L’esprit d’Occupy doit survivre

Le cri du coeur du Mouvement Occupy, parti de Wall Street pour gagner l’Amérique du Nord et le monde il y a trois ans, a traduit admirablement le malaise croissant des inégalités, croit l’économiste américain James K. Galbraith. Mais sa durée de vie relativement courte, dit-il, montre les failles du système, marqué notamment par le rôle prépondérant de l’argent privé dans les activités de la sphère politique.

« C’est un mouvement très intéressant avec une idée publicitaire géniale », dit M. Galbraith, rencontré hier lors de son passage au centre-ville de Montréal où il devait participer à une conférence de l’Institut du Nouveau Monde (INM) au sujet des inégalités sociales.

« Mais ç’a été une illustration des limites de l’organisation politique, ajoute-t-il dans un français soigné. Ça n’a pas été un mouvement de masse. Un mouvement de masse, il y a 40 ans, je l’ai vu au moment de la guerre du Vietnam, et c’était une chose très différente. » Cela dit, les inégalités « ne vont jamais disparaître », mais « le bon fonctionnement d’une société dépend de la capacité d’arriver à des limites intelligentes, solides et respectées ».

Professeur à l’Université du Texas à Austin, éduqué à Harvard et à Yale, James K. Galbraith s’est fait connaître dans l’étude du développement économique et des inégalités. Pour la petite histoire, c’est également le fils d’une autre figure connue : John K. Galbraith, un économiste keynésien de Harvard dont la production intellectuelle a marqué la deuxième moitié du XXe siècle.

Sondage

Selon un sondage Léger-INM publié au début de la semaine, 70 % des 1000 répondants sont plutôt ou tout à fait d’accord avec l’idée que « la réduction des inégalités de revenus au Québec devrait être une priorité pour le gouvernement du Québec ». Une récente analyse de l’Institut de la statistique du Québec a récemment suggéré, toutefois, que la redistribution de la richesse ici a fait en sorte que les écarts de revenus sont plus faibles qu’ailleurs au pays.

Les grosses pointures ne se gênent plus pour évoquer le problème. L’an dernier, la directrice générale du Fonds monétaire international, Christine Lagarde, a affirmé que les perspectives de croissance mondiale seraient meilleures sans cette triste réalité, notant au passage que 35 % des avoirs reposent entre les mains de 0,5 % de la population. La semaine dernière, c’était le tour de la présidente de la Réserve fédérale américaine. Janet Yellen a laissé tomber que « l’étendue de l’accroissement constant de l’inégalité aux États-Unis [l]’inquiète beaucoup ».

Quelles seraient les manières de réduire ces inégalités ? M. Galbraith mentionne immédiatement le renforcement des programmes d’aide sociale. « Il faut rétablir la sécurité financière des ménages, sur les plans du logement et de l’éducation aux enfants. Il faut améliorer la qualité des biens publics, qui appartiennent à la communauté. Aussi, il y a le niveau du salaire minimum », dit-il.

Collecte de données

Si la reconnaissance de la croissance des inégalités s’est répandue comme une traînée de poudre au cours des dernières années, la collecte de données n’est pas pour autant une tâche simple.

« Dans nos sociétés, il y a beaucoup de genres d’inégalités qu’on ne mesure pas beaucoup, ou très, très mal », dit M. Galbraith. « L’inégalité des revenus, c’est peut-être le plus facile. Dans les pays organisés et développés, on a toujours des agences du revenu qui permettent d’avoir des renseignements assez bons sur cette question des revenus des ménages. »

« Mais pour la richesse, on n’a même pas une définition stable de ce que c’est. Certainement, les mesures sont variables, volatiles et donc très approximatives. Et ensuite, il y a des inégalités de la situation de vie, c’est-à-dire des choses qui sont en principe extrêmement difficiles à mesurer, comme la sécurité personnelle, le niveau de vie, la tension dans la vie personnelle, la qualité des biens publics… Ça préoccupe les gens dans leur vie quotidienne, mais c’est vraiment hors du champ des économistes. »

9 commentaires
  • Marc O. Rainville - Abonné 25 octobre 2014 05 h 33

    Occupons

    Occupons Montréal célébrait le troisième anniversaire du mouvement la semaine dernière. Qui à part les traders et les occupants se souvient des six semaines d'occupation du square Victoria ? Quelques journalistes, des chauffeurs de taxi, les policiers et les sans-abris qui se sont collés au mouvement comme la misère, justement, sur le pauvre monde... Gageons que les voisins des occupants de la Place du Peuple s'en souviennent aussi, ces propriétaires d'immeubles de luxe qui encadraient notre îlot de fortune. Ca vaut la peine de les nommer : Paul Martin, feu Paul Desmarais, PK Péladeau, Lino Saputo. J'en passe mais des moins gros. À eux seuls, ces quatre-là faisaient plus que le poids contre notre petit millier du début. Occupons Montréal n'a pas réussi à atteindre le nombre, la masse critique qui a été levée l'année suivante. Néanmoins, la graine du Printemps érable était mise en terre.
    Gageons que celle que ce Printemps a mis en terre...

    • Maryse Veilleux - Abonnée 25 octobre 2014 19 h 53

      Monsieur Rainville,

      Vous auriez adoré je crois le flashmob du 19 septembre dernier qui a eu lieu à la Tour de la bourse sur la musique Money de Pink Floyd... aucun grand média n'en a parlé bien sûr...

  • François Dugal - Inscrit 25 octobre 2014 08 h 26

    Pertinence

    Il faut souligner la pertinence des propos de monsieur Galbraith, dont le discours est incarné dans la réalité des citoyens.

  • Hélène Paulette - Abonnée 25 octobre 2014 11 h 11

    Il faut réformer l'aide sociale au + vite

    Seule option valable, le Revenu Minimum Garanti sort les Assistés Sociaux de la spirale ''programme versus coupures'' qui ne fait que les maintenir dans un état de dépendance face à l'État. Ce que l'État verse aux moins nantis est une injection directe dans l'économiede proximité et un encouragement à être proactif...

  • François Genest - Inscrit 25 octobre 2014 13 h 38

    Bon choix de titre

    Il s'agit bien d'esprit lorsqu'on parle d'Occupy. Je ne cesse d'être émerveillé par ce moment exceptionnel du 15 octobre 2011. Je suis de nature sceptique et si j'ai entendu bien des explications pour l'émergence et les suites de ce phénomène, je n'en retiens aucune qui soit satisfaisante. Oui, ce fut une action directe au sens où il n'y avait pas la médiation d'une organisation entre les participants et les gestes posés par eux. Oui, ce fut un mouvement social (peut-être pas de masse, mais international). Oui, ce furent des communautés autonomes temporaires. Oui, ça s'est inscrit dans une histoire altermondialiste. Mais le phénomène demeure irréductible à chacune de ces perspective. Après avoir écarté l'impossible, il reste l'improbable. L'idée d'un esprit d'Occupy, toute étrange qu'elle soit pour un tel phénomène désorganisé, je ne peux l'exclure. Je dois dire qu'elle me plaît, même.

  • Maryse Veilleux - Abonnée 25 octobre 2014 19 h 52

    Flashmob du 19 septembre au Square Victoria

    Que dîtes-vous? .... Vous n'avez pas vu le flashmob sur la musique Money de Pink Floyd tout près de la Tour de la bourse vendredi le 19 septembre, dont j'étais la chorégraphe?... vous avez manqué quelque chose, mais il sera bientôt diffusé sur les réseaux sociaux...Il dénonçait l'effondrement de la classe moyenne et l'emprise du 1% sur le 99%... dommage. Surveillez les réseaux sociaux... le vidéo sera bientôt lancé.