Les travailleurs du privé restent mieux payés que ceux de l’État

Les conventions collectives des employés des secteurs public et parapublic arriveront à échéance le 31 mars prochain.
Photo: Jacques Nadeau Les conventions collectives des employés des secteurs public et parapublic arriveront à échéance le 31 mars prochain.

L’écart entre la rémunération globale des employés de l’administration québécoise et l’ensemble des autres travailleurs québécois est demeuré stable au cours de la dernière année, mais a presque doublé depuis 2009. De quoi mettre la table pour les négociations à venir entre le gouvernement provincial et ses employés.

Les plus récentes données sur la rémunération des salariés dévoilées jeudi par l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) indiquent que la rémunération globale des employés de la fonction publique québécoise, des commissions scolaires, des cégeps et du réseau de la santé est de 7,6 % inférieure à celle des autres salariés québécois, c’est-à-dire les employés des entreprises privées de 200 travailleurs ou plus et ceux des administrations à caractère public, comme les municipalités ou les universités. « La parité est toutefois notée vis-à-vis du secteur privé », souligne-t-on dans le rapport.

La rémunération globale tient compte du salaire, des avantages sociaux et des heures de présence au travail. L’écart constaté dans le rapport 2014 est en baisse par rapport à celui enregistré en 2013 (8,3 %), mais cette différence n’est pas statistiquement significative, note l’ISQ.

Le retard de l’administration québécoise sur les autres salariés québécois est passé de 3,7 % en 2009 à 7,6 % en 2014. La situation des employés de l’État par rapport au secteur privé est toutefois demeurée stable au cours de cette période.

Affrontement en vue

Même si l’écart entre la rémunération globale de l’administration québécoise et des autres travailleurs québécois ne s’est pas accentué entre 2013 et 2014, les syndicats du secteur public regroupés au sein du « front commun » ont sauté sur l’occasion pour interpeller le gouvernement. « Nos demandes ne sont pas déconnectées de la réalité, mais bien collées sur ce que l’ISQ nous rappelle encore une fois aujourd’hui, à savoir que les employés de l’État québécois sont sous-payés par rapport aux autres travailleurs québécois », a déclaré la porte-parole du Secrétariat intersyndical des services publics (SISP), Lucie Martineau.

« Les femmes, qui représentent 75 % de la main-d’oeuvre du secteur public, sont directement touchées par cette discrimination salariale, a ajouté la vice-présidente de la CSN, Francine Lévesque. Le gouvernement doit saisir l’occasion offerte par l’actuelle négociation du secteur public pour répondre une fois pour toutes à ce problème criant. »

Les conventions collectives des employés des secteurs public et parapublic arriveront à échéance le 31 mars prochain. Le Front commun syndical, qui regroupe la CSN, la FTQ et le SISP, a donc officiellement déposé ses demandes au Conseil du trésor à la fin du mois d’octobre.

Les syndicats réclament une hausse salariale de 13,5 % sur trois ans, soit 4,5 % par année. Les demandes comprennent toutefois une clause qui pourrait faire augmenter encore davantage les salaires. Celle-ci prévoit un « redressement supplémentaire » équivalant à la portion de la croissance du PIB dépassant 1 %. Concrètement, une hausse du PIB réel de 2 % en 2015, tel qu’anticipé dans le budget Leitao, se traduirait par une augmentation supplémentaire de 1 %.

Le gouvernement devrait présenter son offre avant la fin de l’année ou au début de l’année 2015. Débuteront ensuite des négociations qui s’annoncent houleuses. Fin octobre, le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux, n’avait pas hésité à montrer ses couleurs. « Ce sont des demandes qui, à leur face même, apparaissent venir d’une époque où on s’endettait pour payer les dépenses d’épicerie, chose que nous ne ferons plus », avait-il lancé lors d’un point de presse.

17 commentaires
  • Jean-Yves Arès - Abonné 28 novembre 2014 07 h 57

    Les employés de l'ISQ sont-il couvert par une convention collective?

    Si oui ou est leur déclaration d'intérêts qui pourraient les mettre en conflit avec ce mandat ?

    • François Séguin - Abonné 28 novembre 2014 08 h 33

      Monsieur Arès,

      Votre propos est d'un ridicule inqualifiable.

    • Marc Dufour - Abonné 28 novembre 2014 10 h 44

      Monsieur Arès,

      Y a-t-il quelque chose de plus frustrant que des faits? On ne peut pas leur faire dire ce que l'on veut et l’on ne peut pas les déformer au gré de notre humeur. Une bonne opinion sans fondement, voilà ce qu'il nous faut pour nous éclairer dans ce débat! Merci pour votre contribution.

    • Sylvain Auclair - Abonné 28 novembre 2014 11 h 12

      De toute manière, la plupart des employés des grandes entreprises privées sont eux aussi syndiqués.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 28 novembre 2014 13 h 07

      Monsieur Dufour, il n'y a pas de faits présentés ici. Il y des évaluations qui comportent une large part subjectivité et ou l'on navigue en écartant ceux-ci et ceux-la, ou l'on écarte cela et ceci. Ainsi il y a zéro valeur accordée dans leurs calculs a la stabilité d'emploi, et ainsi ne chercher pas de comparaison de conditions d'emploi avec nos Walmarts et cies qui pourtant représente ceux de la réalité de bien du monde.

    • simon villeneuve - Inscrit 28 novembre 2014 14 h 12

      M.Ares..
      Si c'est rendu qu'un fonctionnaire doit se comparer a quelqu'un qui travail chez Wall Mart ( entreprise reconnu d'exploiter ses employes a profusion) pour ses conditions de travail...

      Pour la subjectivite, nous vous invitons a emettre les faits et facteurs de cette etude qui vous derange et ainsi voir le probleme .

  • Daniel Guibord - Inscrit 28 novembre 2014 08 h 01

    Le rapport est biaisé en faveur des employés de l'État


    Quoique je n'ai pas lu tout le rapport mot par mot, il y manque une statistique très importante : la précarité d'emploi et le temps total que les gens du secteur privé occupent à un emploi au cours de leur vie.

    Les auteurs du rapport n'en parlent pas parce que dans les faits, la vaste majorité des employés de l'État ont un emploi garanti à vie ; et ce, qu'ils soient compétents ou pas, qu'ils travaillent ou pas, qu'il y ait une récession économique ou pas, qu'il y ait de l'ouvrage pour eux ou pas et qu'il y ait de l’argent pour les payer ou pas — s'il n'y a pas assez d'argent pour les payer, l'État emprunte tout simplement l'argent nécessaire sur les marchés financiers et passe la facture aux contribuables du secteur privé.

    De plus, vous n'avez qu'à examiner le Tableau 1 — « Marché du travail au Québec et grands secteurs de comparaison » — pour vous rendre compte que les secteurs de comparaison sont totalement faux. Les auteurs du rapport tentent de faire croire au lecteur qu'une pomme peut être comparée à un citron, parce que les deux sont des fruits.

    Que le rapport soit biaisé en faveur des employés de l'État n'est pas une surprise ; il a été produit par des employés de l'État. Et de toute évidence, comme bons fonctionnaires ils pensent que la quantité de papier du rapport lui donne crédibilité.

    • Sylvain Auclair - Abonné 28 novembre 2014 11 h 13

      Vous seriez étonné de savoir quelle part des employés des l'État ont un emploi garanti contre les renvois arbitraires ou politiques. Elle est plus faible que vous pensez. J'ai connu un prof de cégep qui, pendant 15 ans, ne savait pas si elle allait travailler la session suivante ni combien elle gagnerait.

    • simon villeneuve - Inscrit 28 novembre 2014 11 h 19

      Pouvez vous elaborer un peu plus en ce qui vous deplait du tableau 1 et quel facteur de comparaison d'emploi vous trouvez inapplicable .

      Pour la securite d'emploi, il y en a qui perde leur emploi et devenir permanant dans la fonction publique n'est pas automatique et peut etre tres long comme cheminement ( des annees) .

    • Benoît Gagnon - Inscrit 28 novembre 2014 12 h 41

      @ M. Guibord

      Depuis quand les « contribuables » du secteur privé sont-ils taxés et imposés différemment des « contribuables » du secteur public? À ce que je sache, M. Guibord, il n'y a qu'une seule catégorie de « contribuables », mais votre utilisation même du mot « contribuable » pour désigner des citoyens en dit long sur votre perception de ce qu'est la citoyenneté en général.

      À ce que je sache, les coupures qui ont eu lieu dans les derniers mois au fédéral et au provincial touchaient des emplois publics, et non pas des emplois privés. Des gens ont perdu leur emploi, M. Guibord, des gens travaillant dans le public. Eh oui, car contrairement à ce que vous croyez, il n'y a pas que des postes permanents dans le secteur public et même ces postes permanents ne sont pas à l'abri de l'austérité gouvernementale actuelle. Demandez dans votre entourage, je suis sûr que vous connaissez au moins une personne qui travaillait dans le public et qui a perdu son emploi dans les dernières semaines. Moi, j'en connais plusieurs.

      De plus, j'en ai un peu marre d'entendre les gens dire qu'un employé au public travaille moins et est moins compétent qu'un employé au privé. Laissez-moi vous dire, M. Guibord, pour travailler dans une municipalité actuellement (à contrat, dans un emploi qui est remis en question à chaque année, lors du vote du budget, et ce, même s'il y a de la job en masse à fournir, soit dit en passant), que je vois des employés du secteur privé (mes équivalents) qui sont, à mes yeux, fortement incompétents. Je le sais, car c'est moi qui doit corriger leur travail. Du même avis, il y a des gens au privé qui sont très compétents tout comme il y en a au public. Le lien entre compétence et secteur public ou privé tien plus du mythe social que de la statistique.

    • Daniel Guibord - Inscrit 28 novembre 2014 16 h 19

      En réponse à tous les commentaires concernant mon commentaire

      Voici un exemple concret de l’aberration totale de la raison qui prévaut dans notre société : croyez-le ou pas, dans les hôpitaux du Québec il y a maintenant des infirmières dites « Spécialistes en ECG ». Que font-elles ? Elles apposent des électrodes de caoutchouc sur un patient — faut-il un cours académique pour qu’elles sachent où les poser à chaque nouveau patient ? — puis elles appuient sur le bouton de démarrage d’un appareil complètement automatisé pour ECG ; après que l’appareil a terminé le test, elles regardent si les traces inscrites sur le papier graphique de l’appareil sont centrées comme elles le doivent. C’est le médecin qui interprète les résultats. N’importe qui avec un Secondaire IV peut en faire de même, au salaire minimum. Selon vous, combien gagnent les infirmières « Spécialistes en ECG » ?

      Avant que le Parti libéral du Québec institut l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec pour acheter leur vote politique en 1974, les hôpitaux engageaient et formaient eux-mêmes des citoyens et citoyennes possédant un Secondaire IV afin d’obtenir le personnel infirmier dont ils avaient besoin. Selon vous, combien de capacités de raisonnement et de connaissances sont nécessaires pour, par exemple, changer les draps d’un lit d’hôpital, prendre la pression sanguine et le pouls d’un patient avec un appareil complètement automatisé, donner une injection (les toxicomanes s’injectent eux-mêmes), distribuer des médicaments, etc. ?

    • simon villeneuve - Inscrit 28 novembre 2014 17 h 56

      M.guilbord, donc vous n'avez rien a reprocher de l'etude mais plutot les conditions salariales d'une simple minorite d'infirmieres.

      Autant decrier les conditions salariales des joueurs de hockey...

  • Francois Parent - Inscrit 28 novembre 2014 09 h 59

    Mieux payé certe mais...

    Si les entreprises offrent un niveau supérieur en salaire les conditions de travail et les avantages sociaux sont dimimués.

    • Benoît Gagnon - Inscrit 28 novembre 2014 12 h 44

      « La rémunération globale tient compte du salaire, des avantages sociaux et des heures de présence au travail. »

      Je pense que tout est dit.

    • simon villeneuve - Inscrit 28 novembre 2014 14 h 15

      On voit comment l'opinion publique est tellement influencer par les radios poubelles et les chroniqueurs de droite dans les journaux en depit d'etude qui dit absolument le contraire.

      Etude provenant meme du FMI, OCDE, Forbes, etc.
      Ces etudes sont loin d'etre des etudes de gauche et pourtant, personne semble voir la realite des faits .

  • Pierre Guérin - Inscrit 28 novembre 2014 11 h 00

    La minorité n'est pas l'ensemble...

    Je trouve toujours cela dommage quand les journalistes relaient sans les condamner les affirmations de l'ISQ qui laissent faussement croire que cet organisme compare la rémunération des employés de l'administration québécoise à « l'ensemble (ou presque) des autres travailleurs québécois »; Alors que, selon les diverses données que j'ai pu voir à ce sujet, cet « ensemble » ne représente que 20 à 50 % des travailleurs québécois; Sans compter que ce sous-groupe de référence est composé de travailleurs bénéficiant généralement de rémunérations plus élevées que les autres travailleurs, grâce à nos lois du travail qui les favorisent davantage.

    Alors on recommence? La rémunération globale des employés de la fonction publique québécoise est de 7,6% inférieure à celle de la minorité de travailleurs la plus favorisée par nos lois du travail. Vivement un rattrapage..., quitte à augmenter l'écart entre la rémunération globale des employés de la fonction publique québécoise et l'ensemble (la majorité) des autres travailleurs québécois...

    • simon villeneuve - Inscrit 28 novembre 2014 21 h 41

      M.Guerin, avec quoi voulez vous comparer les fonctionnaires provinciaux alors ?
      Des travailleurs du secteur prive avec des conditions sensiblement pareilles ( nombre travailleur plus de 200 ou une PME de 10 employes, syndiques entre syndiques semble aussi correct comme facteur, non ?) ou bien comparer les fonctionnaires avec des travailleurs de restaurants , Wallmart,etc.