabie saoudite s’était montrée favorable à laisser agir les mécanismes du marché. L’offre va donc rester abondante sur le marché mondial et, face à une demande à la peine, cette pléthore d’or noir fait chuter les prix, en baisse de plus de 35 % depuis juin.

« Même si l’OPEP respecte le seuil de 30 millions de barils par jour, cette décision implique un surplus de peut-être 700 000 barils par jour en 2015 », a souligné Tim Evans de Citi. « Mais si on prend en compte les fluctuations saisonnières de consommation énergétique dans le monde, cela peut se traduire par un surplus de 1,2 mbj par jour au premier trimestre », a-t-il ajouté. « Trouver des acheteurs voulant bien absorber ce surplus et stocker autant de réserves nécessite une baisse des prix encore plus prononcée. »

En Bourse, les groupes pétroliers ou parapétroliers se faisaient laminer vendredi, tandis que les compagnies aériennes, grosses consommatrices, en profitaient. Les métaux industriels ont aussi reculé vendredi et certaines matières premières agricoles comme le soja ou le colza, utilisées pour les agrocarburants, suivaient l’évolution du baril.

Surtout, certains pays producteurs, plus exposés, vont vivre douloureusement cette décision de Vienne, comme la Russie, où le rouble continuait sa longue dégringolade et la Bourse faisait grise mine.

Venezuela, la grande victime

Mais « la vraie victime, aujourd’hui, c’est le Venezuela », estime Christopher Dembik, économiste chez Saxo Banque à Paris. Un pays dont les finances sont en piteux état, même si un certain flou règne autour des statistiques publiées par Caracas. À cause de la baisse du pétrole, « la capacité et la volonté du gouvernement d’honorer sa dette en devises sera mise à l’épreuve dans les mois qui viennent, et nous continuons de penser que la plus grande probabilité est celle d’un défaut d’ici deux ans », ont estimé vendredi les analystes de Capital Economics.

En zone euro, la nouvelle n’est pas très bonne dans l’immédiat puisqu’une baisse du brut va contribuer à accentuer les pressions déflationnistes, alors que l’inflation n’a été que de 0,3 % en novembre.

Les effets réels et durables restent toutefois inconnus. « On est entré dans un nouveau paradigme », estime M. Dembik. « Les conséquences de court terme ne permettent pas d’avoir une vision de long terme ».

1 commentaire
  • Sol Wandelmaier - Inscrite 1 décembre 2014 07 h 21

    Duel US-OPEC...

    ...avec beaucoup de victimes en dommage collatéral...

    Qui vivra verra...Qui sera le vainqueur? Avec l'indépendance énergétique des É.U. en vue, l'Arabie séoudite va perdre beaucoup de ses revenus en péro-dollars et par conséquent son pouvoir d'influencer le wahhabisme international...

    L'ouest devrait se réjouir de ces nouvelles..