Investir doit être payant pour l’État, selon Jacques Daoust

Le ministre de l’Économie, Jacques Daoust, en entrevue éditoriale au Devoir, lundi
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Le ministre de l’Économie, Jacques Daoust, en entrevue éditoriale au Devoir, lundi

Le Québec n’a plus les moyens de distribuer subventions et crédits d’impôt sans rien attendre en retour, martèle le ministre de l’Économie, Jacques Daoust. L’État investira si une situation l’exige, mais seulement s’il est persuadé d’en sortir gagnant. Quitte à faire des mécontents ou à choisir ses batailles.

« Il faut le faire sur une base de résultats, lance M. Daoust lors d’une rencontre éditoriale accordée lundi au Devoir. Quand tu es très riche, tu peux être un généreux donateur. Mais nous ne sommes pas très riches. »

Le ministre de l’Économie, de l’Innovation et des Exportations entame sa carrière politique dans le même état d’esprit que celui avec lequel il a exercé sonmétier de banquier. Pas de rentabilité, pas d’investissement. « Au Québec, on a un historique de programmes subventionnaires qui s’adressent à tout le monde. Il était légitime, normal et même habituel de venir voir l’État pour demander un investissement. J’ai dit “on arrête ça : ça me rapporte combien ?” »

Grand patron d’Investissement Québec jusqu’en 2013, M. Daoust reprend ainsi la formule chère au premier ministre Philippe Couillard et à l’ensemble de l’équipe économique du gouvernement : le Québec doit désormais être un État « partenaire », qui gère l’argent des Québécois avec prudence. « S’il y a une création d’emplois et que la transaction est intéressante, je n’ai pas de problème avec ça. Mais ce n’est pas une fin en soi de subventionner sans qu’il y ait une contrepartie. »

Cette logique a notamment guidé la décision du gouvernement de maintenir sa participation dans le projet controversé de cimenterie à Port-Daniel–Gascons, en Gaspésie, qui devrait créer 200 emplois directs une fois l’usine mise en fonction. « Ça va être payant », répète M. Daoust. À l’opposé, le transfert récent des quelque 1000 emplois de l’usine d’Electrolux à L’Assomption vers celle du Tennessee, construite grâce à une généreuse aide financière des gouvernements locaux, représente une bataille qu’il valait mieux ne pas livrer, juge-t-il. « Electrolux s’en va dans une juridiction où les employés vont travailler à 10,25 $ de l’heure. Est-ce que c’est ça que je veux au Québec ? […] On ne peut pas compétitionner avec des États qui décident d’acheter des emplois à des prix ridicules. C’est un modèle de société que tu défais en faisant ça. »

Il en va de même pour le programme des « gazelles », ces PME qui ont une croissance supérieure à 20 % pendant au moins trois années consécutives. Les libéraux ont choisi de remodeler l’initiative de leurs prédécesseurs péquistes en réduisant de moitié le nombre de PME pouvant bénéficier de la première vague de ce programme. Ces « gazelles » doivent être au service de l’État, et non le contraire, fait valoir le ministre Daoust. « Ce n’est pas à l’État de choisir les gagnants […] Pourquoi est-ce qu’il y aurait 100 entreprises qui sont chouchous de l’État sans même avoir de projet ? »

Miser sur ses forces

Selon le député de Verdun, l’économie du Québec pourra prendre de la vitesse grâce à la bonne santé de ses « locomotives ». Il faut « protéger » les grands joueurs que sont Bombardier, CGI ou Ubisoft en créant un « climat favorable », explique-t-il. « On aime dire que les PME créent des emplois, mais ce sont les grands joueurs qui créent les PME. C’est une cascade positive qu’il faut conserver. »

En plus des secteurs qui font la renommée de la province, comme l’aéronautique ou le jeu vidéo, le Québec doit miser sur des industries « pérennes », comme l’agriculture et les ressources naturelles, explique Jacques Daoust. « Toutes les autres industries devront me prouver qu’elles méritent notre attention. Les crédits d’impôt vont suivre un peu cette logique-là. »

Mais pour que cette approche ciblée porte ses fruits, poursuit-il, les compétences des diplômés doivent répondre aux besoins du marché du travail. M. Daoust souhaite qu’on adapte les formations en conséquence et qu’on intéresse davantage les jeunes aux emplois offrant des débouchés.

« On peut parler de quantité d’emplois, mais je pense qu’il faut commencer à parler de qualité d’emplois », ajoute le ministre.

Vieillissement de la population oblige, le taux de chômage devrait naturellement diminuer au cours des prochaines années pour se rapprocher du plein emploi. Le Québec a donc tout avantage à s’inspirer de la Suisse en valorisant les postes mieux rémunérés : entre deux travailleurs gagnant 37 500 $ et un seul employé touchant 75 000 $, le ministre préfère la deuxième option. Le choix est logique, affirme-t-il, puisque ce travailleur plus fortuné aura une meilleure qualité de vie et versera surtout à l’État plus d’impôts pour soutenir la population retraitée.

Lors de la dernière campagne électorale, le premier ministre Philippe Couillard s’est néanmoins engagé à créer 250 000 emplois en cinq ans.

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