Comment sortir le Québec des sources d’énergie fossiles?

Émilie Corriveau Collaboration spéciale
L’industrie québécoise pourrait par exemple faire un plus grand usage de l’abondante biomasse forestière qui peut être transformée en biocarburants.
Photo: Jacques Grenier Le Devoir L’industrie québécoise pourrait par exemple faire un plus grand usage de l’abondante biomasse forestière qui peut être transformée en biocarburants.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Confronté à l’augmentation importante du prix du pétrole et à la nécessité de réduire ses émissions de gaz à effet de serre, le Québec devra, pour rester concurrentiel et atteindre ses objectifs de lutte contre les changements climatiques, diminuer sa consommation d’énergie de sources fossiles au cours des prochaines années. Comment y parvenir ? Robert Laplante, directeur général de l’Institut de recherche en économie contemporaine (IREC), et Normand Mousseau, professeur de physique à l’Université de Montréal (UdeM) et coprésident de la Commission sur les enjeux énergétiques du Québec, se prononcent sur le sujet dans le cadre du Sommet international des coopératives.

Au Québec, la production d’énergie de sources renouvelables permet de combler près de la moitié des besoins énergétiques de la province. Parmi elles, on compte notamment l’hydroélectricité, mais également la biomasse, le biogaz ainsi que les énergies solaire et éolienne. Grâce à sa capacité de production massive, le Québec dispose d’importants surplus d’énergie de sources propres et peu coûteuses, ce qui le place dans une situation enviable sur le plan de la sécurité énergétique. « Il y a très peu de sociétés au monde qui aient un portefeuille énergétique aussi avantageux », note M. Laplante.

Là où le bât blesse, c’est que les Québécois figurent parmi les plus grands consommateurs d’énergie au monde, avec une utilisation moyenne de près de cinq tonnes équivalent pétrole (tep) par habitant. Les secteurs de l’industrie et des transports sont ceux d’où émanent les plus grandes demandes en énergie. Or ils sont aussi ceux qui dépendant le plus des hydrocarbures. Ainsi, malgré son importante production d’énergie de sources renouvelables, le Québec dépend à plus de 50 % du pétrole et du gaz naturel pour satisfaire ses besoins en énergie.

N’étant pas un producteur d’hydrocarbures fossiles, le Québec doit importer la part qu’il consomme ou transforme sur son territoire. Or cela coûte cher. « Notre consommation d’énergie de sources fossiles a d’ores et déjà commencé à nous appauvrir sérieusement. Ça déstabilise considérablement notre balance commerciale et, bien entendu, ce flux monétaire de 14 ou 15 milliards qui sort du Québec chaque année a un impact sournois et insidieux sur notre compétitivité et sur notre capacité à nous inscrire dans les échanges économiques », précise le directeur de l’IREC.

Vers une meilleure maîtrise de l’énergie

D’après M. Mousseau et M. Laplante, avec son riche portefeuille énergétique, le Québec a tout ce qu’il faut pour se défaire de sa dépendance envers les sources d’énergie fossiles. Toutefois, comme la province est déjà bien engagée dans le chemin du « mal-développement », les spécialistes estiment qu’elle devra rapidement poser des actions structurantes si elle désire réellement s’inscrire dans un paradigme de maîtrise de l’énergie et de consommation durable.

« Ce qu’il faut comprendre, c’est que des pistes de solution faciles, il n’y en a pas au Québec, souligne M. Mousseau. Partout dans le monde, on s’efforce de diminuer la dépendance aux hydrocarbures fossiles en réduisant leur proportion dans l’électricité. Ici, ça ne sert pas à grand-chose d’agir sur l’électricité, parce qu’elle est déjà à 99,7 % renouvelable. Ce qu’il nous reste à faire, c’est d’agir de façon importante et structurée sur les secteurs où notre utilisation de l’énergie est déficiente. »

Pour M. Mousseau, cela implique notamment une importante révision de nos façons de faire en matière d’aménagement du territoire. À son avis, il faut dès maintenant se mettre à le développer de façon plus intelligente, en rabattant notamment la population vers certains grands axes, et implanter des structures qui permettront une réelle efficacité du transport en commun.

M. Laplante, lui, croit qu’une action globale d’électrification du transport collectif représente une avenue particulièrement intéressante pour le Québec. « Si nous voulons être sérieux dans notre démarche, il faut investir massivement du côté de l’électrification du transport collectif. Pourquoi ? Parce que cette action globale peut avoir un effet direct sur notre structure industrielle », relève-t-il.

Les deux spécialistes jugent également nécessaire que le Québec adopte une approche plus globale de l’exploitation de ses ressources énergétiques, afin d’assurer des retombées optimales pour l’ensemble de sa population.

M. Laplante et M. Mousseau se retrouveront à Québec le 6 octobre prochain pour traiter de la question, à l’occasion du Sommet international des coopératives. En compagnie de M. François L’Italien, chercheur à l’IREC, et de M. Stéphane Labranche, politologue à l’Institut d’études politiques de Grenoble, ils participeront à une table ronde intitulée « La transition énergétique de l’économie : comment sortir des énergies fossiles ».

2 commentaires
  • J-Paul Thivierge - Abonné 2 octobre 2014 14 h 15

    Il y a urgence d'agir. pour la prospérité du Québec !

    Je mets en relief les 2 titres ; Il y a urgence d'agir . vs Il devient urgent d'OSER avoir l'audace de passer aux actes .
    Parce que paar le passé les Québécois ont été audacieux et ont réalisé de beaux projets issus d'idées innovatrices comme Manic 5 le l'ensemble du complexe hydroélectrique de Manicouagan-Outardes et la livraison à Montréal et à Québec de l'énergie produite via le réseau THT à 735 Kv. Pour la première fois des ingénieurs et gestionnaires québécois franccophones réalisaient la conception et la réalisation de l'entièreté de ce projet, auparavant toujours des dirigeants anglophones geraient les projets et les plus hauts niveaux en anglais unilingues .
    Puis il y a eu l'Institut de Recherche Électrique du Québec (IREQ) en 70 sous le contrôle d'Hydro qui innove depuis plus de 40 ans et dont certains projets prometteurs auraient dû être réalisés. Le Tokamak de Varennes , le projet GTC et du moteur roues parmi les plus connus.

  • J-Paul Thivierge - Abonné 2 octobre 2014 14 h 26

    Il est urgent d'avoir l'audace d'innover ...

    Comme Guy Laliberté a un jour osé débuter le Cirque du Soleil qui est maintenant partout dans le monde
    et Céline Dion et R Angelil qui a mondialisé les spectacles et généré la prospérité à Las Vegas et plusieurs autres dont L Garneau, et Moment Factory et plusieurs autres dans le domaine des médias et du cinéma .

    Pourquoi, maintenant, malgré, le ralentissement économique on trouve des centaines de M$ pour un projet polluant comme port Daniel ou d'autres pendant que le transport collectifs électrifiés est mis sur une voie d'évitement ?

    Pourquoi, un projet innovateur et prometteur pouvant avoir des retombées mondiales comme le monorail électriqe suspendu n'est-il pas au moins engagé dans un projet pilote comme une navette aéroportuaire rapide pour Montréal- Dorval au milieu de la 2-20 ?

    Maintenant on parle d'un flotte de taxis électriques , on doit espérer que des investisseurs feront confiance en nos capacités des nos innovateurs de concevoir et nos entreprises technologiques de réaliser cet intéressant projet ; comme il y a dess yellow cab à New-York dont des centaines ont été électrifiés Montréal et ensuite la CMM pourrait avoir sa flotte de taxis bleus AZUR ( comme le Métro ) et toiture blanche de taxis 100 % électrique fabriqués aux Québec, par des québécois, avec des composantes québécoises...
    pas mal plus propre et prometteur qu'un usine de ciment polluante et inutile.
    Des projets pour exporter les produits pétroliers , le sale bitumineux de l'ouest via trains, navires ou oléoduc sont d'actualités pendant que des projets de réduction de notre dépedance pétrolière sont en évolution rapide sous influences des nombreux lobbyistes de Suncor, TCPL et Irving pour se servir du territoire québécois sans assumer les risques.