Qui a peur de la retraite?

Ce ne sont pas les plus pauvres qui risquent de perdre de leur pouvoir d’achat puisque 93 % d’entre eux garderaient leur niveau de vie.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Ce ne sont pas les plus pauvres qui risquent de perdre de leur pouvoir d’achat puisque 93 % d’entre eux garderaient leur niveau de vie.

Pas moins de 85 % des Québécois auront des revenus suffisants à la retraite pour maintenir leur niveau de vie, selon une étude de McKinsey Co. Elle révèle en outre que ceux qui s’en tirent le moins bien sont surtout dans la catégorie des mieux nantis.

« On entend beaucoup qu’il y a une crise généralisée de la retraite », note Fabrice Morin, associé chez McKinsey. Or cette « perception » n’est « pas tout à fait liée à la réalité », selon lui.

« La réalité, c’est qu’il y a 85 % des ménages québécois qui vont être en mesure de remplacer à un niveau suffisant leur consommation pré-retraite », a-t-il expliqué jeudi lors d’une conférence devant le Cercle finance du Québec.

De plus, contrairement à ce qu’on pourrait croire, ce ne sont pas les plus pauvres qui risquent de perdre de leur pouvoir d’achat puisque 93 % d’entre eux garderaient leur niveau de vie. Par contre, ce ne serait le cas que de 79 % des gens dont les revenus dépassent 50 000 $.

Les gens les plus à risque sont ceux qui n’ont pas de régime de retraite et épargnent peu ou qui ont un régime à cotisations déterminées avec un taux de cotisation trop faible.

L’étude dévoilée jeudi se base sur un ensemble de données sur les finances de milliers de ménages, dont celles de Statistique Canada. Elle se base sur les biens actuels des répondants, leurs dépenses et leurs revenus projetés à la retraite.

Les résultats n’incluent pas les biens immobiliers mais, si on en tenait compte, M. Morin croit que cela ferait passer la catégorie des gens bien préparés à 88 %. En 2012, il avait rendu publique une étude aux conclusions similaires. Toutefois, elle établissait la part des gens qui ne sont pas à risque à 80 % au lieu de 85 %. Il soutient que les nouveaux résultats sont plus précis.

Si on compare le Québec avec le Canada, les Québécois se situent légèrement au-dessus de la moyenne (83 %). Cela s’explique par le fait que le Québec est plus « pauvre » et que le groupe des mieux nantis (un revenu annuel de 50 000 $ ou plus) y est donc moins important. On comprendra dès lors pourquoi la très riche province albertaine est celle qui a le plus grand nombre de retraités futurs qui sont à risque (24 % au lieu de 15 % au Québec).

Si les moins nantis s’en tirent si bien, selon l’étude, c’est simplement parce que les programmes gouvernementaux remplissent leur fonction (Régie des rentes, pension de la Sécurité de la vieillesse, supplément de revenus garantis), affirme M. Morin.

L’auteur mentionne à cet égard que le système de retraite canadien est l’un des plus « viables » au monde après l’Australie et la Suède.

Il souligne aussi que les gens s’en tirent généralement bien pour la simple et bonne raison qu’on consomme de toute façon beaucoup moins passé un certain âge.

À la lumière de ces résultats, il estime que les gouvernements ne devraient pas appliquer de solutions pour tous (universelles) aux faiblesses du système de retraite, mais plutôt miser sur des mesures ciblant ceux que cela concerne.

Quand on lui fait remarquer que ses conclusions tranchent avec la perception laissée par le rapport D’Amours sur les régimes de retraite notamment, M. Morin rétorque que le rapport portait surtout sur un enjeu différent — l’avenir des régimes à prestations déterminées. Il ajoute que ses résultats concordent avec « ce qui a été publié en 2009 par le groupe de travail du ministère des Finances du Canada ».

4 commentaires
  • Michel Sénécal - Inscrit 21 novembre 2014 07 h 26

    Les pauvres, les moins touchés...

    Beau constat. Le Québec est plus pauvre, donc plus de gens pourront vivre a la retraite.

    Je trouve les chiffres un peu farfelus. Quand on sait que seulement 27% ont un REER, que la plupart n'ont pas de fonds de pensions de compagnie...

    De plus, on sait que les Québecois sont ceux qui prennent leurs retraites le plus tôt au Canada. Et dans ce texte, on ne parle même pas de l'endettement... qui touche comme on le sait beaucoup de gens.

  • Simon Pelchat - Abonné 21 novembre 2014 09 h 23

    Vraiment

    Cette affirmation est tellement en contradiction avec ce que nous entendons ces années-ci que nous avons besoin du point de vue de d'autres chercheurs sur cette problématique pour recevoir cette information avec ouverture.

  • Henri Gazeau - Inscrit 21 novembre 2014 10 h 37

    Le bonheur passe par l'équilibre

    Si je comprends bien – et si l'étude dont parle Isabelle Porter traduit bien la réalité –, ces Québécois dont certains méprisent le «goût de la pauvreté» (pour avoir vécu deux ans en Afrique, je dirais que la pauvreté est une notion relative...) sont, en fait, bien avisés d'avoir un train de vie moins extravagant que, par exemple, celui des jeunes techniciens et ingénieurs qui doivent leurs salaires mirobolants à l'exploitation éhontée des ressources naturelles.

    Ce n'est peut-être pas tout à fait la simplicité volontaire – aux indéniables vertus –, mais c'est un bon pas vers une modération de la croissance à tout crin, préjudiciable à l'environnement, à l'équité, donc à la paix. Car en vouloir toujours plus pour soi-même, c'est, par la force du nombre, alimenter les conflits, dans sa propre société comme à l'échelle d'une planète aux ressources limitées mais à la population grandissante. Un gâteau, ça se partage.

    Qui a dit, déjà : «Mieux vaut être pauvre mais libre, que riche et esclave»? Un libertarien, peut-être? Ce serait logique. D’autant que l’excès d’argent peut rendre esclave.

    Comme il est étrange que les libertariens actuels (souvent improvisés, il est vrai), chantres de la nouvelle droite, condamnent si souvent la simplicité matérielle – vecteur de liberté – et la notion de bien commun qui, bien compris donc bien géré, engendre non pas le parasitisme généralisé, mais le désir de faire sa part, pour une concorde plus assuré entre les membres de la collectivité...

    «Chacun pour soi!» pour être bien nanti, ou «un peu de simplicité!» pour une société plus harmonieuse?... Quelle richesse privilégier? Celle du portefeuille personnel ou celle des rapports humains?

  • Yves Corbeil - Inscrit 21 novembre 2014 16 h 18

    Qui a peur de la retraite?

    Très bientôt personne, au rythme ou vont les choses on va tous travaillé dans au Tim Horton ou un Walmart jusqu'a ce qu'on meurt là une fois ''flusher'' par notre employeur régulier. Et vive l'économie néo-libéral...