Privatiser la SAQ ne servirait ni l’État ni ses citoyens, dit la CSN

La SAQ, qui compte 401 magasins et 437 agences, a enregistré à son exercice 2014 des revenus de 2,93 milliards.
Photo: Olivier Zuida La SAQ, qui compte 401 magasins et 437 agences, a enregistré à son exercice 2014 des revenus de 2,93 milliards.

Cette fois, c’est le syndicat des employés de la Société des alcools du Québec (SAQ) qui revient sur le sujet de la privatisation : le système actuel fonctionne bien et y toucher serait une erreur, affirme la CSN après avoir tourné des images en caméra cachée dans des commerces privés en Alberta et après avoir comparé les prix de divers produits.

Six mois après que deux experts eurent lancé au gouvernement l’idée de vendre 10 % d’Hydro-Québec ou de la SAQ pour verser la somme au Fonds des générations, les employés affirment que la privatisation du réseau mènerait à une baisse du dividende annuel, à des fluctuations de prix et à une érosion du choix de produits.

« Je ne suis pas certain que, dans le radar du gouvernement libéral actuel, la SAQ fasse partie de ses priorités », a dit lors d’une conférence de presse le président de la CSN, Jacques Létourneau. « Quand le ministre Carlos Leitão dit que des services pourraient être privatisés, on a raison de craindre que deux ou trois personnes au gouvernement y pensent. […] On n’attend pas que l’annonce vienne. »

La SAQ, qui compte 401 magasins et 437 agences, a enregistré à son exercice 2014 des revenus de 2,93 milliards. Elle a versé à Québec un dividende de 1 milliard et des taxes de 565 millions. Un client dépense en moyenne 46,19 $ par visite, contre 43,90 $ l’an dernier.

Caméra cachée

Souvent citée en exemple dans un camp comme dans l’autre, l’Alberta est la seule province ayant complètement privatisé la vente d’alcool. Le syndicat des employés de la SAQ (SEMB-CSN) a envoyé une conseillère avec une liste des 50 meilleures ventes de la SAQ — et une caméra cachée — pour comparer la disponibilité et les prix.

« Oui, il y a des produits moins chers, mais certains le sont plus. Il faut magasiner », dit la conseillère Julie Bergeron, déléguée syndicale dans Lanaudière. « Dans ce qui est moins cher en Alberta, généralement, ce sont les produits américains. Pour les produits internationaux hors États-Unis, généralement, c’est moins cher à la SAQ. » Le document vidéo contient des conversations avec certains employés qui peinent à offrir des conseils.

Quand l’Alberta est sortie du commerce de l’alcool, en 1993, il y avait 208 succursales. Aujourd’hui, il y a 1340 magasins. Le gouvernement récoltait à l’époque 400 millions par année, contre 729 millions en 2012-2013, ce qui inclut l’effet de l’inflation.

N’ayant pas trouvé plusieurs des 50 meilleures ventes de la SAQ en Alberta, Mme Bergeron s’est repliée sur les produits les plus fréquemment observés là-bas. Les médias ont reçu une liste de 11 produits. Par exemple, un Kim Crawford Sauvignon Blanc oscille entre 17,84 $ et 26,24 $, alors que la SAQ demande 20,95 $.

« Si le consommateur trouve qu’il paie son vin trop cher, ce n’est pas en vendant la SAQ qu’il va payer moins cher », a dit Katia Lelièvre, présidente du SEMB-SAQ. « C’est peut-être en demandant au gouvernement de réduire sa part de profit. »

Le débat remonte au milieu des années 80 avec un projet péquiste visant à vendre des succursales à des coopératives d’employés. Les syndicats ont refusé de l’appuyer et les libéraux ont annulé l’opération en 1985.

Dans un récent mémoire, la Fédération des chambres de commerce du Québec a évoqué l’idée de maintenir le monopole de grossiste de la SAQ, mais d’ouvrir le secteur de la vente au détail à la concurrence.

« À la base, la question est de savoir pourquoi le gouvernement vend de l’alcool », a demandé hier Claude Montmarquette, rencontré en marge d’un colloque. « Ensuite, c’est “qu’est-ce qui est le plus rentable ?”» Si le débat perdure, c’est qu’« on n’a pas poussé la réflexion assez loin ».

Quand le ministre Carlos Leitão dit que des services pourraient être privatisés, on a raison de craindre que deux ou trois personnes au gouvernement y pensent […] On n’attend pas que l’annonce vienne.

10 commentaires
  • Michel Vallée - Inscrit 4 novembre 2014 02 h 10

    « Privatiser la SAQ ne servirait ni l’État ni ses citoyens »

    Non, mais ça servirait quelques opportunistes

    • Patrick Asselin - Inscrit 4 novembre 2014 10 h 30

      L'État conserve la SAQ, mais transfert au privé la gestion et les opérations de la société.

      La cote de crédit du Québec repose en partie sur la valeur de ses actifs. En ce sens, privatiser la SAQ ou Hydro-Québec ne serait pas souhaitable.

      En revanche, le gouvernement pourrait diminuer le nombre de fonctionnaires afin de ne plus être lié à des conventions collectives trop généreuses. Le transfert d'employés vers le privé est donc inévitable.

      Il y a un seul véritable monopole au Québec et c'est celui des syndicats de la fonction publique. Il est là le problème.

  • Victor Beauchesne - Inscrit 4 novembre 2014 07 h 21

    une honte cachée

    N'ayant aucun concurrent, la SAQ au fils des ans est devenue un royaume des ronds de cuir. Ses coûts de distribution sont beaucoup plus élevées que celles des autres grands distributeurs alimentaires. Les conditions de travail de ses commis-caissiers sont tellement hors marché qu'ik existe un liste d'attente de 14 ans afin de devenir employé permanent.

    Pendant trop longtemps la SAQ n'avait pas à se soucier de ses coûts Élevés car il suffisait d'augmenter bêtement ses prix pour augmenter ses profits et ainsi son dividede qu'elle verse au gouvernement. Mais ces jours là sont finis. Le dividende diminue, et pourquoi? Parceque la demande pour le vin n'est pas élastique et toute augmentation de prix résulte en une baisse de ventes et de profits. La SAQ est incapable de diminuer ses coûts.


    Si la vente de vins et spiritueux était laissée libre, la SAQ disparaîtrait rapidement, incapable de concurrencer avec le privé.

    L'argument des profits est faux. Le gouvernement peut imposer les taxes qu'il veut sans être dans le commerce de l'alcool. Le tabac en est un bon exemple. C'est un produit archi taxé mais pas distribué par un monopole d'état.

    • Sylvain Auclair - Abonné 4 novembre 2014 10 h 07

      Alors comment expliquez-vous que certains produits soient plus chers en Alberta?

    • Sébastien Bouvier - Inscrit 4 novembre 2014 16 h 35

      Pourquoi ne pas se battre pour avoir de meilleurs conditions tous ensemble? Et non s'attaquer à ceux qui ont de bonnes conditions! Arrêtons de vouloir diminuer les conditions de travail d'autruis.

  • Louis-Serge Houle - Abonné 4 novembre 2014 07 h 48

    Le documentaire

    Si vous croyez que la privatisation, même partielle, de la SAQ servirait les intérêts du Québec, visionnez le documentaire dont il est question dans cet article:
    https://vimeo.com/110413225

  • François Dugal - Inscrit 4 novembre 2014 08 h 39

    Et pendant ce temps, à Cold Lake

    Lors d'un séjour dans la ville de Cold Lake, en Alberta, j'ai tenté d'acheter du vin à une "liquor store". Zéro choix et prix dans le plafond; oh, comme je m'ennuyais de la SAQ.

  • Leclerc Éric - Inscrit 4 novembre 2014 13 h 47

    Ce qu'il faut retenir

    Si l'état privatise la SAQ elle perd automatiquement 1 G$ par an, l'entreprise privée qui achèterais les actifs ne paierait pas les employés aux salaires actuels, la fluctuation des prix (en défaveur des consommateurs) priverais le gouvernement de revenus en hausse constante, certains ministres qui possèdent des vignobles ou membres de leurs familles éprouveraient un malaise.

    Bref, la SAQ c'est un luxe que les québécois adorent se payer, peut importe le prix, pour noyer leur chagrin ou se faire du bien, et si l'état le privatise, où trouvera t-il le milliard qu'il engrange chaque année pour éviter de nous taxer davantage?