Québec pourrait être forcé de revoir son échéancier

Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir

La croissance économique québécoise moins vigoureuse que prévu pourrait forcer Québec à reporter de quelques mois l’atteinte de l’équilibre budgétaire, prédit l’économiste en chef du Mouvement Desjardins, François Dupuis.

Dès le départ, les prévisions menant le gouvernement Couillard au retour à l’encre noire en 2015-2016 semblaient « très serrées », mais tout de même conformes à l’objectif fixé, a expliqué M. Dupuis lors d’une table ronde sur l’état de l’économie mondiale en 2015, organisée vendredi par le Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM). « Mon inquiétude, c’est qu’avec l’abaissement des prévisions économiques, il se pourrait qu’il y ait un peu moins de revenus dans les coffres du gouvernement, ce qui resserrerait la marge de manoeuvre », a-t-il indiqué.

Devant l’Association des économistes québécois, le ministre des Finances du Québec, Carlos Leitao, a reconnu cette semaine que la cible de croissance économique prévue dans son premier budget pour l’année en cours (1,8 %) devra être revue à la baisse dans une mise à jour économique attendue en novembre. Sans remettre en cause l’atteinte de l’équilibre budgétaire promis pour l’an prochain, le ministre a admis que le contexte économique actuel a déjoué les prévisions du gouvernement. « L’environnement externe est toujours difficile. Force est de constater que la sortie de crise financière a été laborieuse, très lente. Elle prend beaucoup plus de temps que ce qu’on pensait », a-t-il déclaré.

Épargner les contribuables

Peu importent les circonstances, le gouvernement ne doit pas précipiter les choses, ajoute l’économiste de Desjardins. « On a vécu l’expérience dans plusieurs pays. Lorsqu’on agit de manière trop rapide, trop radicale, les coupes ont des effets pervers. Ça fait encore plus mal et ça retarde le processus [de retour à l’équilibre budgétaire]. »

Parmi les options qui s’offrent à Québec pour assainir les finances publiques, une nouvelle hausse du fardeau fiscal des particuliers ou des entreprises n’est pas du tout souhaitable, ajoute l’économiste et stratège en chef de la Banque Nationale, Stéfane Marion.

« Je ne pense pas qu’on peut hausser les impôts. Ce qu’on a demandé à la société québécoise depuis 2008, c’est incroyable. On accumule hausse d’impôts après hausse d’impôts et on n’équilibre pas le budget. On a un problème de dépenses et il faut remettre en question nos institutions », a-t-il lancé devant un parterre de gens d’affaires et de personnalités politiques.

Parmi elles, le député de Saint-Jérôme, Pierre Karl Péladeau, a d’ailleurs profité de la période de questions pour se faire remarquer. « Pour éviter de me mettre en conflit d’intérêts, j’en ai parlé au commissaire à l’éthique qui m’a dit que c’était correct », a-t-il lancé à la blague avant de commenter la situation économique européenne, déclenchant aussitôt les rires de salle entière. L’actionnaire de contrôle de Québecor a également tourné en ridicule les allégations de conflits d’intérêts faites plus tôt cette semaine par ses adversaires politiques.

Pétrole : pas de panique

La question du pétrole a également retenu l’attention des panélistes réunis à l’invitation du CORIM, non pas en raison des controversés projets de pipelines canadiens, mais bien pour les impacts du prix de l’or noir sur l’économie du pays. Le prix du pétrole brut a glissé sous la barre des 80 $US cette semaine et le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz, a dit mercredi que si les bas prix persistaient, la croissance du PIB du pays perdrait un quart de point en 2015.

La banque d’investissement Goldman Sachs prédit pour sa part que le baril de pétrole atteindra 70 $US au printemps prochain, pour ensuite remonter légèrement à partir de la seconde moitié de 2015. Pas de panique, soutiennent pourtant les trois économistes interrogés à ce sujet.

Stéfane Marion, de la Banque Nationale, ne croit pas à un effondrement des cours pétroliers, pas plus que ses collègues François Dupuis, de Desjardins, et Paul Fenton, économiste en chef de la Caisse de dépôt et placement du Québec.

Si la croissance économique mondiale s’accélère comme prévu, le prix d’« équilibre » du pétrole devrait s’établir entre 90 et 95 $US au cours des prochaines années, estiment-ils. « Je pense que la baisse [des prix] est surfaite, a fait valoir M. Dupuis. Je crois qu’il y a eu un vent de panique dans le contexte où la demande a été un peu plus faible récemment, alors que l’offre était relativement stable. »

2 commentaires
  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 1 novembre 2014 06 h 53

    Une guerre de prix mondiale à finir pour éviter la venue d'un troisième joueur, le Canada pays producteur de bitume ?

    Plusieurs économistes ont l'habitude de transmettre uniquement de bonnes nouvelles économiques et de dissimuler les autres, par exemple en confondant les causes et les conséquences. Ce qu'il faudrait davantage connaître, c'est pourquoi l'offre pétrolière mondiale est quand même demeurée stable malgré une baisse mondiale dans la demande du même produit. Habituellement, la production pétrolière suit les prix mondiaux et ralentit lorsqu'ils descendent. Comment se fait-il que certains pays traditionnellement exportateurs de pétrole, par exemple l'Arabie Saoudite, augmentent encore leur production actuellement ? Comment se fait-il que les États-Unis ne remettent pas en question leur souci de devenir un pays exportateur de pétrole dès 2015 ? Certes, le ralentissement économique mondial et la diminution de la demande expliquent actuellement ce que certains estiment être une faiblesse temporaire des prix. Mais, se pourrait-il que nous assistions aussi à une guerre de prix à finir entre d'une part les pays producteurs pétroliers dits traditionnels (les moins dispendieux à produire et à raffiner) et les États-Unis, nouvellement pays exportateur en raison de sa production de pétrole de schiste (un peu plus dispendieux à produire et raffiner que les premiers bien que plus près des marchés de consommation) et d'autre part le Canada, pays essentiellement producteur de bitume. Pour un bon bout de temps, il s'agirait de rendre le pétrole bitumineux économiquement non rentable à produire, raffiner, transporter et en dernier lieu consommer. Dans l'affirmative, la baisse des prix actuelle en serait seulement à son début. Actuellement, le raffinage du pétrole bitumineux canadien se fait essentiellement aux États-Unis, 100% de celui-ci y étant exporté: de l'argent facile pour nous ! Mais se pourrait-il que les raffineries multinationales situées aux États-Unis, par soucis patriotiques, environnemental et surtout d'argent facile, préfèreront bientôt raffiner leur pétrole de schiste et no

  • Leclerc Éric - Inscrit 1 novembre 2014 11 h 46

    De quoi accouchera la Commission sur la fiscalité?

    Si elle abouti à presque rien (tout comme pour les modifications apportées aux normes du travail par le PQ il y a plusieurs années), les québécois ne paieront pas moins de taxes à la consommation, ni d'impôts sur le revenu parce qu'ils sont soit déjà trop taxés, ou encore n'ont pas de revenu suffisant pour payer d'impôts (comme c'est le cas pour plus de 40% des citoyens).

    Les riches ne veulent pas payer plus et ne sont pas non plus présents dans les manifestations de «raz-le-bol» des plus pauvres qui eux n'ont plus de marge de manoeuvre, que faire alors pour cesser d'écraser ceux qui paient maintenant leur épicerie avec leur carte de crédit? Revoir les lois fiscales pour taxer les abris fiscaux.