Grand ménage dans les structures

La charge que mène le gouvernement du Québec contre certaines structures, les CRE et les CLD notamment, en amène certains à dire que le gouvernement travaille contre les régions sous prétexte d’équilibre budgétaire à rétablir.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La charge que mène le gouvernement du Québec contre certaines structures, les CRE et les CLD notamment, en amène certains à dire que le gouvernement travaille contre les régions sous prétexte d’équilibre budgétaire à rétablir.

La décision du gouvernement Couillard d’abolir les conférences régionales des élus (CRE) et d’affaiblir les centres locaux de développement (CLD) a suscité un vif débat sur l’avenir du développement économique régional et divisé les acteurs concernés. Certains ont dénoncé la mise au rancart de structures qui ont prouvé leurs bienfaits, tandis que les autres ont salué un ménage devenu nécessaire.

En marge de l’annonce d’un nouveau pacte fiscal avec les municipalités du Québec, le ministre des Affaires municipales, Pierre Moreau, a annoncé mercredi une « révision de la structure de gouvernance » du développement économique régional. Les CRE, ces espaces de concertation politique consacrés au développement régional, seront éliminés et leurs responsabilités seront transférées aux municipalités régionales de comté (MRC). Celles-ci n’auront plus l’obligation de déléguer à un CLD les mandats de développement économique local et de soutien à l’entrepreneuriat, ce qui signifie que cette seconde structure pourrait également disparaître dans certaines régions.

Les modalités de la transition restent à préciser, mais les intentions du gouvernement sont claires : il souhaite centraliser les pouvoirs entre les mains des MRC. « Chaque MRC aura une plus grande autonomie sur les moyens à prendre pour atteindre ses objectifs prioritaires, et ce, dans le respect des différences régionales », a déclaré le ministre Moreau.

Décisions « anti-régions »

Le gouvernement a carrément tourné le dos aux régions, se désole le porte-parole du Réseau des conférences régionales des élus, Jean-Maurice Matte. « Les abolitions tous azimuts auxquelles nous assistons sont carrément des décisions anti-régions ! Là où les milieux se mobilisent et se concertent depuis 30 ans, l’obsession du retour à l’équilibre budgétaire fait qu’on ne voit plus clair. » Selon M. Matte, il aurait été préférable d’améliorer le système en place plutôt que de « jeter par la fenêtre les résultats de décennies de concertation régionale ».

Sans parler d’une bonne nouvelle, le président de l’Association des CLD du Québec, Yves Maurais, est soulagé de voir que les rumeurs d’abolition pure et simple des CLD ne se sont pas concrétisées. Il reconnaît qu’on ne sait toujours pas combien des 120 centres implantés au Québec demeureront en place, mais ne baisse pas les bras. « J’ai confiance que les élus municipaux vont faire ce qui est le mieux pour développer l’économie de leur région », dit-il.

De la même façon, la présidente-directrice générale de la Fédération des chambres de commerce du Québec, Françoise Bertrand, demeure sur ses gardes. « Il ne faut pas perdre l’expertise en place et il faut éviter que les décisions politiques affectent le développement local », souligne-t-elle.

Dans une lettre ouverte publiée mercredi, une trentaine de professeurs de différentes universités québécoises membres du Centre de recherche sur le développement territorial ont d’ailleurs défendu la pertinence des CRE et des CLD. « Abolir les postes dans cette administration publique régionale, quand ce n’est pas l’institution complète, apparaît une visée à courte vue, ont-ils écrit. C’est nier que [ces instances] sont des acteurs de changement essentiels, porteurs d’expertises, de mémoire et de savoirs. »


Allégement nécessaire

À l’opposé, plusieurs voix se sont élevées pour appuyer la démarche du gouvernement. La Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM) considère que, dans le contexte montréalais, l’existence de la CRE constituait une « redondance ». « Dans le cas des CLD, le nombre élevé et la disparité des expertises et des services offerts créaient une confusion et des inefficacités pour les entreprises et les nouveaux entrepreneurs de la métropole », a fait valoir le président et chef de la direction de la CCMM, Michel Leblanc.

Le maire de Drummondville, Alexandre Cusson — qui est également préfet de la MRC de Drummond et président de la Société de développement économique de Drummondville —, a quant à lui soutenu dans une lettre ouverte que les CRE et les CLD « ne sont pas [des structures] vitales au développement régional ». Il s’opposera à la réforme proposée par le gouvernement si elle ne vise qu’à économiser de l’argent sur le dos des régions, mais l’appuiera si elle permet de « rapprocher les ressources des citoyens » et de « maximiser les retombées », a-t-il précisé.

Solidarité rurale se fait couper les vivres

Le remaniement des structures régionales n’épargnera pas Solidarité rurale du Québec, une organisation qui encourage la revitalisation et le développement du monde rural. Ses responsables ont appris lundi de la bouche du ministre Moreau que l’enveloppe de quelque 750 000 $ qu’elle recevait chaque année pour jouer le rôle d’instance-conseil auprès du gouvernement lui sera retirée à partir du 31 mars 2015. Cette ponction représente 75 % de son budget et met donc en péril sa survie à long terme. « Nous sommes inquiets pour le monde rural, nous sommes inquiets pour la place qu’il occupe dans les préoccupations du gouvernement, mais au-delà de ça, c’est toute la prospérité du Québec qu’on est en train de malmener. Parce qu’un de ses ancrages profonds, c’est la communauté rurale », a déclaré la présidente Claire Bolduc. Optimiste, celle-ci croit néanmoins que le financement des partenaires de l’organisation permettra à Solidarité rurale de faire « le minimum vital », du moins à court terme.
4 commentaires
  • Pierre Gauthier - Abonné 6 novembre 2014 07 h 33

    Couper le bénévolat pour faire des économies!

    Les CLD et les CDEC s'appuient très largement sur le bénévolat des membres de leurs milieux respectifs pour mener à bien leurs mandat. Qu'on m'explique d'où viendrons les économies en confiant leurs responsabilités aux villes et MRC. La lutte au déficit est ici encore un prétexte pour démanteler un modèle de gouvernance à des fins purement idéologiques. Philippe Couillard est "open for [big] business". La concertation économique locale semble faire trop désordre à son goût.

    Pierre Gauthier

    • Victoria - Inscrite 6 novembre 2014 14 h 20

      Bonjour,

      Les frais de déplacement et les dépenses sont libres d’impôt. Le ciel est généreux.
      Les jetons de présence, ça c'est autre chose.

      L'économie est la simplification du dédoublement.

  • Yvan Croteau - Inscrit 6 novembre 2014 08 h 24

    Mobilisation ou grand ménage dans les régions

    Si nous avons des territoires différents, des histoires différentes, des besoins différents il est norme de vouloir développer les régions de manières différentes afin de répondre aux besoins spécifiques des populations concernées. Sous la menace de la lame du déficit zéro qui elle est sous le bulldozer de la banque centrale qui ordonne les conditions de prêts donc de la cote de crédit attribuée aux pays emprunteurs, il y a une lutte sociale à mener. Puisque l’on ne peu pas ni discuter ni remettre en question ce système, il faudra se faire entendre sur le terrain. J’invite les régions à faire entendre leurs différences respectives afin de négocier un contrat social à la hauteur des nouveaux défis et des besoins spécifiques de chacun. Il faut penser l’avenir autrement que par le maintien des privilèges pour une minorité.

  • Victoria - Inscrite 6 novembre 2014 15 h 58

    J’aurais du la lire avant…..lettre de M. Cusson - plus d'autonomie

    « …. Nous ne voulons plus être considérés comme une administration relevant du gouvernement du Québec, ce que nous ne sommes pas, (…) puisque les municipalités ne sont pas redevables au gouvernement, mais bien à leur population locale. » (Sic)

    En tant que préfet, M. Cusson, n’entendez-vous pas la grogne des contribuables lésés, du fait que l’Application de la loi a été totalement ignorée (en cas de nuisance, contamination...). Le règlement municipal est appliqué de façon inéquitable avec l'approbation de la MRC, sans expertise impartiale au préalable. Alors, ça grogne!

    C’est possible que vous ne l’entendiez pas. Le grognement a été étouffé par le bâillonnement 2007-2009. Il est vrai que vous étiez à la tête d'une école à cette époque. Et, que les citoyens ont déserté les séances publiques depuis.

    Moi entre autre, en payons encore le prix et, ça continue de vouloir nous soutirez argent et microorganismes utiles à notre système de traitement autonome. Sans parler des systèmes qui auraient peut-être été reconstruits inutilement.

    La vidange systématique avant que le processus de traitement des eaux usées ait atteint son plein potentiel autonome, personne n’aurait prévu les conséquences pour l’environnement et pour les citoyens-contribuables. Science de la nature 101 et l’écosystème, personne ne connait. Consulter le Guide technique - Le Règlement pas à pas, entre autre.

    Comme pour les producteurs agricoles par le passé, après une décennie ou deux, les petits propriétaires résidentiels isolés seront traités de pollueurs, considérant qu'ils sont totalement responsables de leurs accessoires sur leur propriété respective.

    Pourquoi devons-nous nous résigner à augmenter le risque de pollution et du fonctionnement inadéquat de notre plomberie?

    N'oublions pas que sur le territoire de la MRC de Drummond, le sol est très perméable et perméable à plusieurs endroits. Donc, épurateur à souhait.

    L'autonomie, allez-vous nous la redonner équitablement