La zone euro doit jeter du lest sur l’austérité

Les Français qui, comme ici, se préparent déjà pour les festivités de fin d’année apprécieront ce dernier rapport de l’OCDE qui confirme que trop d’austérité peut être nuisible.
Photo: PHILIPPE DESMAZES Agence France-Presse Les Français qui, comme ici, se préparent déjà pour les festivités de fin d’année apprécieront ce dernier rapport de l’OCDE qui confirme que trop d’austérité peut être nuisible.

Paris — L’OCDE a jugé mardi que la zone euro fait peser un risque majeur sur l’économie mondiale, justifiant du même coup les politiques budgétaires plus souples adoptées par la France et l’Italie.

« La zone euro s’approche du point mort et fait peser un risque majeur pour la croissance mondiale, avec un chômage qui reste élevé et une inflation qui reste loin de l’objectif » de 2 % de la Banque centrale européenne (BCE), a indiqué l’OCDE dans son dernier exercice de prévisions. Elle prévoit pour la zone euro une croissance de 0,8 % cette année, 1,1 % l’an prochain et 1,7 % en 2016.

Face à cette conjoncture peu dynamique, l’Organisation de coopération et de développement économiques écrit dans son rapport d’automne sur les perspectives économiques mondiales que « le rythme plus lent de consolidation budgétaire structurelle […] que la France et l’Italie proposent dans le cadre de leurs budgets 2015 semble justifié ». La remarque survient au moment où la Commission européenne peine à valider les projets de budget français et italien.

Intervenant dans un autre débat sensible, l’OCDE répète que la BCE doit prendre des mesures supplémentaires, par exemple « davantage d’achats d’obligations sécurisées et de titres adossés à des actifs (ABS), et aussi des achats d’obligations souveraines […] et d’obligations d’entreprises. Un appui monétaire plus important est essentiel sans quoi une période prolongée de faible inflation voire même de déflation est au bout du chemin », prévient l’économiste en chef de l’OCDE Catherine Mann, dans un propos introductif.

À propos de la France, l’OCDE a encore un peu baissé sa dernière prévision de croissance 2015, à 0,8 % contre 0,9 % estimés début novembre. Le gouvernement français a lui bâti son budget 2015 sur une hypothèse de 1 %. Selon l’OCDE l’économie française devrait ensuite croître de 1,5 % en 2016 (contre 1,7 % selon le gouvernement).

L’organisation prévient que le chômage ne baissera pas en France avant 2016, touchant autour de 10 % de la population active soit le double de l’Allemagne, et que cette même année la dette publique dépassera le seuil symbolique de 100 % du PIB.

L’OCDE, groupement de 34 économies avancées, juge que la France, même en ralentissant son rythme d’ajustement budgétaire, doit « mettre en place un contrôle plus serré de la dépense publique », et « avancer sur les réformes structurelles ».

Pour le reste du monde, l’OCDE a dans l’ensemble confirmé les prévisions faites le 6 novembre peu avant le sommet du G20, dressant le portrait d’une économie « à petite vitesse ». La croissance mondiale devrait atteindre 3,3 % cette année, 3,7 % l’an prochain puis 3,9 %, tirée notamment par les États-Unis (2,2 % puis 3,1 % puis 3 %), la Chine (7,3 % puis 7,1 % puis 6,9 %) et le Royaume-Uni (3 %, 2,7 % puis 2,5 %).

Le rythme sera donc ralenti la zone euro, avec une France à la peine et une Italie encore plus embourbée (l’OCDE voit une récession de 0,4 % en 2014, puis des taux de croissance de 0,2 % et 1 %), face à une Allemagne plus robuste (1,5 % de croissance en 2014 puis 1,1 % et 1,8 %).

Une hausse des taux en mai au Canada

Ottawa — L’OCDE a réduit ses prévisions pour l’économie canadienne et s’attend à ce que la Banque du Canada commence à hausser son taux d’intérêt directeur à la fin de mai.

Dans ses plus récentes perspectives, publiées mardi, l’OCDE prédit que l’économie canadienne progressera de 2,4 % cette année, de 2,6 % en 2015 et de 2,4 % en 2016, essentiellement grâce à la demande pour les exportations de la part des États-Unis. En comparaison, le groupe avait prédit en mai que l’économie canadienne afficherait une croissance de 2,5 % cette année et de 2,7 % en 2015.

L’OCDE s’attend à ce que les exportations soient soutenues par la vigueur des marchés étrangers et par la récente dépréciation du dollar canadien. Les investissements des entreprises devraient aussi croître avec l’amélioration de la demande, pour augmenter la capacité et la concurrence des coûts.

L’OCDE a indiqué que ses prévisions reposaient sur l’idée que la Banque du Canada commencera à hausser son taux directeur à la fin de mai, puis régulièrement après cela.