L’actuel projet Énergie Est serait néfaste pour le Québec, selon Gaz Métro

La présidente et chef de la direction de Gaz Métro, Sophie Brochu
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La présidente et chef de la direction de Gaz Métro, Sophie Brochu

Plutôt que d’avoir des retombées positives, l’ébauche actuelle du projet Énergie Est de TransCanada pourrait se traduire par des pertes d’emplois au Québec, croit la présidente et chef de la direction de Gaz Métro, Sophie Brochu.

Sans carrément s’opposer à ce projet évalué à 12 milliards, Mme Brochu a exhorté mardi la société pétrolière albertaine à l’amender avant de le soumettre à l’Office national de l’énergie. Devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM), Mme Brochu a estimé que la proposition actuelle pourrait miner la compétitivité des clients de Gaz Métro qui veulent profiter des bas prix du gaz naturel. «Si on leur enlève des capacités de transport, ces clients vont devoir se tourner vers une autre forme d’énergie plus dispendieuse comme le mazout. C’est moins d’argent pour investir, moins d’argent pour embaucher.» La dirigeante de Gaz Métro n’a toutefois pas chiffré les emplois qui pourraient potentiellement être perdus au Québec si le projet Énergie Est devait aller de l’avant sous sa forme actuelle.

Mme Brochu en a particulièrement contre la décision de TransCanada de convertir un tronçon de son gazoduc entre North Bay et Ottawa pour y faire passer du pétrole, ce qui fera grimper les prix du gaz naturel en plus de fragiliser l’approvisionnement. «Juste pour les clients institutionnels et industriels, les coûts auraient grimpé de 155% en hiver, a-t-elle dit, en marge de son allocution. C’est 95 millions par année.» Devant des représentants des distributeurs canadiens Union Gas et Enbridge Gas Distribution, Mme Brochu a estimé dans son discours que le projet Énergie Est aurait des répercussions négatives pour 3,6 millions de clients au Québec ainsi qu’en Ontario.

Plutôt que de convertir le tronçon du gazoduc entre North Bay et Ottawa la dirigeante de Gaz Métro croit que TransCanada devrait tout simplement construire un nouvel oléoduc. «On estime, en fonction de ce que TransCanada nous a dit, [...] que ce scénario coûterait aux producteurs à peu près 50 ¢ de plus par baril de pétrole, qui se transige entre 85 $US et 100 $US», a-t-elle souligné.

Elle s’est attaquée au scénario actuel, où l’entreprise albertaine construirait un nouveau gazoduc dans ce secteur du nord-est de l’Ontario, au coût de 1,5 milliard, puisque la capacité de cette nouvelle infrastructure serait réduite de moitié. «Je n’accepte pas que l’on demande à des consommateurs de gaz naturel domestiques de financer des exportations de pétrole à l’étranger, a martelé Mme Brochu. Il ne faut pas bousculer les consommateurs de gaz naturel.»

TransCanada a déjà indiqué que la conversion du gazoduc réduirait de 20 % les surplus de gaz naturel qui, de toute façon, étaient destinés à l’exportation vers le nord-est des États-Unis.

Impacts minimisés

Réitérant qu’elle n’était pas opposée à Énergie Est, la dirigeante de Gaz Métro a toutefois affirmé qu’elle n’était pas d’accord avec la société albertaine, qui minimise les impacts négatifs sur le marché domestique du gaz naturel. «Ils (TransCanada) ne mentent pas, mais ils ne disent pas toute la vérité», a-t-elle souligné aux journalistes.

Le projet de TransCanada vise à acheminer quotidiennement environ un million de barils de pétrole des sables bitumineux albertains à travers un oléoduc de quelque 4600 kilomètres vers le Québec et le Nouveau-Brunswick. L’entreprise albertaine estime que le Québec pourrait toucher des recettes fiscales de plus de 2 milliards en combinant la phase de conception et de construction ainsi que celle d’exploitation.

Une étude réalisée par Deloitte affirme entre autres qu’Énergie Est ferait grimper le PIB canadien de 35 milliards sur 20 ans en plus de créer et supporter 10 000 emplois dans le secteur pétrolier de l’est du pays.

Au cours de son allocution, Mme Brochu a suggéré que la situation actuelle était le résultat de l’absence d’une politique énergétique au Canada et des discussions entre les provinces à ce sujet depuis la mort du programme énergétique national, en 1984.

De son côté, le président et chef de la CCMM, Michel Leblanc, a indiqué que la communauté d’affaires montréalaise n’avait pas encore décidé si elle allait s’opposer au projet Énergie Est, et ce, même s’il n’est pas optimal. «Je ne crois pas que de réduire l’approvisionnement de 50 % en gaz naturel va répondre à nos besoins en ce moment», a-t-il dit.

8 commentaires
  • André Leblanc - Inscrit 22 octobre 2014 04 h 56

    Pourquoi ne pas profiter de l'occasion?

    Au lieu de se plaindre que c'est néfaste pour le Québec, pourquoi ne pas exploiter le gaz naturel ''pur'' des basses terres du ST-Laurent.
    Une situation gagnante, gagnante pour le Québec.

    Mme Brochu est au courant de la demande croissante du gaz pour le transport. Gaz Metro est a implanter des postes de ravitaillement le long de la 20.

    Cancellons les ''répercussions négatives pour 3,6 millions de clients au Québec ainsi qu’en Ontario.'' tout en creant des emplois chez nous?

    Pourquoi se plaindre, nous avons les ressources pour avoir la sécurité d'approvisionnement au Québec?

    • Sylvain Auclair - Abonné 22 octobre 2014 10 h 29

      Ce qu'il faudrait plutôt exploiter, c'est la biométhanisation des déchets, le vrai gaz «naturel».

    • André Leblanc - Inscrit 22 octobre 2014 10 h 50

      M. Auclair. Renseignez vous. Dans la region de ST-Hyacinthe des millions investis pour produire de l'énergie a peine suffisante pour faire rouler quelque camions.
      Voulez vous reellement importer des déchets de Chine pour produire a perte.
      Les eoliennes c'est suffisant.

  • Pierre Schneider - Inscrit 22 octobre 2014 06 h 16

    Quelles redevances ?

    "La compagnie (Trans-Canada) estime que le Québec pourrait toucher des recettes fiscales de plus de 2 milliards en combinant la phase de conception et de construction...ainsi que celle de l'exploitation", y lit-on.

    Mais quelles sont donc ses redevances à l'avantage des Québécois qui nous seraient payées pour que le pétrole de l'ouest transite sous notre territoire national ?

    Je veux savoir.

    • François Ricard - Inscrit 22 octobre 2014 10 h 34

      Ce que le Canada veut, le Québec doit l'accepter. Toujours.
      En maugréant, bien souvent.
      Nous sommes 75 contre 228. Formule toujours perdante.
      D'autant plus que nos supposés "défenseurs" se retrouvent éparpillés dans plusieurs partis.
      Nous avons droit de parole. Ils ont le pouvoir de décision.

    • Claude Lafontaine - Abonné 22 octobre 2014 18 h 42

      Je présume que c'est la main-d'oeuvre et un peu de matériau du Québec durant la phase de construction de l'oléoduc qui constituent l'essentiel de leur estimation du 2 MM$ sur le PIB du Québec.

      À ma connaissance tout ce que TCPL laissera comme redevances aux Québec sera les droits de passage sur les propriété privées (rurales et urbaines). Peut-être aussi des droits de passage dans l'emprise des autoroute ou des lignes d'H.Q mais rien ne nous le confirme et le cas échéant il faudrait voir si ces droits de passage sont équitables compte tenu des risques liés à cet oléoduc.

  • Nicole Moreau - Inscrite 22 octobre 2014 10 h 03

    il semble y en avoir une politique énergétique au Canada, malgré ce que dit la présidente de Gaz Métro

    c'est celle du tout au pétrole, peu importe les impacts sur les citoyens et là, on le voit aussi, sur les entreprises qui utilisent du gaz naturel pour leurs besoins énergétiques.

  • Claude Lafontaine - Abonné 22 octobre 2014 19 h 05

    Qui se préoccupe de l'ensemble des impacts ?

    Mme Brochu met en lumière un des impacts du projet de TCPL sur Gaz Métro et le marché Québécois du gaz naturel, dans ce cas un impact négatif sur l'économie du Québec et elle réclame de TCPL qu'il modifie ses plans pour nous éviter ça, curieusement la Chambre de Commerce du Montréal Métropolitain ne juge pas bon d'appuyer Mme Brochu dans sa démarche, pas plus que nos politiciens d'ailleurs.

    Deloitte ferait des études économiques, probablement pour TCPL, qui font ressortir les impacts positifs du projet sur l'économie canadienne, j'imagine que si le gouvernement du Québec est le moindrement sérieux, il y a quelqu'un chez nous qui fait l'équivalent de Deloitte comme étude mais cette fois spécifiquement pour le Québec et en prenant TOUT en considération (les effets positifs comme les négatifs car il est possible de monnayer les deux). Mais qui au Gouv du Québec a le mandat de faire ça, s'il y a quelqu'un ? Dans quel Ministère ? À part les discours à saveur de langue de bois qu'ils nous servent en nous présentant les aspects du projet qui font leur affaire, les politiciens du Québec nous donnent plutôt l'impression de ne pas voir oou de ne pas vouloir voir l'ensemble des impacts des projets de TransCanada au Québec. Et ensuite ces politiciens se demandent pourquoi les québécois ont de la difficulté à leur faire confiance.