Privatiser n’est pas une solution

La LCBO, qui a versé 1,74 milliard au gouvernement l’an dernier, devrait continuer à fonctionner, selon le comité.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir La LCBO, qui a versé 1,74 milliard au gouvernement l’an dernier, devrait continuer à fonctionner, selon le comité.

Même si le marché de l’alcool mérite un peu plus de concurrence, le système « fonctionne assez bien » et le gouvernement ontarien, face à un déficit de 12,5 milliards, ne devrait ni vendre la LCBO à un acheteur privé ni faire éclater le modèle de distribution.

Voilà une des conclusions du comité consultatif présidé par l’ex-président de la Banque TD, Ed Clark, qui a livré au gouvernement cette semaine un rapport préliminaire de 77 pages concernant les actifs de l’État. M. Clark a déjà abordé publiquement les grandes lignes de la réflexion, mais le rapport offre une analyse détaillée.

Le document s’inscrit dans le débat sur la contribution financière des sociétés d’État en période d’assainissement des finances publiques. Deux experts recrutés par le gouvernement Couillard pour faire le point sur les finances — Luc Godbout et Claude Montmarquette — avaient lancé au printemps l’idée d’« ouvrir jusqu’à 10 % du capital de la Société des alcools du Québec ou d’Hydro-Québec aux Québécois ».

Chargé par la première ministre Kathleen Wynne de se pencher sur la LCBO, Hydro One et Ontario Power Generation pour déterminer si l’État peut en tirer davantage de valeur, le comité a estimé que certains gestes pourraient dégager une somme oscillant entre 2 et 3 milliards. Une partie de cette enveloppe proviendrait de l’arrivée de capital privé dans la section d’Hydro One qui s’occupe de la distribution d’électricité.

Options rejetées

La LCBO, qui a versé 1,74 milliard au gouvernement l’an dernier, devrait continuer à fonctionner, selon le comité. En guise de comparaison, la SAQ, qui fait l’objet d’un débat depuis des décennies, a versé l’an dernier un dividende d’un milliard au gouvernement québécois et des taxes perçues de 565 millions.

« Nous avons envisagé une vente. Il y a manifestement de l’intérêt pour cette option, qui procure simplicité et génère un bénéfice financier important et unique. Cependant, nous avons eu de la difficulté avec l’idée de céder un monopole à un propriétaire privé », a écrit le Conseil consultatif pour la gestion des biens provinciaux.

« Nous avions à l’esprit le fait que ce genre de vente, dans le passé, a fini par rapporter moins que prévu. La privatisation, ou la vente à un acheteur privé, constituerait un changement radical pour un système qui fonctionne assez bien, en fait, et ça pourrait nécessiter la création de nouveaux cadres réglementaires. »

Finalement, estime le comité, il n’est « pas évident » que la population serait mieux desservie par une « LCBO privée ».

La question du consensus

De façon alternative, le comité ne recommande pas d’ouvrir la distribution à la concurrence tous azimuts. L’alcool est actuellement vendu à la LCBO, dans les 447 Beer Stores (une société contrôlée par Labatt, Molson et Sleeman) et les 292 Winery Retail Stores. « Le marché serait plus ouvert, mais la distribution coûterait plus cher. Une telle réforme nécessiterait un large consensus. Ce consensus ne semble pas exister aujourd’hui. »

Le comité suggère toutefois d’utiliser le pouvoir d’achat des 639 succursales de la LCBO pour réduire ses coûts d’acquisition et de permettre l’ouverture de petits commerces spécialisés dans le vin ou la bière. Quant au Beer Store, le gouvernement « devrait revoir sa relation avec la chaîne pour s’assurer que le contribuable reçoit sa juste part des profits ».

Du privé dans l’électricité

Parmi ces gestes, a suggéré le comité, pourrait figurer le retrait de l’État dans le secteur de la distribution de l’électricité, où s’entrechoquent 70 compagnies à travers la province. Par exemple, l’État pourrait abaisser sa participation à 40 ou 45 %.

Cependant, ajoute-t-il, le gouvernement ne devrait pas abandonner le contrôle de la transmission, c’est-à-dire les lignes à haute tension et les points de connexion avec les autres provinces.

Le comité comptait également David Denison, ancien grand patron de l’Office d’investissement du Régime de pensions du Canada, Frances Lankin, ministre dans le gouvernement Rae des années 90, Janet Ecker, ministre dans le gouvernement conservateur de l’Ontario de 1995 à 2003, et Ellis Jacob, président de Cineplex Entertainment.

En quelques chiffres

Ventes totales d'alcool en Ontario: 7 milliards

Dividende versé par la LCBO au gouvernement: 1,74 milliard

Taxes sur la bière vendue dans les magasins Beer Store: 524 millions

Taxes sur le vin vendu dans les succursales Winery Retail Store: 33 millions

Portion provinciale de la taxe de vente harmonisée: 650 millions

Nous avons envisagé une vente. Il y a définitivement de l’intérêt pour cette option, qui procure simplicité et génère un bénéfice financier important et unique. Cependant, nous avons eu de la difficulté avec l’idée de céder un monopole à un propriétaire privé. Nous avions à l’esprit le fait que ce genre de vente, dans le passé, a fini par rapporter moins que prévu.

2 commentaires
  • Claude Lafontaine - Abonné 17 novembre 2014 10 h 19

    Même un banquier...

    Oui, même un banquier qui présidait ce comité consultatif sur la LCBO recommande au gouvernement ontarien de ne pas privatiser leur LCBO, ce qui une évidence, espérons que ceux qui ont les mains sur le volant économique du Québec ( les Couillard, Coiteux, Letaos) cesseront de lancer des ballons d'essai pour promouvoir l'idée de privatiser notre SAQ et des parties d'H.Q.

    Pas besoin d'être très très fort en math pour concevoir que par exemple privatiser la SAQ pour en retirer "une seule fois" quelques milliards $ mais de même coup perdre à tout jamais le milliard $ de dividende annuel que cette Société d'État rapporte aux québécois, n'est pas une bonne idée. Le même raisonnement s'applique pour Hydro-Québec. Lorsqu'on voit les Libéraux favoriser ce genre de privatisation des profits / privatisation des "vaches à lait" du Québec nous sommes en droit de nous demander si c'est bien les intérêts collectifs qui guident ses actions ou des intérêt privés.

  • André Michaud - Inscrit 17 novembre 2014 10 h 21

    Pas la solution

    Je suis pour la privatisation de plusieurs services publiques pour les rendre enfin efficaces. Entre autre dans la santé comme ça se fait en Europe avec de bons résultats.

    Cependant la privatisation de la SAQ ne me semble pas une bonne idée. Comme le gouvernement veut autant taxer au maximum le vin , ça ne ferait pas de différence pour les consommateurs car le privé devrait continuer de faire payer trop cher le vin pour générer des profits. Et il y aurait moins de choix.

    Pour que le consommateur soit favorisé dans des baisses de prix l'état devrait se retirer de ce dossier et alors les prix baisseraient beaucoup.. mais ce serait aussi moins de revenus pour l'état !! Et le gouvernement manque dramatiquement de revenus...