L’efficacité énergétique rapporte gros

«Tous les Canadiens bénéficient d’investissements qui réduisent le gaspillage d’énergie», résume Leslie Malone.
Photo: Getty «Tous les Canadiens bénéficient d’investissements qui réduisent le gaspillage d’énergie», résume Leslie Malone.

Le Canada bénéficierait à long terme de centaines de milliards de dollars en retombées économiques tout en réduisant substantiellement ses émissions de gaz à effet de serre s’il investissait les sommes requises pour devenir un des chefs de file nord-américains en matière d’efficacité énergétique. D’ici 2040, chaque dollar investi dans un programme visant l’électricité, le gaz naturel et les autres combustibles fossiles liquides rapporterait annuellement cinq fois plus au PIB national, conclut une nouvelle étude de l’Acadia Center commandée par Ressources naturelles Canada.

Il s’agit de la projection la plus optimiste contenue dans le rapport dévoilé mardi par l’organisation à but non lucratif dédiée à l’avancement des énergies propres. « Cela représente la première analyse économique des impacts de l’efficacité énergétique à l’échelle du Canada », souligne la directrice du programme canadien de l’Acadia Center et coauteure du document, Leslie Malone.

En collaboration avec la firme montréalaise Dunsky Expertise en énergie et l’Economic Development Research Group de Boston, les chercheurs de l’Acadia Center ont évalué les effets d’un accroissement des investissements et des programmes d’efficacité énergétiques sur l’économie du pays. Les provinces de l’est du Canada, dont le Québec, ont été scrutées à la loupe dans un rapport semblable publié en 2012, mais le gouvernement fédéral souhaitait élargir le portrait à l’ensemble du pays.

Cibles ambitieuses, mais réalistes

L’étude appuie ses conclusions sur des modèles prédisant les coûts et les retombées économiques engendrés par de nouveaux programmes d’efficacité énergétique qui seraient déployés à travers le pays entre 2012 et 2040, selon trois scénarios : une réduction modeste, modérée ou élevée de la consommation d’énergie par rapport aux niveaux actuels. Ce troisième scénario, jugé « ambitieux » mais « réalisable », correspond à un niveau d’effort qui rapprocherait le Canada de leaders nord-américains en la matière, comme les États du Massachusetts, de la Californie ou du Rhode Island.

« Plus on est agressifs, plus il y a des coûts importants, mais plus il y a de retombées économiques importantes. C’est le but de l’exercice », explique Bruno Gobeil, consultant principal chez Dunsky Expertise en énergie.

Par exemple, si toutes les provinces mettaient simultanément en oeuvre de nouveaux programmes visant à la fois l’électricité, le gaz naturel et le mazout léger et lourd, le pays bénéficierait d’une augmentation nette de son PIB variant entre 230 et 580 milliards de dollars au terme de la période étudiée. Le gouvernement fédéral mettrait également la main sur un maximum de 1,3 milliard de dollars de recettes fiscales nettes et parviendrait à créer annuellement jusqu’à 300 000 emplois. Les émissions de GES du Canada diminueraient également de 92 mégatonnes (MT) au total.

Le rendement économique anticipé se divise en deux catégories. La première englobe à la fois les dépenses que les particuliers ou les entreprises doivent effectuer pour acheter de l’équipement écoénergétique et les emplois créés grâce à la bonification ou à l’ajout d’un programme. La majeure partie des impacts économiques prévus, soit près de 75 %, est cependant attribuable à la diminution de la facture énergétique. Un citoyen qui a plus d’argent en poche dépense davantage et une compagnie qui économise de l’énergie est plus compétitive, postulent les auteurs de l’étude.

« Tous les Canadiens bénéficient d’investissements qui réduisent le gaspillage d’énergie, donnent plus de pouvoir d’achat aux consommateurs et améliorent notre performance environnementale », résume Mme Malone.

Les impacts économiques projetés tiennent par ailleurs compte des effets « négatifs » d’un investissement en faveur de l’efficacité énergétique, comme les coûts liés au financement des programmes et la perte de recettes fiscales en raison de la diminution des ventes d’énergie.

Même constat au Québec

La mise à jour des données concernant le Québec permet de tirer des conclusions semblables à celles obtenues pour l’ensemble du pays. Toujours selon les projections 2012-2040, le scénario d’intervention le plus énergique fait miroiter des retombées économiques totales de 118 milliards et des recettes fiscales nettes de 380 millions pour le gouvernement provincial. Les émissions de GES chuteraient de 19 MT, soit l’équivalent de la pollution occasionnée par quatre millions de voitures, estime-t-on.

« Le Québec, comme toutes les provinces, peut en faire beaucoup plus pour augmenter l’efficacité énergétique, et c’est très rentable, autant du point de vue économique qu’en ce qui a trait aux gaz à effet de serre, insiste M. Gobeil. Dans un contexte où le Québec tente de boucler son budget, on démontre qu’il s’agit d’un choix à considérer pour le gouvernement. »

Leslie Malone, de l’Acadia Center, souhaite que ce nouveau rapport soit pris en compte lors de la préparation du prochain budget fédéral. « J’espère que le gouvernement va en prendre bonne note », glisse-t-elle. Au moment d’écrire ces lignes, il n’a pas été possible de savoir si le ministre des Ressources naturelles du Canada, Greg Rickford, entend donner suite aux conclusions de l’étude.

1 commentaire
  • Simon Pelchat - Abonné 19 novembre 2014 13 h 17

    On ne peut même pas rêver

    Dès que le ministre Rickford aura terminé son appel téléphonique avec les Albertains, il répondra que ces données scientifiques ne sont pas corroborées par leurs études qu'il se refusera à nous dévoiler même si elles ont été payées avec nos taxes si études il y a, bien sûr.