Des signes qui ne trompent pas

Les politiciens sont particulièrement doués pour le mensonge, explique Marwan Mery. Ci-dessus, l’ancien premier ministre d’Italie, Silvio Berlusconi, affublé d’un nez de Pinocchio, sur une affiche électorale qu’un parti adverse avait placardée en 2006.
Photo: Archives Agence France-Presse Les politiciens sont particulièrement doués pour le mensonge, explique Marwan Mery. Ci-dessus, l’ancien premier ministre d’Italie, Silvio Berlusconi, affublé d’un nez de Pinocchio, sur une affiche électorale qu’un parti adverse avait placardée en 2006.

Tout le monde ment. Certains sont seulement plus habiles que d’autres à déformer la réalité, compliquant d’autant la vie de ceux qui doivent voir clair dans leur jeu.

Marwan Mery a développé une drôle d’expertise. Il aide et forme des dirigeants de grandes entreprises, des négociateurs, des enquêteurs, des patrons de casino et même des gens aux prises avec les kidnappeurs d’un proche à départager le vrai du faux.

« Nous mentons tous. Ça peut être pour éviter de froisser un ami, pour bien paraître, pour berner un concurrent ou pour brouiller les pistes d’un forfait. Malheureusement, et quoi qu’on en pense, nous sommes plutôt mauvais pour détecter les mensonges. Particulièrement ceux qui se croient doués pour le faire », a déclaré le Français de 39 ans en marge du 7e World Entrepreneurship Forum, auquel ont participé, le mois dernier, à Lyon, en France, plus de 200 gens d’affaires, entrepreneurs sociaux, experts et étudiants d’une quarantaine de pays, et où l’auteur de trois livres sur le sujet a été invité comme conférencier.

La capacité de savoir quand notre interlocuteur nous mène en bateau est importante dans le monde des affaires. « Si votre vis-à-vis, durant une négociation, entre soudainement dans une vive colère, mais que vous réalisez que cette émotion est feinte, vous comprendrez qu’il n’y a probablement pas lieu de trop s’en faire », donne comme exemple Marwan Mery.

Le miroir de l’âme

Malheureusement, on a rarement la possibilité de brancher son interlocuteur sur un polygraphe ou de lui injecter du sérum de vérité. Ces moyens techniques sont, de toute manière, bien imparfaits, le premier mesurant bien plus la variation du niveau de stress que le mensonge proprement dit et le second servant essentiellement à réduire le niveau d’inhibition du sujet et l’exposant, comme l’alcool, au risque de dire un peu n’importe quoi. Plusieurs personnes vous diront qu’elles ont leur truc pour reconnaître les menteurs. On les reconnaîtrait, entre autres, au fait qu’ils détournent le regard, qu’ils se grattent le nez, qu’ils ne tiennent pas en place ou encore qu’ils transpirent. Le problème est que tous ces indices n’ont rien à voir avec le fait de mentir.

La recherche a néanmoins montré que le corps humain a pris l’habitude, au terme de son évolution, d’exprimer certaines émotions toujours de la même façon. Si l’on observe des divergences entre les paroles de quelqu’un et ce que disent son visage et le reste de son corps, cela peut être le signe qu’il faut se méfier des mots. « On compte plus de 40 muscles dans le visage seulement, il n’est pas facile de tous les contrôler à sa guise », dit l’expert, qui a commencé sa carrière avec les joueurs de poker. Quelqu’un, par exemple, qui se dit affligé de tristesse mais qui ne présente pas de rides horizontales au milieu du front et dont la pointe interne des sourcils ne se relève pas n’est probablement pas aussi bouleversé qu’il cherche à le faire croire.

Trop occupés à contrôler l’expression de leurs visages et le mouvement de leurs mains, ceux qui tentent de maquiller leurs véritables sentiments en oublient souvent les autres parties de leur corps. Les pieds, par exemple, devraient normalement pointer vers votre interlocuteur plutôt que vers l’extérieur si ce qu’il dit vous intéresse vraiment. « Les pieds sont souvent plus honnêtes que le visage », note, le sourire en coin, Marwan Mery, qui conseille, entre autres, les réalisateurs des films d’animation d’Hollywood afin que les expressions faciales de leurs personnages soient plus justes.

Les champions menteurs

Il existe évidemment des différences selon la personnalité et la culture des gens. « Dans plusieurs pays d’Asie, on apprend dès le plus jeune âge à réprimer ses émotions. Les indicateurs restent généralement les mêmes dans ce cas, mais ils sont beaucoup plus discrets. » Il y a aussi des menteurs plus doués que les autres, comme les acteurs ou les politiciens.

La plupart des trucs de détection liés à l’expression physique fonctionnent mieux lorsque l’enjeu a de l’importance pour la personne en cause, poursuit notre maître ès menteries. C’est là tout le problème lorsqu’on a affaire à des psychopathes ou à des gens qui en sont venus à se convaincre eux-mêmes que les actes qu’on leur reproche ne sont pas si graves, ou qui sont restés impunis tellement longtemps qu’ils ne se sentent pas menacés.

Ceux-là, il faut alors les pousser à se trahir par ce qu’ils nous disent ou par la façon qu’ils ont de nous le dire. Trop de détails dans une réponse, d’improbables et commodes trous de mémoire ou le fait de parler au passé d’une personne disparue que tout le monde présume encore vivante peuvent, par exemple, être des indices qu’une personne ne nous dit pas toute la vérité. « C’est là que ça devient important de savoir poser les bonnes questions de la bonne manière. On a déjà amené ainsi le dirigeant d’une grande entreprise, soupçonné d’avoir détourné 13 millions d’euros, à se vanter de son exploit au bout de seulement une heure d’interrogatoire. »

Mais il arrive aussi que les menteurs parviennent à déjouer tous les trucs de détection, dit Marwan Mery. « Chacun de nous a ses traits de personnalité et réagit de façon particulière selon les circonstances et le type de personne qui l’interroge. On voudrait parfois qu’ils aient le même nez que Pinocchio, mais il n’existe pas d’indicateur infaillible et universel. Heureusement, la grande majorité des mensonges que nous disons ne sont pas bien graves. »

Le Devoir était l’invité du World Entrepreneurship Forum qui s’est tenu du 19 au 22 octobre à Lyon.

Vous mentez ! Détecter le mensonge, démasquer les menteurs

Marwan Mery, Eyrolles, Paris, 2014, 255 pages

1 commentaire
  • Marc Davignon - Abonné 19 novembre 2014 10 h 03

    Rien de parfait ...

    Même lui! Alors?